A propos de la Renaissance

A propos de la Renaissance

Par le vénérable Kurunegoda Piyatissa Nayaka Thero

En 1983, le Révérend Herbert H. Armstrong, fondateur de l’ « église de Dieu », et ses collaborateurs, ont commencé une publication selon laquelle soixante-trois pour cent des Américains croient en la renaissance. Et je pense que durant les dix-huit années qui ont suivi, ce pourcentage a augmenté.

Je suis venu aux Etats-Unis du Sri Lanka en 1981. Peu d’américains avaient une idée sur ce qu’est le Sri Lanka, bien que nombreux étaient ceux qui avaient entendu parler de Ceylan, un autre nom du Sri Lanka, et ce à travers la célébrité du « Thé de Ceylan » et non pas parce qu’ils avaient une connaissance du pays. Et moins de trois pour cent l’avaient déjà situé sur la carte. Bref, la majeure partie des Américains ne connaissait rien au sujet de mon pays; et ceux d’entre eux qui en avaient entendu parler ne possédaient pas une connaissance véritable de sa culture.
La même analogie peut être établie quant à la croyance du public en la renaissance. Bien qu’un grand nombre y croient, ils n’ont pas une connaissance approfondie du Dhamma. Par conséquent, leur connaissance de la renaissance est fragmentaire.

Les récits des Jataka offrent de brefs comptes rendus sur l’existence du futur Bouddha dans des vies antérieures. Après son illumination, le Bouddha a déclaré: « …C’est ma dernière naissance…, dans le futur je ne renaîtrai plus ». « Ayam antima jati, natthi dani punabhavo ». Cette déclaration du Bouddha confirme qu’il eut des existences antérieures; et  fait savoir, en outre, que l’on transmigre d’une vie à l’autre jusqu’à ce que l’on atteigne le Nibbâna.

 

La renaissance et les autres religions

 

Il est des religions ayant un concept très proche de l’idée bouddhique de la renaissance. Les Hindous emploient le terme de réincarnation; les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans adoptent le concept de résurrection. Dans la bible, Jésus est mentionné comme réincarnation d’autres prophètes: « Quand Jésus est venu au district de Césarée de Philippe, il a interrogé ses disciples: Que dit-on du Fils de l’homme? Ils répondirent: certains disent qu’il est Jean-Baptiste, d’autres Elie d’autres encore Jérémie ou l’un des Prophètes » Matthieu 13, 14. Nous lisons, en outre, dans l’Evangile de Jean 43,44 « Jésus a crié fort: « Lazare, sors. » Et le mort est sorti  les mains et les pieds liés par des bandages, le visage enveloppé d’un tissu. Jésus leur a dit: déliez ses bandages et laissez-le partir. » Dans cet exemple, Jésus réincarne un homme déjà mort.

Les Hindous croient en l’existence d’une âme, l’Âtman, qui transmigre en de corps en corps.
Dans leur système de croyance, la renaissance est une réincarnation. Selon ces traditions, les corps successifs de chaque être vivant sont connectés, au travers de l’âme, par un fil. Les Êtres reçoivent leur corps en fonction de leur karma: c’est-à-dire les bonnes et les mauvaises actions produites dans une ou plusieurs vies passées.

Juifs, Chrétiens et Musulmans utilisent le concept de résurrection et de vie éternelle pour renvoyer à la renaissance. Selon ces traditions, la damnation éternelle dans l’ « enfer » est aussi une possibilité, et ceci renvoie aussi à la renaissance. Toutes ces traditions religieuses enseignent une certaine forme de renaissance. En dépit de différentes nominations, il s’agit de la renaissance.

 

Renaissance et Bouddhisme

 

Les Bouddhistes usent de termes tels que renaissance, redevenir et incarnation. Ces termes font partie du langage bouddhique au travers d’une association avec le Brahmanisme et l’Hindouisme. Le terme correct selon l’explication du concept bouddhique est punabhava,

« être de nouveau ». Le Bouddha a dit: « Yayan tanha ponobhavika », « ce désir impérieux est la raison de notre renaissance. »

A travers son illumination, le Bouddha est devenu éveillé face à toutes les choses, capable de compter ce qui ne peut être compté, en mesure de concevoir ce qui est inconcevable. Nous utilisons les portes de nos sens pour percevoir la réalité; ce qui peut être perçu par l’œil est la forme (rûpa); ce qui peut être perçu par l’oreille est le son (sadda); ce qui peut être perçu par le nez est l’odeur  (gandha); ce qui peut être perçu par la langue est le goût (rasa); ce qui peut être perçu par le corps est le toucher (phassa); et ce qui peut être perçu par le mental est

« chetana », la pensée. Le Bouddha a compris que leurs propriétés apparaissent comme causes, raison pour laquelle elles sont sujets aux trois traits communs: 1) l’impermanence, 2) l’insatisfaction, 3) l’absence d’un soi.

Le premier trait de tout être vivant ou non vivant, c’est l’impermanence. Ils ont une existence impermanente dans un flux constant, et se trouvent dans un changement sans fin. Sans comprendre le véritable sens de l’impermanence, on ne peut comprendre la nature réelle de la vie, la mort et la renaissance. Un objet existe sous une certaine forme. A un moment donné, l’objet apparaîtra comme n’existant plus, mais en réalité il existe. Les caractéristiques de l’objet ont changé mais il existe sous une autre forme; c’est cela la renaissance. C’est la vérité ultime de tous les êtres animés et non animés.  Un morceau de papier mis dans le feu se transforme en cendre. Le papier n’existe plus mais il est remplacé par la cendre. Ainsi en est-il de la renaissance. La cause de la transformation du papier en cendre par le feu, et la cause de notre propre renaissance est duhkha (la souffrance).

Notre mental fonctionne exactement de la même façon. Quand une pensée disparaît, une autre  la remplace. A titre d’exemple, un élève à la maison en fin de semaine, pense aux jours de la semaine à l’école, et cette pensée peut le conduire à penser spécifiquement à un professeur ou à un cours, ce qui est donc une projection dans le futur. Une pensée se transforme en une autre; elles diffèrent toutes les unes des autres, mais elles sont connectées entre elles. La renaissance est un processus similaire. Le mental humain comprend dix-sept étapes qui sont en changement permanent.

Les changements qui se produisent chez les entités vivantes sont plus perceptibles que ceux se produisant dans les objets inanimés. Généralement, les enfants deviennent adultes avant de passer à l’âge mûr, puis à la vieillesse suivie de la mort. La  majorité des personnes ne considèrent pas ce fait véritablement. Au moment du décès, les dernières pensées qui se produisent dans le mental, portent un impact direct sur la naissance suivante. La renaissance a lieu dans un état favorable ou bien malheureux selon combinaison de ce qui compose un kamma. Malheureusement, la majorité des gens ne possède pas la capacité mentale requise pour comprendre le concept de la renaissance.

Selon le Dhamma, d’une génération à l’autre, notre pensée perd de ses capacités. Par conséquent, il devient de plus en plus difficile pour nous d’appréhender ces concepts. Souvent, les capacités mentales des personnes font que les gens tombent dans la foi aveugle; pensant que toute vie était créée par un être suprême et qu’elles doivent vivre selon les désirs de cet être. En tant que Bouddhistes, notre objectif consiste à voir la vérité dans toutes choses. L’enseignement du Bouddha, à travers notamment l’Abhidhamma, l’explique d’une manière tangible. La renaissance se produit dans un lieu favorable si l’entité vivante qui est décédée a développé en elle la bonté.  Dans le cas inverse, la renaissance a lieu dans un endroit défavorable avec la souffrance comme conséquence.

 

Renaissance dans un état plaisant

 

La condition des renaissances est le résultat direct des bonnes ou des mauvaises actions. Celles-ci dépendent de la nature de l’esprit. Toutes pensées, paroles et actions trouvent leur origine dans le mental. Par nos pensées, paroles et actions nous créons notre kamma qui entraîne des renaissances. Basées sur le désir, la colère ou l’illusion, elles sont impures et malsaines. De telles actions sont nuisibles et produisent un kamma qui mène à des renaissances défavorables. Un Bouddhiste doit accomplir des œuvres saines et méritoires dans le but de créer un bon kamma qui aboutit à une renaissance favorable. Le bonheur est acquis grâce à l’accomplissement de telles actions. Et celles-ci contribuent au développement du contrôle des pensées animées par la concupiscence et le désir, ce qui réduit le besoin de sensualité et de plaisirs. Kusala est un terme Pali qui renvoie aux actions saines sur le plan karmique et à une bonne moralité.

Par la pratique de la charité et d’autres bonnes actions, le développement de la discipline mentale et de la connaissance ainsi que de la méditation, on développe la moralité, la concentration et la sagesse.

La moralité est développée au niveau du corps (de l’action) en suivant trois préceptes:
-Ne jamais tuer.

-Ne pas s’approprier ce qui ne nous appartient pas.

-Agir de manière responsable en matière de sexualité

Pour développer la moralité au niveau de la parole, il faut suivre quatre préceptes:
-Ne pas mentir.*

-Ne pas user de propos vexants.

-Ne pas diffamer les gens et les choses.

-Ne pas parler de façon vaine.

Suit aussi le précepte selon lequel il ne faut consommer ni drogue, ni alcool ou quelque autre substance qui obscurcit le mental en diminuant la capacité de penser avec clarté et de développer la moralité. Ensemble, ces huit préceptes forment la base de la moralité bouddhique. Quand la moralité est combinée avec la méditation et la pratique de la bienveillance, elle mène à la concentration. Grâce à la méditation on développe la concentration et par conséquent la vision juste quant à la nature du corps, des sentiments, du mental et des objets du mental.

Cette concentration et cette attention permettent de voir le monde tel qu’il est: impermanent, insatisfaisant et dépourvu de véritable substance. Comme la concentration et l’attention développent la sagesse, celle-ci est acquise au terme de ce processus.
A un moment où vous vous trouvez en pleine forme, prenez un miroir et observez votre visage; vous lui trouverez une expression pleinement détendue. A un autre moment où vous êtes fâché, regardez votre visage dans ce même miroir, il vous apparaîtra déplaisant et avec une expression redoutable. La différence entre les bonnes et les mauvaises pensées apparaît clairement au niveau du miroir. Ainsi, la différence entre nature méritoire et nature non méritoire est claire. La sensualité, la haine et l’ignorance (l’illusion) une fois abandonnées, le mental acquiert de bons « fruits ». Les bonnes actions génèrent un bon kamma c’est-à-dire des conséquences favorables voire des renaissances dans de bonnes conditions. Des pensées souillées par la haine, la colère, la cupidité et l’ignorance entraînent de mauvais résultats. Les mauvaises actions commises délibérément, les mauvaises paroles ou pensées se transforment en un kamma générant des conséquences néfastes et des renaissances défavorables. Au moment de la mort, le moment de notre dernière pensée a des impacts sur notre renaissance. Les pensées méritoires favorisent une renaissance heureuse, et celles qui sont néfastes préparent une renaissance parsemée d’embûches. Ainsi en est-il de l’expérience que l’on vit au quotidien: quand on a des pensées plaisantes on expérimente des sentiments plaisants et du bien-être;  si ces pensées sont malsaines, elles génèrent de la souffrance chez le sujet.

 

Renaissance dans un état défavorable

Nous sommes tous responsables de la condition et de la nature de notre naissance future.  Elle ne tombe pas sous le contrôle d’un Dieu, d’un Brahma ou d’un homme quelconque, mais elle dépend de nos pensées, paroles et actions, à savoir notre kamma. Le mental ignorant et inexpérimenté produit des pensées erronées et des croyances fausses causant une renaissance malheureuse qui peut très bien avoir lieu dans un enfer.

Parmi  les quatre états de renaissance dits infernaux, considérons l’état animal. Les animaux voient, entendent, goûtent, ressentent et touchent au même titre que l’être humain. Ils désirent  refuge et protection, ils s’abritent de la chaleur du soleil, du froid de l’hiver et de la pluie. Mais les animaux n’en tirent pas profit ne suivant que leur instinct .Dépourvus de la capacité qu’a le mental pour comprendre la vraie nature de la vie, à savoir l’illusion, la colère et la concupiscence, les animaux ne peuvent pas comprendre la véritable nature de l’existence. Dans la majorité des cas, l’animal renaît dans une condition défavorable.

Les êtres humains aussi voient, entendent, goûtent, ressentent et touchent, mais ils sont pourvus de la capacité de profiter de ces expériences. Nous goûtons une bonne nourriture, écoutons une belle musique, sentons une odeur agréable. Nous bâtissons des demeures confortables pour y vivre; nous utilisons des véhicules pour voyager sans nous épuiser en voyageant à pied. Tout cela grâce à notre mental, à la capacité mentale dont nous sommes pourvus. Mais plus importante que notre aptitude à nous complaire avec nos sens est notre aptitude à comprendre la nature réelle de l’existence. C’est cela l’ultime avantage de naître en tant qu’êtres humains.

 

Kamma et renaissances

Le kamma que nous créons à présent a des impacts sur d’innombrables renaissances; mais aussi sur les évènements durant notre vie présente. Il est aussi à la base de notre naissance future: la cause et la condition de celle-ci. Mais les effets de notre kamma (sanskrit karma) échappent à la compréhension chez la majorité des gens.

Les résultats d’actions bonnes ou mauvaises (kamma) apparaissent après la mort. A titre d’exemple, la personne qui fonde une université ou un monastère a commis une action qui a des impacts sur de nombreuses générations après sa mort. La personne qui participe à un génocide que ce soit d’êtres humains ou d’animaux, a aussi commis une action qui a des impacts sur de nombreuses générations après sa mort. Et le kamma généré a un effet qui ne touche pas seulement les autres, mais aussi le sujet qui est à l’origine de l’action. Le résultat de notre kamma, créé dans la vie présente et dans les vies précédentes, a des impacts sur nos pensées et nos actions en permanence. Les pensées, les paroles et les actions génèrent d’autres pensées, paroles et actions. C’est un cycle sans fin. Une personne qui manque de connaissance au sujet de ce processus attribue les évènements qui se déroulent dans sa vie à la volonté d’un dieu. Quand elle vit des circonstances malheureuses, elle s’interroge: « Pourquoi de telles choses néfastes s’abattent sur moi? » Là aussi, il y a un manque de discernement. Il n’y pas de véritable « Moi » qui subit les mauvais évènements.

 

Le mythe de l’ego

 

Il y a une habitude ancrée chez tous les êtres consistant à développer le concept du « moi » ou de l’ego. L’idée d’être un individu n’est qu’une vérité conventionnelle absente de la vérité ultime. La majorité des gens ne réalise pas que notre corps n’est que la combinaison de trente-deux éléments périssables et rien de plus. Sans exercice, méditation et connaissance du Dhamma, il est impossible de comprendre véritablement ce concept. Imaginez que vous coupez un arbre dans le but de fabriquer une table à partir de son bois. Puis vous utilisez le bois de la table pour en faire une caisse. Ensuite vous utilisez la caisse afin de faire une chaise à partir de son bois. Par ce processus, nous saisissons l’impermanence et la non-substantialité de la forme. Nous imposons formes et concepts sur toutes les choses. Les sentiments et les émotions unis à ces formes sont tous dépourvus de sens. C’est ainsi le cas pour l’ensemble des êtres vivants: nous ne sommes pas ce que nous pensons être; nous ne correspondons pas aux définitions que nous nous attribuons à nous-mêmes. Quand vous vous regardez dans un miroir, ce n’est pas votre être que vous voyez mais un reflet; il n’y pas d’ego à percevoir.
Quand un savant, un scientifique, étudie le corps humain, il ne trouve que les quatre éléments de base: terre, eau, feu et air. Ces éléments sont bien entendu de nature matérielle: l’élément solide de la terre (thaddha-lakkhana); la fluidité (abandhana) de l’eau; l’élément feu (paripacana); l’élément de l’air (vitthambana). Quand le corps se décompose, il n’y a rien d’autre que ces éléments; il n’y a ni âme, ni ego. Le concept d’ego n’est qu’ignorance de la vérité. En raison du cycle sans fin des naissances et des morts, l’idée d’ego, qui est totalement illusoire, devient si solide et si bien ancrée qu’il est difficile de s’en débarrasser.

Le mental de l’« entrant dans le courant »

L’étape fondamentale que le mental peut atteindre est connue comme l’entrée dans le courant (Sottapana), car elle détruit l’idée d’ego et développe cet état du mental. Le « moi » est le lien qui déclenche un cycle sans fin de morts et de renaissances. Une fois que le véritable discernement est réalisé, il ne quittera pas le mental. Ce discernement du non-ego ne peut être atteint que par la méditation sur l’impermanence, sur l’insatisfaction quant à toutes choses et sur l’absence de soi. Nombreux sont ceux qui discutent et débattent sur le concept d’âme mais ils le font seulement parce qu’ils manquent de connaissance à ce sujet. La vision pénétrante de la méditation Vipassanâ en est la réponse; grâce à elle, la vérité devient manifeste et accessible.
En conclusion, doutes et interrogations au sujet de la renaissance ne cessent de surgir dans l’esprit de ceux qui manquent de connaissance, aveuglés par de multiples souillures telles que celles qui nous avons mentionnées plus haut. De nombreuses religions enseignent certains concepts de renaissance en liant la moralité à des renaissances favorables. C’est en raison d’un manque de connaissance et de nos souillures que nous nous trouvons dans le Samsara ici-bas enchaînés à l’existence humaine ou dans le  monde des Brahma, des êtres célestes, ou bien dans les mondes inférieurs ou encore dans  les enfers.

Le Bouddha a dit: « Ô moines, vous et moi avons erré dans le cycle du Samsara de naissances et de morts (répétées) depuis de longues périodes. La raison en était notre ignorance du Dhamma. »

Lecteurs, de quelque religion que vous soyez, considérez les idées évoquées dans cet article; ne vivez pas dans une foi aveugle, mais ouvrez votre esprit à de nouveaux concepts et nouvelles idées; la vie est très courte. Efforcez-vous d’examiner ce que cet article vous propose.

Paix à tous les êtres dans le Dhamma.

 

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