Coproduction conditionnée Paticca Samuppada

Co-production conditionnée – Paticca-Samuppada

 

La ‟co-production conditionnée” – Paṭicca-Samuppāda – est un enseignement de base du Dhamma du Bouddha (Bouddhisme). La doctrine décrite ici, étant si profonde, il n’est pas possible, vu l’étendue limitée de cet essai, de dresser un bilan complet du sujet. Basée seulement sur l’enseignement du Bouddha, une tentative d’élucider cette doctrine est faite ici, en mettant de côté les détails complexes qu’elle implique.

Les érudits et écrivains ont sous des formes variées retranscrit ce terme en anglais et en français. ‟La coproduction conditionnée”, ‟l’Émergence dépendante”, ‟la Genèse causale”, ‟la Genèse conditionnée” en sont quelques traductions possibles. Au travers de cet essai le terme ‟Genèse Interdépendante” est utilisé. La genèse interdépendante n’est pas un discours pour les êtres inintelligents et superficiels, et ce n’est pas non plus une doctrine devant être saisie par la spéculation intellectuelle et la simple logique d’orateurs en joute dont les cheveux se dressent. Écoutez ces paroles du Bouddha.

‟Profonde, en fait, Ananda, est ce Paṭicca-Samuppāda et profond aussi apparaît-il. C’est lié au fait de ne pas le comprendre, par le fait de ne pouvoir pénétrer cette doctrine, que tous ces êtres ont été empêtrés tels une balle ou un cordon emmêlés, devenant tels de l’herbe muñja et des joncs, incapables d’aller au-delà des états d’existence affligeants et du saṁsāra, le cycle de l’existence.”

Ceux qui faillent à comprendre la véritable signification de tout ceci, de cette doctrine si fondamentale, la prennent par erreur pour une loi de causalité mécanique, ou encore une simple ‟émergence” simultanée, que dis-je une cause originelle de toutes choses, animées et inanimées. Souvenez-vous qu’il n’existe point de cause première avec un grand ‟C” et un grand ‟P” dans la pensée bouddhique, et la (doctrine de la) Genèse interdépendante ne cherche pas à scruter ou investiguer une cause première. Le Bouddha déclara de manière emphatique que le commencement premier de l’existence est quelque chose d’inconcevable, et que de telles notions et spéculations d’un commencement originel pourraient conduire à un dérangement mental. Si quelqu’un postule une ‟cause première” alors on est dans notre droit de lui demander quelle est la cause antérieure à cette ‟Cause Première” car rien ne peut échapper à la loi de conditions et de causes qui est manifeste dans le monde pour tous excepté pour ceux qui ne le verront pas ainsi.

D’après Aldous Huxley, ceux qui commettent l’erreur de penser en termes de cause première sont voués à ne jamais devenir des hommes de science. Mais comme ils ne savent pas ce qu’est la science, ils ne sont pas conscients d’avoir perdu quelque chose. Attribuer une cause première aux phénomènes a cessé d’être à la mode, en tout cas en Occident… nous ne parviendrons jamais à changer notre âge de fer en âge d’or à moins que nous abandonnions notre ambition de trouver une cause unique à tous nos maux, et admettions l’existence de causes multiples agissant simultanément, de corrélations complexes et d’actions et réactions dupliquées encore et encore.

Un Créateur − Dieu, qui récompense les bonnes actions et punit les mauvaises actions des créatures de sa création, n’a pas sa place dans la pensée bouddhique. Un théiste, de toute façon, qui attribuent à un Dieu-Créateur omnipotent l’existence des êtres et des évènements, dira de façon emphatique, ‟c’est la volonté de Dieu; c’est un sacrilège de remettre en question la divine Autorité.” Cette idée de dieu réprime la liberté humaine d’investiguer, d’analyser, de scruter, de voir ce qui existe au-delà de l’œil nu, et retarde l’introspection.

Aux fins d’argumentations supposons que ‟X” est la ‟cause première”. Maintenant est-ce que notre hypothèse nous amène plus près de notre but, qui est notre délivrance ? Est-ce que plutôt cela ne nous ferme-t-il pas la porte à cette dernière ? Le Bouddhisme, d’un autre point de vue, déclare que les choses ne sont dues ni à une cause unique (eka-hetuka) ni dénuées de cause (ahetuka)les douze facteurs du Paṭicca-Samuppāda et les vingt-quatre relations générant un conditionnement (Paccaya) dont il est fait état dans le Paṭṭhāna, le septième et le dernier livre de l’Abhidhamma piṭaka, démontrent clairement comment les choses sont générées par des ‟causes multiples” (aneka-hetuka); et en déclarant que les choses ne sont ni dénuées de causes ni dues à une cause première, le Bouddhisme a antidaté la science moderne de vingt-cinq siècles.

Nous sommes témoins d’un règne de loi naturelle de causes à effets sans commencement et rien d’autre ne règne sur l’univers. Chaque effet devient à son tour une cause et cela continue ainsi indéfiniment (tant que l’ignorance et l’envie impérieuse sont autorisées à continuer). Une noix de coco, par exemple, est la cause principale d’un cocotier, et cet arbre est à nouveau la cause de nombreux cocotiers. ‟X” a deux parents, quatre grands parents, et ainsi la loi de cause à effet est mise en branle sans répit telles les vagues de la mer – ad infinitum.

Il est juste impossible de concevoir un commencement premier. Personne ne peut scruter l’origine ultime de quelque chose, pas même le grain de sable, et que dire des êtres humains. Il est inutile et dénué de sens d’errer à la recherche d’un commencement dans un passé sans commencement. La vie n’est pas une identité, c’est un devenir. C’est un flux de changements physiologiques et psychologiques.

‟Il n’existe pas du tout de raison de supposer que le monde a eu un commencement. L’idée que les choses doivent avoir un commencement est véritablement due à la pauvreté de notre imagination. Par conséquent, peut-être, je n’ai pas besoin de perdre du temps supplémentaire à développer un argument en faveur de la cause première.”

Au lieu d’une « Cause Première », le Bouddha parle de causalité. Le monde entier est assujetti à la loi de cause à effet, en d’autres termes, d’action et de résultat. Nous ne pouvons pas penser à quoi que ce soit, dans ce cosmos, qui soit sans cause et inconditionné.

Comme Viscount Samuel le dit : ‟Il n’existe point de chose telle que la chance. Chaque évènement est la conséquence des évènements précédents; chaque chose qui se produit est l’effet de la combinaison d’une multitude de causes antérieures; et des causes similaires produisent toujours des effets similaires. Les lois de la causalité et de l’uniformité de la Nature prévalent partout et toujours.”

Le Bouddhisme enseigne que toutes les formations conditionnées viennent à l’existence, existent présentement, et cessent (uppāda, ṭhiti et bhaṅga), dépendant de causes et de conditions. Comparez la vérité de ce dicton avec le verset tant cité de l’Arahant Thera Assaji, un des cinq premiers disciples du Bouddha, qui cristallisa l’intégralité de l’enseignement du Bouddha quand il répondit aux questions de Upatissa qui fut plus tard connu sous le nom de l’Arhat Thera Sāriputta.

Sa question était : ‟Quelle est la doctrine de votre maître ? Que proclame-t-il ?”

Et ceci fut la réponse :

‟Ye dhammā hetuppabhavā tesaṃ hetuṃ tathāgato āha,

Tesaṃ ca yo nirodho evaṃvādī mahāsamaṇo.”

‟Quelles que soient les choses, elles proviennent d’une cause,

Le Tathāgata a expliqué la cause de cela,

Leur cessation, aussi, il l’a expliquée.

Ceci est la doctrine du Sage Suprême”

Bien que brièvement, ceci exprime en des termes sans équivoque la genèse interdépendante, ou la Causalité.

Nos livres mentionnent que pendant la totalité de la première semaine, immédiatement après son illumination, le Bouddha s’assit au pied de l’arbre Bodhi à Gaya, expérimentant la béatitude suprême de l’Émancipation. Quand les sept jours furent passés il émergea de ce samādhi, cet état de pensée concentrée, et pendant la première partie de la nuit, explora par la pensée la genèse dépendante dans l’ordre direct, comme suit : ‟Quand ceci existe, cela vient à l’existence; avec l’apparition de ceci, cela apparaît, nommément. Dépendant de l’ignorance, les formations volitives; la conscience… et ainsi de suite… Ainsi est l’apparition de toute cette masse de souffrance.”

Puis dans la partie du milieu de la nuit, il médita sur la genèse interdépendante dans l’ordre inverse ainsi : ‟Quand ceci n’existe pas, cela ne vient pas à l’existence; avec la cessation de ceci, cela cesse, nommément; avec la cessation totale de l’ignorance, la cessation des formations volitives… et ainsi de suite… Ainsi est la cessation de cette masse totale de souffrance”. Dans la dernière partie de la nuit, il contempla la Genèse interdépendante que ce soit dans l’ordre direct ou bien dans l’ordre inverse ainsi; ‟Quand ceci existe, cela apparaît; avec l’émergence de ceci, cela émerge. Quand ceci n’existe pas, cela n’apparaît pas; par la cessation de ceci, cela cesse, nommément; dépendant de l’ignorance. Les formations volitives… et bientôt… Ainsi apparaît toute cette masse de souffrance. Mais par la cessation complète des formations volitives… et ainsi de suite… Ainsi prend fin toute cette masse de souffrance.”

Il apparaît justifiable de se poser la question suivante : pourquoi leTathāgata n’a-t-il pas exposé la doctrine de la ‟Genèse interdépendante” dans son premier discours, le sermon prononcé aux cinq ascètes, ses compagnons d’autrefois, à Sarnath, Bénarès ? La réponse est ainsi : Les points principaux discutés dans ce sermon capital sont les quatre Nobles Vérités : la souffrance, sa cause, sa cessation, et le sentier qui conduit à la cessation de la souffrance, le Noble Sentier Octuple. Il n’y a pas de mot dans ce sermon au sujet de la ‟Genèse Interdépendante”, mais celui qui comprend la signification philosophique et doctrinale de la Genèse Interdépendante comprendra certainement que le paṭicca-samuppāda, la ‟Genèse interdépendante” à douze liens, que ce soit dans son ordre direct(anuloma) ou bien dans l’ordre inverse (paṭiloma), est inclus dans les quatre Nobles Vérités.

Le Paṭicca-Samuppāda, dans son ordre direct, met en branle le processus du devenir (bhava), en d’autres termes, l’apparition de la souffrance (dukkha, la première Vérité); et comment ce processus de devenir ou de souffrance est conditionné (dukkha-samudaya, la deuxième Vérité). Dans son ordre inverse, le Paṭicca-Samuppāda rend la cessation du devenir complète (dukkha-nirodha, la troisième Vérité) et la cessation des conditions, ou la destruction de la souffrance (dukkha-nirodha-gāminī paṭipadā, la quatrième Vérité). La parole du Bouddha au sujet de ce fait apparaît dans l’Anguttara Nikāya comme suit :

‟Et, moines, quelle est la Noble Vérité de l’apparition de la Souffrance ?”

‟Dépendantes de l’ignorance apparaissent les formations volitives; Dépendantes des formations volitives apparaît la conscience; Dépendant de la conscience apparaît le nom et forme (les combinaisons des propriétés mentales et matérielles); dépendant du nom et forme apparaissent les six bases sensorielles (les cinq organes des sens matériels et la conscience en tant que sixième); dépendant des six bases sensorielles, apparaît le contact; dépendant du contact, apparaît la sensation; dépendant de la sensation apparaît l’envie impérieuse; dépendant de l’envie impérieuse apparaît l’adhérence; dépendant de l’adhérence apparaît le processus du devenir, dépendant du processus du devenir apparaît la naissance; dépendant de la naissance, la vieillesse… et la mort, la souffrance, les lamentations, la douleur, le chagrin et le désespoir se manifestent et défilent. Ainsi cette masse complète de souffrance apparaît-elle.”

‟Ceci, moines, est appelé la Noble Vérité de l’Apparition de la Souffrance.

Et moines, quelle est la Noble Vérité de la Cessation de la Souffrance ?

Par la cessation complète de l’ignorance cessent les formations volitives; par la cessation complète des formations volitives, la conscience… et ainsi de suite… la cessation de cette masse complète de souffrance. Ceci moines, est appelé la Cessation de la Souffrance.”

Il apparaît désormais clair de façon flagrante, d’après ce qui précède, que le Paṭicca-Samuppāda, avec ses douze facteurs, est l’enseignement du Tathāgata et non tel que certains ont tendance à penser, à savoir un travail sur le Dhamma mis en ligne à une époque tardive. Il est déraisonnable, voire dangereux, de sauter sur des conclusions sans comprendre pleinement la signification du Paṭicca-Samuppāda. La Genèse interdépendante, ou la doctrine de la causalité, est souvent expliquée par des termes pragmatiques très crus, mais ce n’est pas un enseignement seulement pragmatique, bien qu’il nous apparaisse ainsi, en raison d’explications auxquelles on aurait recours aux fins de concision. Ceux qui sont familiers avec le Tipiṭaka (le canon bouddhique) savent que dans les enseignements du Paṭicca-Samuppāda l’on trouve ce qui est source des principes de base de la connaissance (ñāṇa) et de la sagesse (paññā) dans le Saddhamma, la Bonne Loi. Dans cet enseignement sur la causalité de toutes choses dans l’univers, qui consiste en les cinq agrégats, nous pouvons réaliser l’essence de la vision sur la vie qu’avait développée le Bouddha. Donc si l’explication du monde élaborée par l’Eveillé doit être comprise correctement, elle doit l’être au travers d’une saisie complète de cet enseignement fondamental résumé dans le dicton, ‟Ye dhammā hetuppabhavā ” auquel il est fait référence ci-dessus.

La doctrine du Paṭicca-Samuppāda, n’est pas l’œuvre de quelque pouvoir divin; ce n’est pas une création. Qu’un Bouddha apparaisse ou non le fait est que ‟ceci étant, cela devient; par l’apparition de ceci, cela apparaît; ceci n’étant pas, cela ne devient pas; par la cessation de ceci, cela cesse d’être” ‒ cette causalité se perpétue à jamais, sans interruption ni le contrôle d’un agent ou pouvoir externe de quelque sorte que ce soit. Le Bouddha a découvert cette vérité éternelle, résolu l’énigme de la vie, éclairci les mystères de l’être en comprenant, dans son intégralité, lePaṭicca-Samuppāda avec ses douze facteurs, et il l’a exposé, sans mettre de côté ce qui est essentiel, à ceux qui ont encore une intelligence suffisante pour espérer atteindre la Lumière.

 

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