Introduction au Bouddhisme

Introduction au Bouddhisme par Anagarika Dharmapala (1907)

 

La fête du Vesak commémore trois événements essentiels qui concernent le Fondateur du Bouddhisme : renaissance, sa réalisation du nibbana et son parinibbana (son trépas). Cette triple fête est célébrée le jour de la pleine lune du mois de mai.

Le Bouddha est né dans la cité royale des Sakya, nommée Kapilavastu. Sa mère était l’immaculée reine Maya, et son père le Raja Suddhodana de la dynastie solaire d’Ikshvaku.

Des milliers d’années avant sa naissance, une prophétie avait été émise selon laquelle un Bouddha allait naître pour sauver le monde. Et, le moment venu, le futur Bouddha qui se trouvait alors dans le Paradis Tusita en qualité du Dieu Svetakatu, les autres dieux lui avaient annoncé que le temps était venu pour qu’il s’incarne dans le but de sauver le monde.

Renonçant aux plaisirs divins, le Bodhisattva prit naissance comme un être humain. Notre Maître lui-même, dans les Ecritures, nous enseigne la nature sublime de l’état de Bouddha.

Pour devenir Bouddha, il convient de pratiquer quatre asankheyyas et cent mille kalpa, les dix  grandes perfections nommées Paramita. Il y a d’innombrables millions de kalpas, le Bouddha Dipankara est apparu pour sauver le monde, notre Bouddha était né dans une famille de brahmanes d’une immense richesse. Réfléchissant sur la vanité des plaisirs, il a fait don de tout ce qu’il a reçu de ses parents, un héritage accumulé de sept générations. Il s’est vêtu de l’habit d’ascète, partit pour une solitude dans l’Himalaya pour y pratiquer les Dhyanas et les Samapattis. Quand il a réalisé les cinq pouvoirs phénoménaux de transcendance, il était en mesure d’accomplir des miracles. Un jour, il a entendu que le Bouddha Dipankara visitait la ville de Rammanagar, où il se trouvait lui-même, il en fut très heureux, et décida de le rencontrer. Après la rencontre, le futur Bouddha fit connaître sa détermination à atteindre le sommet glorieux de l’état de Bouddha, dans le but de sauver les entités vivantes.

Le Bouddha Dipankara qui voyait dans le futur a déclaré que ce grand  ascète, après des millions d’âges à traverser, deviendra un Bouddha, qu’il sera nommé Gautama, que sa mère sera connue du nom de Maya, que son père sera le Raja Suddhodana, que son épouse sera la princesse Yasodhara de laquelle il aura un fils, et qu’il renoncera à tout pour sauver le monde. Ce jour-là, le grand ascète connu sous le nom de Sumedha Tapasa déclara qu’il pourra atteindre le nirvana; mais sa grande compassion triompha sur le désir de quitter en silence cette vie vers la félicité suprême du nirvana. Le « Patisambhida » accentue la compassion absolue du Bouddha qui, voyant les souffrances sans limite du monde, se plongea dans l’océan du samsara, s’investit vie après vie en pratiquant la charité absolue, observant les vertus supérieures de la vie parfaite, renonçant à tous les plaisirs des sens, acquérant la sagesse, s’investissant avec acharnement, ne prononçant jamais de paroles mensongères, indulgent et patient, développant une volonté ferme, exprimant un amour absolu ainsi qu’une  équanimité à l’égard de tous. Les 550 Jatakas donnent un compte-rendu biographique de ses naissances antérieures, chacun présente une paramita qui a été pratiquée pour la recherche de la réalisation de l’état d’Anuttara Sammasambodhi. Quelle que fût l’action accomplie par le Bodhisattva, et le nom s’applique à quiconque aspire à atteindre l’état de Bouddha, c’était avec la volonté ferme de sauver le monde. Aucun être apparu sur cette Terre en dehors du Bouddha n’a consenti tant de sacrifices pour le salut du monde. De là, le grand amour que l’on conçoit facilement dans le cœur à la lecture des « neuf portions » des écritures bouddhiques.

De nombreux astrologues brahmanes avaient prédit que le Prince qui portait le nom de Siddhartha sera un jour un grand conquérant dans le monde, un chakravarti, ou un Bouddha. Le roi donna l’ordre que soit construite une résidence pour chacune des saisons indiennes. À l’âge de seize ans le prince fut marié avec sa propre cousine la Princesse Yasodhara connue pour sa beauté éclatante au nom de Bimba Devi. Au milieu du luxe royal, le prince mena une vie de faste jusqu’à sa vingt-neuvième année. Au-delà de ces jardins de divertissement et l’expérience de la vie de royauté et du tout confort et plaisirs, le prince Siddartha ignorait ce qui se déroulait à l’extérieur. Le jour où la princesse Yasodhara alla enfanter, le prince Siddartha accompagné par son cocher royal se dirigea vers la ville pour y voir la décoration pour l’occasion. Il est dit que les dieux, sachant que le jour du Grand Renoncement était arrivé, créèrent quatre scènes susceptibles de faire réfléchir le Prince sur les malheurs de l’existence humaine et la délivrance de celle-ci : le spectacle d’un vieil homme, d’un homme malade, d’un mort et d’un ascète. Ces quatre phénomènes observés, le Prince pour la première fois de sa vie interrogea le cocher. Son ami lui expliqua que l’être humain qui prend naissance est destiné à la vieillesse, la maladie et la mort. Le quatrième spectacle qu’il observa était plaisant : c’était la figure d’un vénérable habillé en robe jaune, un ascète radieux sur son chemin. Réfléchissant sur les grâces qui accompagnent la vie de renoncement absolu, le Prince prit la ferme décision de quitter le palais le même jour. Sur le chemin de retour au palais, le Prince rencontra des messagers du roi qui lui annoncèrent que la princesse son épouse avait mis au monde un garçon. Quand il entendit le message, le Prince cria «Rahula » : une entrave. Et, ce mot devint le prénom du nouveau-né. Cette nuit-là, le prince réalisa un renoncement qui n’a point de parallèles dans l’histoire du monde. Une jeune épouse, un bébé qui vient de naître, un père, un royaume de confort, à tout cela, le prince a renoncé en faveur de tous les êtres vivants. Son renoncement pour l’amour de ceux qui souffrent, a été accentué par un renoncement supérieur qu’il avait décidé de nombreuses vies antérieurement, depuis l’époque du Bouddha Dipankara. Pour l’amour des êtres humains, le Bodhisattva

avait renoncé au nirvana pour connaître la mort des millions de fois jusqu’à quitter enfin son paradis afin de venir en aide aux entités humaines, divines et animales. Le renoncement et la vie active de compassion absolue et de sagesse nirvanique constituent les caractéristiques essentielles de la vie du Bouddha. Le prince ascète quitta Kapilavastu et les territoires des Sakyas marchant à pied jusqu’à la ville de Rajagriha pour solliciter de la nourriture. Sa silhouette majestueuse, son aspect plus que divin attira l’attention des citadins, des messagers avertirent le roi Bimbisara de l’arrivée d’un personnage inconnu. Après avoir obtenu de la nourriture, le prince ascète alla au roc des Pandavas dans les environs de la ville, où il s’assit pour manger. Le roi et ses ministres vinrent à sa rencontre et l’interrogèrent sur son identité. L’ascète leur révéla qu’il était le prince Sakya de la race d’Adityabandhu, qu’il avait renoncé aux plaisirs mondains après qu’il eut discerné leur futilité ; et que, devenant ascète, il avait réalisé la paix suprême. Le roi qui était de cinq ans plus jeune que le prince, lui demanda alors s’il acceptait la moitié de son royaume ; ce que l’ascète refusa. De Rajagriha, celui-ci a lâché les maîtres brahmanes Alarakalama et Uddaka Ramaputta qui avait atteint les deux Lokas. Le prince n’était pas satisfait de leur conception du bonheur. Là où perception et sensations agissent, il ne peut y avoir de bonheur permanent, et il trouva qu’après expiration de 84 000 kalpas d’existence dans le royaume du Nevasanna nasanna, l’être vivant devrait renaître sur cette Terre. La conception d’un nirvana absolu était jusque-là non découverte, et les aspirants religieux coupaient leurs liens familiaux, et partaient mener la vie de moine errant (Anagarika Brahmachari). Ayant échoué à réaliser la paix suprême nirvanique selon les méthodes des Arannyakas, l’ermite Sakya pratiqua les formes les plus terrifiantes d’ascétisme physique six ans durant en compagnie de cinq bhikkhu brahmanes. Pénitence et jeûne étaient pratiqués sous leur forme la plus extrême au point que le prince était devenu très émacié et proche de la mort en dépit de témoins célestes qui veillaient sur lui. Un jour, il tomba dans un état d’inconscience, et lorsqu’il se réveilla, il subit une telle douleur qu’il renonça à la mortification et l’auto torture.

Ni la sensation plaisante, ni la vie semi- perceptive d’un bien-être de solitude, ni non plus les douleurs de la torture qui mènent à un état d’inconscience, n’ont apporté la paix à l’esprit analytique du Prince Sakya. Il jeta un regard sur l’enfance qu’il menait dans le palais, et trouva que, mené à l’écart à la fois de l’ascétisme et de la sensualité, elle était appropriée. Il est intéressant pour un étudiant en psychologie infantile, de souligner la base de cette grande découverte qui a abouti à la promulgation de la Religion Universelle, posée par le prince Sakya sur l’expérience d’enfant qu’il a connue personnellement dans son enfance. Un enfant peut-il vivre sans nourriture ? Peut-il supporter les sensations excitantes d’une jeunesse attachée aux plaisirs ? La nourriture prise en quantité modérée était nécessaire pour vivre, et une conscience saine indispensable pour expérimenter la paix intérieure. Par conséquent, après réflexion, le Bodhisattva abandonna la vie d’ascétisme mortifiant, et commença à prendre de la nourriture en quantité modérée. Le Bodhisattva mena alors une solitude sylvestre, et adopta la Voie du Milieu, non loin de la rivière couleur argentée de Neranjara l’actuelle Lilajan. L’ermite Sakya était assis à l’ombre de l’arbre Ajapala Nigrodha, le jour de la pleine lune du mois de Vesak, quand la servante du chef du village, Sujata, vit l’aspect majestueux de l’ermite. Elle le prit pour le dieu de l’arbre, et partit en informer le chef du village. Puis elle fit un vœu d’offrir au dieu présumé un bol de lait avec du riz que la servante prépara. Puis elle alla ouvrir le bol.

Il prit le bol et bénit Sujata. Quand celle-ci fut partie, il se leva et se dirigea vers la rivière pour se baigner ; il mangea la nourriture. Après une sieste, il alla vers le lieu sacré de l’Arbre de Bodhi. Face à l’Est, le Bodhisattva s’assit sur l’arbre, déterminé à ne pas abandonner sa position avant de devenir un Bouddha omniscient. Au milieu de cette nuit de la pleine lune, le Bienheureux obtint l’introspection divine, et à l’aube devint un Bouddha Omniscient. 10 000 mondes furent submergés par sa radiation, la Terre trembla, la nature se couvrit de joyeux apparats, les infirmes se mirent à marcher, les aveugles à voir, les muets à parler. Dès lors, les puissances des ténèbres ont été heurtées par celle de la lumière salvatrice de tous les êtres. Le Seigneur Bouddha  passa sept semaines près de l’arbre de Bodhi dans la béatitude de l’émancipation nirvanique. En effet, Buddha-Gaya est devenu un lieu sacré pour des centaines de millions de bouddhistes. La septième semaine, alors qu’il se trouvait ainsi à l’ombre de l’arbre Ajapala le dieu Brahma Sahampati supplia le Bouddha de prêcher le Dhamma, et le Bienheureux vit par son œil divin que les gens étaient prêts à recevoir la vérité du Dharma. C’est pourquoi il poursuivit son chemin vers Isipatana à Bénarès pour y rencontrer les cinq bhikkhu brahmanes qui étaient prêts pour l’œil de la Vérité. Et le jour de la pleine lune du mois d’Asalha il leur enseigna la Doctrine de la Voie du Milieu qui évite les deux extrêmes : de l’ascétisme douloureux et de la sensualité, énonçant les Quatre Nobles Vérités et le Noble Chemin Octuple. L’ascétisme cruel des yogis et les plaisirs de l’hédonisme de Vama Marga du Kama yoga furent condamnés comme ignobles par le Bouddha et comme dépourvus de tout intérêt. Pendant quarante-cinq ans, le Seigneur enseigna la Doctrine qui peut se résumer dans ces quatre lignes :

Sabba papassa akaranam,

Kusalassa upasampada,

Sachitta pariyodapanam,

Etam Buddhanasasanam

 

« Eviter tout mal,

développer le bien et le vrai,

purifier votre cœur.

Voilà l’enseignement des Bouddhas »

 

Le Noble Chemin Octuple contient l’essentiel des analyses scientifiques, des aspirations élevées sans la volonté d’intérêts personnels, paroles sympathiques et vraies, éviter la calomnie et le mensonge, agir dans la droiture, ne pas détruire la vie, ne pas voler ni consommer des intoxicants ; gagner ses ressources de manière légale en évitant tout bénéfice condamnable ou profit interdit ; s’efforcer sans relâche de s’écarter de tout mauvais chemin en développant en soi toute qualité louable ; purifier le cœur en détruisant les erreurs de l’égoïsme par un processus de vigilance continue agissant sur les quatre plans de métabolisme objectif et subjectif ; la concentration correcte qui conduit à l’état de sainteté et à la réalisation du nirvana. Ces huit principes de vérité absolue se classent sous d’autres catégories nommées les 37 Bodhi Pakkhiya Dhamma.

Le Tathagata est apparu au moment où l’Inde se trouvait au zénith de sa prospérité et de son progrès. Le pays était alors le centre du monde au point de vue spirituel. Des spéculations au sujet de : «d’où  viens- je, où irai-je, qui suis-je » étaient à la base des différentes écoles philosophiques. Le sacrifice animal et le ritualisme étaient rampants. L’on sollicitait le paradis en suppliant les dieux. Le système des castes était sujet de discussion, et n’était pas totalement établi. L’opinion se trouvait divisée. Les prêtres affirmaient qu’ils étaient « l’œuvre du Créateur», et par conséquent, qu’ils devraient être soutenus. L’égoïsme des auteurs du système des castes était condamné par le Bouddha dans plusieurs Suttas importants du Digha et du Majhima Nikaya . Le Seigneur béni était venu en fait comme un sauveur qui transmet l’amour-compassion à tous les êtres vivants. Du ver chétif au plus élevé des hommes, tous étaient concernés par sa compassion divine. Par sa bienveillance et sa sagesse, il gagna tous les cœurs. Sa voie à vibrations douce évoquait celle de l’oiseau Kurawika. Il fit que les hommes et dieux abandonnent leurs idées erronées et hérétiques.

Il enseigna l’importance capitale du dévouement. Il proclama la doctrine de l’analyse scientifique. Avant d’accepter tradition, révélations, dogme soutenus par la logique et analogie, les propos des saints et des magiciens, il  convient de les tester par le creuset de la Causalité scientifique. C’est uniquement quand ses effets sont bénéfiques que l’on devrait accepter la doctrine.

 

Pour la première fois, la doctrine du Karma qui demeurait jusque-là un secret confiné aux philosophes de l’Arannyaka, constitua le principe de base de l’évolution de l’individu. La doctrine du Karma dans son ensemble a été énoncée par le Bienheureux, et les erreurs des 62 croyances ont été mises en évidence. À la place de la métaphysique, la théologie matérialiste et des enseignements fatalistes, le Seigneur a promulgué la Loi de l’Origine interdépendante. La vie ne peut être ni annihilée ni créée. Dans le processus cosmique, rien n’est permanent. L’annihilation et la permanence des choses sont toutes deux ridiculisées dans le Dharma de notre Seigneur. Toutes les choses sont changeantes: aussi bien la matière que l’esprit sont sujets aux changements et au déclin. Un métabolisme constructif et destructif est un processus cosmique naturel. Il n’y a pas de début connu d’une vie individualisée, la théorie de l’absorption et de l’émanation qui est une doctrine cardinale de certaines philosophies panthéistes, est expliquée dans la cosmologie du Bouddhisme. Au commencement de chaque Mahakalpa, les êtres descendent sur cette Terre à partir du Abliassara Brahmaloka. Ils sont, dans l’état primitif éthérique. Avec l’évolution de leurs désirs, ils sont devenus matériels et malsains. À la destruction de l’univers, les êtres humains et les animaux qui se trouvaient sur cette Terre renaîtront tous dans l’Abhassara. A la grande dissolution, mêmes les enfers sont détruits. Dans le Bouddhisme, il n’y a pas d’enfer ou de paradis éternels. Après de longs âges ils disparaissent. Mais le disciple du Bouddha ne sollicite pas être dans le processus cosmique, ni naître dans une existence conditionnée et éphémère. Il aspire à réaliser  (Ajatam, Abhutam, Akatam et Asankhatam) la non-renaissance (ou l’état du non-né), le non-matériel, le non-créé et le non-conditionné voire le Nirvana.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *