La conception bouddhique du Bonheur

Le bonheur en Pali est appelé Sukha, qui est utilisé à la fois comme un nom propre signifiant « bonheur », « aise », « béatitude » ou « plaisir » et comme un adjectif signifiant « béatifique » ou « plaisant ».

Pour comprendre précisément la nature du bonheur, une discussion brève sur l’analyse bouddhique des sensations ou sentiments est nécessaire. La sensation (vedana) est un facteur mental présent dans tous les types de consciences, un concomitant universel de l’expérience. Elle a la caractéristique d’être ressentie, la fonction d’être expérimentée, et elle a pour manifestation la gratification des facteurs mentaux. Elle est invariablement dite née du contact (phassa), qui est la jonction (sangati) de l’objet de perception sensorielle, une faculté sensorielle, et le type de conscience approprié. Quand ces trois facteurs de conscience rentrent en contact avec l’objet, le mental expérimente la qualité de l’objet et à partir de l’expérience vécue une sensation apparaît en relation avec la qualité affective de l’objet.

Comme le contact est de six sortes par le biais de six facultés sensorielles la sensation aussi est de six sortes correspondant aux six formes de contact à partir desquelles elle naît. Il y a la sensation née du contact oculaire, la sensation née du contact auditif, la sensation née du contact nasal, etc. La sensation est aussi divisée selon sa tonalité affective que ce soit en trois ou bien en cinq classes. Dans la division triple, il y a la sensation plaisante (sukhavedana), la sensation douloureuse (dukkhavedana), et la sensation ni plaisante ni douloureuse (adukkhamasukhavedana), i.e. La sensation neutre. La sensation plaisante pourrait être subdivisée en sensation corporelle plaisante (kayika-sukha) appelée “plaisir” (sukha) et sensation mentale plaisante (cetasika-sukha) appelée joie (somanassa). La sensation désagréable pourrait être subdivisée en sensation corporelle désagréable (kayikadukkha) appelée “douleur” (dukkha) et sensation mentale pénible (cetasika-dukkha) appelée “déplaisir” (domanassa). Dans ce système de classification la sensation neutre est appelée “équanimité” (upekkha). Ainsi dans la division quintuple nous trouvons cinq formes de sensations: le plaisir, la joie, la douleur, le déplaisir et l’équanimité. Conformément à l’Abhidhamma, le plaisir et la douleur sont rencontrés seulement en association avec la conscience  du corps, la joie et le déplaisir seulement en association avec la conscience mentale, et l’équanimité en association avec les consciences tactile et mentale et les quatre autres types de conscience sensorielle.

Le Bouddha énumère des types contrastés de bonheur mental: le bonheur de la vie de maître de maison et celui de la vie monastique, le bonheur des plaisirs sensoriels et celui de la renonciation, le bonheur avec les attachements et souillures et le bonheur sans attachements ni souillures, le bonheur mondain et le bonheur spirituel, le bonheur de la concentration et le bonheur sans concentration, le bonheur des Ârya (les êtres nobles), le bonheur mental, le bonheur sans joie, le bonheur de l’équanimité, le bonheur qui n’a pas pour but la joie, et le bonheur qui a pour but un objet sans forme. Le bonheur associé à des racines saines produites par le renoncement aux plaisirs sensuels est le bonheur spirituel (niramisasukha) ou le bonheur de la renonciation (nekkhammasukha). Le bonheur du  Jhana est un bonheur spirituel né de l’isolement par rapport aux plaisirs sensuels et les entraves (pavivekasukha). C’est aussi un bonheur né de la concentration (samadhisukha).

Il existe de nombreuses voies qui conduisent au bonheur. “Les amis apportent le bonheur quand un besoin est apparu; plaisant est le contentement avec quoi que ce soit qui pourrait apparaître; le mérite est plaisant à la fin de la vie; et plaisante est la destruction de toutes les souffrances. Heureux est-il, dans le monde, d’être une mère, et heureux est-il d’être un père; heureuse, dans le monde, est la vie d’un être reclus et heureux est l’état de Brahmane. Heureux est la vertu de l’âge mûr et heureuse est la confiance bien établie; heureuse est l’acquisition de la sagesse et heureux est-il de ne pas faire le mal. “Heureuse est l’émergence des Êtres Eveillés; Heureux est l’enseignement de la Bonne Loi; heureuse est l’unité du groupe et heureuse est la vie ascétique des êtres unis.” [Dh. 194,331-333].

Dans la poursuite du bonheur, de nombreuses personnes sont engagées dans la course aux plaisirs des sens ou l’épanchement dans les extrêmes. En raison de la disponibilité de grandes opportunités  pour les êtres de se consacrer aux plaisirs des sens, le monde humain est appelé une sphère de plaisirs sensoriels.

Comme le fait de jouir des plaisirs des sens est appelé le bonheur, être né en tant qu’être humain avec une potentialité complète d’expériences sensorielles, c’est un heureux évènement, car un être y peut expérimenter un très haut degré de plaisir sensoriel au travers du stimuli des sens. Il peut être heureux en pensant qu’il a plein de richesses, avec la pensée  “Je jouis d’une grande prospérité”, car cela lui procure un sentiment de sécurité. Ce sentiment de possessivité est son bonheur [atthisukha]. Il peut être heureux en consumant sa richesse de quelque manière qu’il estime sécurisante, cultivant ses sens de quelque manière qu’il souhaite, ou partageant la dite richesse avec ses proches, amis, ou en en faisant don par charité à qui que ce soit, ou l’économisant autant que cela lui fasse plaisir, auquel cas il peut l’utiliser quand bien même lui-même ou les membres de sa famille en ont besoin [bhogasukha]. Il peut être heureux en pensant qu’il a acquis sa richesse honnêtement [anavajjasukha] et il peut être heureux en pensant qu’il est exempt de dettes. [ananasukha, A.ii.p.69].

Pour ces raisons, le bonheur a été défini par certains comme une satisfaction de la volonté. Si vous obtenez ce dont vous avez rêvé, on dit que vous êtes heureux. En vertu de cette définition du bonheur, vous pourriez faire un nombre incalculable de choses afin de réaliser vos souhaits, et donc vous serez heureux. Vous pourriez passer tout votre temps, argent, énergie, aptitude et saisir toutes les opportunités afin de faire de votre mieux pour apporter du bonheur dans votre vie, ou bien apporter du bonheur dans la vie des membres de votre famille, vos amis et probablement votre pays.

Considérant les variables possibles disponibles pour l’aspiration au désir, cette définition est inadéquate. Si vous souhaitez  procurer quelque chose de périssable, changeant, impermanent et sujet à glisser entre vos doigts, le fait de procurer cet objet particulier vous rend plus malheureux que de ne pas le procurer. Ou si vous obtenez quelque chose et vous devez passer vote temps, votre énergie, perdre votre paix intérieure, vos aptitudes même au risque d’y perdre votre santé afin de la protéger, la sauvegarder, et la sécuriser, alors vous expérimentez plus de malheur que de bonheur.

Sariputta, faisant écho à l’explication du Bouddha sur les désirs sensoriels, dit à ses frères moines: “Il y a, Vénérable révérend, ces cinq formes de désirs sensoriels. Quels sont ces cinq? Il y a les formes, connues par l’œil, désirées, séduisantes, agréables, belles, liées à la passion et au désir. Il y a les sons connus par l’oreille… odeurs connues par le nez… goûts connus par la langue… contacts, connus par le sens tactile, désirés, séduisants, agréables, beaux, liés à la passion et au désir. Ceux-ci, Vénérable révérend, sont les cinq formes de désirs sensoriels; et le bonheur, le bien-être qui en découlent sont appelés le bonheur sensuel.”

Généralement, les personnes interprètent mal la source du bonheur. Ils pensent qu’en gratifiant leurs désirs insatiables ils peuvent être heureux. Ils ne réalisent pas que les moyens mis à leur disposition afin de satisfaire leurs désirs sont limités dans le temps et dans l’espace. Quand vous essayez d’obtenir le bonheur en gratifiant des désirs illimités et insatiables par des moyens limités dans le temps et l’espace, vous vous retrouvez dans la frustration et vous perdez le peu de bonheur relatif dont vous jouissez.

Est-ce que la richesse apporte réellement le bonheur? Évidemment non, car il y a de nombreuses personnes riches qui vivent des vies misérables, des vies malsaines. Est-ce que l’éducation procure  le bonheur? Apparemment non, car il existe de nombreuses personnes bien éduquées qui sont plus malheureuses que celles qui en sont pas cultivées.. Cela signifie-t-il que les pauvres et les personnes incultes sont plus heureuses que les personnes et riches et cultivées? Non, pas du tout. Est-ce que le fait de se marier avec quelqu’un auquel l’on est passionnément attaché procure le bonheur? Non. Le divorce vous rend-il heureux? Apparemment non. Est-ce que la vie de célibataire procure le bonheur? Non, pas du tout.

Certaines personnes croient que la vengeance va leur procurer le bonheur. Le tac au tac n’apporte jamais le bonheur à qui que ce soit, car, en réalité, l’œil pour œil, dent pour dent, rend chacun misérable, pas heureux du tout. Ce n’est pas en cultivant, mais en détruisant la haine, que le bonheur apparaît dans nos esprits. “Celui qui, armé  d’un bâton blesse celui qui est sans défense et inoffensif, atteindra bientôt un de ces états: Il sera assujetti à une douleur intense, un désastre, une blessure physique, ou même une maladie douloureuse, ou la perte de la raison, ou l’oppression par le kind???, ou une accusation grave, ou la perte d’un être cher, ou la destruction de la richesse, ou un incendie ravageur qui brûlera sa maison.” [Dh. vs. 138 – 140]. “Celui qui recherche son propre bonheur ne tourmente pas par le bâton des êtres qui aspirent au bonheur, et il obtient le bonheur dans l’au-delà.” [Dh. v. 132]. Nous tous sans aucune exception, nous avons en nous la racine du bonheur. Elle est, cependant, enfouie sous le monceau de notre haine, jalousie, tension, anxiété, inquiétude et bien d’autres états négatifs du mental. De manière à retrouver la racine du bonheur nous devons arracher la racine du malheur et nourrir les racines du bonheur.

Supposons qu’une personne pense trouver le bonheur en tuant, volant, en ayant une mauvaise conduite sexuelle, en mentant et en prenant des boissons intoxicantes et des drogues qui provoquent l’engouement et la perte d’attention, est-ce qu’il serait vraiment heureux? Certainement, il n’est pas heureux, pour la raison que son esprit est confus suite à ses agissements. Comment un homme, qui est rempli de haine, d’avidité et d’illusion peut-il être heureux? Comment un homme qui tue quelqu’un peut-il être heureux? Le Bouddha dit:

“Vivre sans colère parmi le coléreux, en fait, c’est le bonheur même. Vivre sans afflictions parmi l’affligé, c’est le bonheur même. Vivre sans ambition parmi les ambitieux, c’est le bonheur même. Vivre sans possession, c’est mener une vie heureuse comme celle des divinités rayonnantes. Vivre sans (esprit de) compétition parmi ceux qui se vouent à la compétition, c’est le bonheur même, car celui “qui gagne crée un ennemi; et malheureux le perdant dort-il. Celui qui est ni victorieux ni perdant dort avec bonheur.” [Dh. v. 201] “Il n’y a pas de bonheur plus grand que le calme parfait.” [Dh. 203] “Bonne est la vision des Êtres Nobles; heureux est-il de toujours vivre auprès d’eux; éloigné de la vision des insensés, on serait toujours heureux.” [Dh. 206]. Vivre avec  le sage est très confortable et source de bonheur. “La cohabitation avec un homme sage est plaisante comme avec la compagnie de parents.” [Dh. v. 207].

Qu’importe la longueur de notre liste de bonheurs, nous continuons à être malheureux, frustrés et à souffrir sans jamais être couronnés de succès par l’expérience du bonheur à moins que nous additionnions à notre liste « l’article » qui est le plus important et absolument nécessaire et que nous l’utilisions avec diligence. Et cet article numéro un dans notre liste de priorités est la purification de l’esprit au travers de la pratique de la moralité, la concentration et la sagesse. Quoi que vous fassiez d’autre sans ces composants très importants et absolument nécessaires, vous n’allez pas expérimenter le bonheur, mais son opposé même. Le bonheur est le fruit de la purification de l’esprit. Vous ne trouverez jamais le bonheur dans un esprit avide, un esprit haineux ou ignorant, car ce sont les racines même du malheur, de la douleur et de la souffrance.

C’est la connaissance de la vérité que nous expérimentons, pas son ignorance, qui nous rend joyeux et heureux. Expérimenter la vérité de la vie n’est pas un phénomène accidentel, mais une manifestation qui a lieu à chaque moment de notre vie, bien que nous ne serions probablement jamais prêt à l’accepter. Comme notre sagesse n’est pas aiguisée suffisamment pour que nous accueillions la vérité de la vie, nous envisageons plutôt une autre voie ou essayons de prétendre que cela n’existe pas ou bien nous essayons de la fuir. Cependant, elle nous rattrape par surprise. Qu’importe avec quel force nous essayons de nous enfuir, très certainement, elle nous suit en nous rappelant sa présence en nous tout le temps. Le sage serait ravi à l’idée de la connaître et de réfléchir à son sujet. La connaissance de la vérité que toutes les formations conditionnées sont dans un état de flux génère en lui un expérience profonde qu’il considère équivalent à la félicité de nibbâna.

Toutes les formes de dukkha se manifestent aux êtres non pour le sages, mais la stupidité ou les personnes insensées. Par conséquent nous ne devrions pas nous associer avec un homme de bas niveau de moralité, de faible concentration et de sagesse limitée, “pour la même raison que nous évitons avec beaucoup de prudence un éléphant enragé, un cheval fougueux, un taureau dément, ou nous nous tenons éloignés des serpents, des sols aux arbres arrachés, des copeswood, falaises et des crevasses, des étangs et des marécages, des plaines qui ne sont pas destinées à être occupées par nous et des zones  qui ne sont pas prévues pour être occupées. De la même manière qu’un homme intelligent évite toutes ces choses, alors aussi il évite ces hommes dont la compagnie n’est pas saine et ainsi il échappe à ces influences destructrices qui l’attirent vers le bas sans cesse” [Happiness and Immortality, by P. J. Saher, George Allen and Unwin, Ltd., Ruskins House, Museum Rd., London, p 25. M. I. p.11]

Donc, le Bouddha déclara: “Nos actions sont toutes dirigées par l’esprit, l’esprit est leur maître, l’esprit les façonne. Si quelqu’un agit ou parle avec un état d’esprit pur alors le bonheur le suit comme une ombre qui  traîne constamment derrière.” [Dh. v.2.]

Le bonheur est très certainement généré par un esprit libre des facteurs qui sont ses opposés. La source même qui génère le bonheur, c’est l’esprit purifié, non l’esprit impur. La répétition de bonnes actions avec un esprit pur est une source de bonheur. “Si un homme fait le bien, laissons le le faire encore et encore et laissons le y prendre plaisir; car l’accumulation du bien est cause de bonheur.” [Dh. v. 118]

La générosité nous rend heureux, car c’est toujours le donneur, plutôt que celui qui reçoit, qui est heureux. Le destinataire du don est obligé par le donneur. Quelqu’un qui est obligé envers quelqu’un d’autre n’est pas heureux. Pour cette raison le Bouddha a très sagement  considéré le désir comme étant analogue à une dette. Nous savons que quand nous empruntons quelque chose à quelqu’un, nous ne sommes  pas heureux jusqu’à ce que nous ayons remboursé ce que nous avons emprunté. Quelqu’un qui abandonne ses possessions n’a pas d’obligation envers le receveur du don. Par conséquent il est heureux. Le Bouddha dit: “L’homme sage, qui se réjouit en donnant, devient heureux par cela dans l’au-delà.” [Dh. v. 177]

C’est en abandonnant, non en obtenant, le plaisir sensoriel qu’un être atteint le bonheur. Les plaisirs sensoriels sont plus source de malheur que de bonheur. Par conséquent , “En abandonnant un petit plaisir, si quelqu’un y voit beaucoup de bonheur, l’homme sage lui abandonnerait ce petit plaisir en vue d’un grand plaisir.” [Dh. v. 290]

Le Bouddha a réitéré encore et encore qu’il n’enseignait que la souffrance et la fin de la souffrance. Il est clair que d’après cet enseignement du Bouddha le bonheur est l’absence totale de malheur. Il est appelé le médecin incomparable (bhisakko) et le chirurgien suprême (sallakatto anuttaro), car il examina notre maladie, diagnostiqua sa cause, analysa ce qu’il découvrit, et prescrivit un traitement pour nous libérer de la souffrance et de l’affliction et nous rendre heureux.

Le Bouddha ne loua jamais le plaisir sensuel [kamasukha] comme étant le bonheur. Au lieu de cela, il dit “L’on devrait savoir comment juger ce qu’est le bonheur; ayant su comment juger ce qu’est le bonheur, l’on devrait se vouer au bonheur intérieur.” [M.L. III. 278], “Sukhavinicchayam janna sukhavinicchayam natva ajjhattam sukham anuyunjeyya.” [M.III.230]

“La raison pour laquelle il nous est demandé de ne pas nous vouer au plaisir sensoriel, c’est parce que “Quel que soit le bonheur expérimenté en association avec le plaisir sensoriel et l’intention d’y trouver une joie de bas niveau, du villageois, de l’homme commun, du non-aryen (dans les sens de non-noble sur le plan spirituel), non connecté avec le but—c’est une chose qui procure l’angoisse, la contrariété, le trouble et l’agacement; c’est une pratique erronée. Mais quel que soit le bonheur en association avec les plaisirs sensoriels mais non l’intention de se procurer une joie qui est basse, du villageois, de l’homme commun non-aryen, non connecté avec le but— c’est une chose qui est sans angoisse, contrariété, trouble ou  agacement; c’est une pratique correcte.” [ML. III. p. 278. M.iii. pp. 230-231].

Ce moyen procurant l’objet désiré ou l’objectif destiné à plaire à nos sens n’est pas considéré comme étant une source de bonheur, car il est tout à fait évident que tout ce qu’un homme obtient peut lui causer de l’anxiété et de l’inquiétude, car il doit s’assurer que toutes ces choses qu’il a obtenues ne seront pas détruites. Il doit les entretenir, les assurer,  les protéger des catastrophes naturelles et des hommes criminels. Par conséquent, obtenir ce qu’il veut c’est une tragédie autant que ne pas obtenir ce qu’il veut. Il est malheureux jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut et il continue à être malheureux   après qu’il ait obtenu ce qu’il souhaitait, en essayant de le protéger même au risque de sa propre vie.

Certaines personnes présupposent qu’elles peuvent être heureuses en prônant, protégeant et maintenant les vues qu’ils chérissent le plus, leurs opinions et idées en sacrifiant leur richesse, famille, et même le pays. Ils pourraient sacrifier leurs vies au nom de leurs opinions et croyances  qu’ils croient être sources de leur bonheur. Les peuples, depuis des temps immémoriaux de par le monde et de tous temps, tuent autant de personnes qu’ils jugent nécessaire afin de protéger leurs croyances. Le nombre de meurtres perpétrés afin de protéger les possessions matérielles est insignifiant comparé aux tueries perpétrées dans la veine de l’histoire humaine afin de protéger des  idées, des opinions et des croyances. L’histoire humaine est tâchée du sang de tels meurtres brutaux. Néanmoins, qu’importe à quel point leurs idéaux, leurs opinions ou leurs vues sont élevés, toutes ces personnes sans exception sont assujetties à la loi de l’impermanence. Le bonheur véritable ne nait pas du fait de soutenir des opinions, des vues ou des idées, car tout plaisir naissant d’opinions, idées ou croyances peut se transformer en déplaisir. Si un homme est heureux simplement en donnant généreusement ses possessions matérielles, à quel point sera-t-il heureux  quand il abandonnera volontairement toutes ses croyances et opinions ou des vues  dont il est très difficile de se débarrasser. Le bonheur expérimenté après s’être soustrait au joug de telles idées, opinions et croyances est le bonheur le plus béatifique. Se référant à cette forme de bonheur, le Bouddha dit: “Mieux que la seule royauté sur la terre, mieux qu’aller au ciel, mieux que la souveraineté sur tous les mondes est le fruit né de l’entrée dans le courant.” (de l’Illumination) [Dh. v. 178]

Mettant en exergue comment le malheur ou la souffrance sont conditionnés par la causalité le Bouddha dit dans le Mahanidana Sutta: “Ainsi, Ananda, dépendant de la sensation, il y a l’envie impérieuse; dépendant de l’envie impérieuse il y a l’adhérence; dépendant de l’adhérence il y a le gain; dépendant du gain il y a la prise de décision; dépendant de la prise de décision il y a le désir et la convoitise; dépendant du désir et de la convoitise il y a l’attachement; dépendant de l’attachement  il y a la possessivité, dépendant de la possessivité il y a l’avarice; dépendant de l’avarice il y a la sauvegarde; et en raison de la sauvegarde, divers maux et phénomènes malsains puisent leur origine dans le brandissement de gourdins et d’armes, les conflits, querelles, et disputes, les paroles  injurieuses, les calomnies et les faussetés.” [The Great Discourse on Causation, The Mahanidana Sutta and Its Commentaries, Traduit du Pali par Bhikkhu Bodhi, Buddhist Publication Society, Kandy, Sri Lanka. pp. 55-56].

Il s’ensuit qu’en mettant tout cela dans l’ordre inverse le bonheur est obtenu, car par l’élimination totale, l’éradication complète et l’absence totale d’envie impérieuse le bonheur est assuré. Par aucune autre voie l’on peut obtenir le bonheur véritable; pas par la seule foi dans quelque pouvoir inconnu mais en réalisant la vérité face à face.

Dans le plan de bonheur du Bouddha, il existe trois stades, la conduite morale (sila), la concentration (samadhi) et la sagesse (panna). Le fondement du bonheur tient dans la pratique  de principes moraux. Quelqu’un n’a pas besoin d’attendre jusqu’à ce qu’il atteigne la fin du tunnel pour voir la lumière du bonheur, car tandis qu’il est engagé sur le sentier de la pratique de principes moraux, il aura certainement des moments de bonheur comme gratte. Cela signifie le bonheur obtenu par une vie vertueuse, pas celui obtenu par une vie immorale.

“Ce moine  qui est rendu parfait par la moralité ne voit aucun danger apparaître de quelque côté que ce soit car son être est restreint par la moralité. Juste de la même manière qu’un roi (Khattiya) dument oint, ayant conquis ses ennemis, par ce fait même ne voit aucun danger apparaître de quelque côté que ce soit, le moine, en raison de sa moralité, ne voit apparaître aucun danger de quelque coté que ce soit. Il expérimente en lui-même la béatitude sans blâme qui naît du fait de maintenir cette moralité aryenne.” [Ainsi ai-je entendu, The Long Discourses of the Buddha, Traduit du Pali par  Maurice Walshe, Wisdom Publication, London. p. 100, DN. I. pp.69-70]

Par conséquent, supposons que quelqu’un, réalisant les inconvénients du plaisir sensoriel, devienne un bhikkhu, sans domicile et dépendant entièrement  des gens pour sa subsistance. Il pratique les principes de vouloir moins et pas plus, le contentement, la solitude, la persévérance, l’attention constante, la concentration, et il cultive la sagesse consistant à libérer l’esprit de toutes les souillures. Il expérimente réellement et vraiment les plus hauts degrés du bonheur. Cette pratique l’amène à réaliser le Dhamma et à abandonner l’envie impérieuse, la poursuite, le gain, la prise de décision, le désir et la convoitise, l’attachement, la possessivité, l’avarice, la sauvegarde et les phénomènes malsains et maléfiques qui conduisent au brandissement de gourdins et d’armes, les conflits, les querelles, et les disputes, les paroles injurieuses, la calomnie et les faussetés. Cette  pratique lui procurera très certainement un énorme degré de bonheur.

Quand il se met sérieusement à la pratique de la méditation et il domine l’avidité, il est heureux comme un homme qui a payé sa dette; libéré de l’aversion, il est heureux comme un homme qui est exempt de maladie. Libre de l’endormissement et de la léthargie mentale, il est heureux comme quelqu’un qui est libre d’emprisonnement. Libre de l’agitation et de l’inquiétude il est heureux comme quelqu’un qui est libre de l’esclavage et libre des doutes, il est heureux comme quelqu’un qui traverse un désert en toute sécurité.

Et quand il sait que ces cinq entraves l’ont quitté, un sentiment de bonheur émerge en lui, du bonheur vient la félicité, de la félicité dans son esprit son corps est tranquillisé, avec un corps tranquille il ressent de la joie, et avec cette joie son esprit est concentré. Etant ainsi détaché des désirs sensoriels, détaché des états malsains, il entre et demeure dans le premier Jhana, qui se manifeste comme pensée initiale et contemplation, nées du détachement, rempli par le ravissement et la joie. Et avec ce ravissement et cette joie nés du détachement, il s’inonde, se trempe, remplit et irradie son corps au point qu’il n’existe plus aucune partie de son corps entier qui n’est pas touchée par ce ravissement et cette joie nés du détachement.

Le Bouddha montre que le bonheur est conditionné par la loi de la causalité. Il apparaît dans la séquence des conditions et se termine par l’état de libération. Dans cette séquence se produisent l’extase (piti) et la tranquillité (passaddhi), et le bonheur (sukha) mène à la concentration (samadhi). Le Upanisa Sutta dit: “Le bonheur est la condition support de l’extase; l’extase est la condition support pour la tranquillité, la tranquillité pour le bonheur, le bonheur pour la concentration.” le commentaire explique que le bonheur (pamojja) représente les formes initiales de l’extase, (piti) ses formes les plus fortes. La tranquillité (passaddhi) est le calme qui émerge grâce à l’apaisement de souillures du mental; le bonheur (sukha) auquel il conduit le commentaire l’appelle “le bonheur qui précède l’absorption” et le sous-commentaire “le bonheur qui appartient à l’accès au Jhana.” La concentration qui en résulte est le Jhana qui forme la base de l’introspection intuitive (padakajjhana). A partir de ceci nous pouvons inférer que le bonheur compris dans cette séquence causale est le facteur « jhanique » naissant du bonheur (sukha), qui commence à émerger dans le stade d’accès et qui atteint sa pleine maturité dans le Jhana actuel lui-même. Mais comme le bonheur est toujours présent quand bien même l’extase est présente, il s’ensuit que le bonheur peut être apparu au tout début de la séquence. Dans ce stade portant son nom il n’acquière qu’une prééminence spéciale, pas une première apparence. Quand le bonheur grandit en force, il exerce la fonction de supprimer son opposé direct, l’entrave de l’agitation et de l’inquiétude, qui cause le malheur de par sa nature agitée.

Néanmoins, c’est cette excitation même, qui cause l’agitation et l’inquiétude, qu’une personne ordinaire appelle le bonheur. Le bonheur et l’excitation n’existent pas ensemble et simultanément dans le même état mental, et ils sont des facteurs diamétralement opposés. Comme le bonheur pénètre l’esprit par la porte principale, l’agitation et l’excitation quittent l’esprit par la porte de derrière. Le comportement de la personne excitée est tout à fait différent de celui d’une personne heureuse. Quand quelqu’un, par exemple, est excité, il ou elle exprime son excitation en souriant, riant, sifflant, chantant, dansant, embrassant, courant, pleurant ou même en disant des choses qu’il ou elle n’aurait jamais dites en quelque autre circonstance que ce soit. Quand le bonheur véritable apparaît, cependant, la personne n’exprime rien verbalement ou physiquement, mais elle demeure calme, paisible, recueillie et sereine, car c’est ce bonheur véritable qui conduit son esprit à la véritable concentration. Comme nous le savons, ce n’est pas l’excitation mais son opposé direct qui conduit l’esprit vers la concentration. Comme l’esprit concentré génère suffisamment de quiétude mentale, au lieu d’exprimer une quelconque agitation mentale, une personne vraiment heureuse voit la vérité telle qu’elle est. La connaissance véritable de la vérité rend une personne suffisamment sage pour qu’elle soit heureuse dans le sens le plus profond du terme.

La joie et le bonheur sont liés ensemble par un lien très étroit, de sorte qu’il serait difficile de les distinguer. Néanmoins les deux ne sont pas des états identiques. Le bonheur accompagne toujours la joie mais la joie n’accompagne pas toujours le bonheur: “Où il y a la joie il y a le bonheur mais où il y a le bonheur il n’y a pas nécessairement le joie. Dans le troisième Jhana il y a le bonheur mais pas de joie. La joie, comme nous l’avons noté, appartient à l’agrégat des formations mentales, le bonheur à l’agrégat des sensation. Le Atthasalini explique la joie comme “délectation dans l’atteinte de l’objet désiré” et le bonheur comme “l’appréciation du goût de ce qui est acquis,” illustrant la différence par le biais d’une comparaison vivante:

L’extase est semblable à un voyageur fatigué  dans le désert en été, qui entend parler de, ou voit de l’eau ou bien un bois ombragé. L’aise (le bonheur) est similaire au fait d’apprécier le contact avec l’eau ou d’entrer dans la forêt ombrageuse. Pour un homme qui, voyageant sur un sentier à travers un grand désert et étant accablé par la chaleur, est assoiffé et désire une boisson, s’il voyait un homme sur le chemin, il lui demanderait, ‘Où y a-t-il de l’eau?’ L’autre dirait, Au delà du bois, se trouve une forêt dense avec un lac naturel. Allez là-bas, et vous en trouverez’. Lui, entendant ces mots, serait heureux et joyeux, et comme il se rendrait sur les lieux, il verrait des feuilles de lotus, etc., tombées sur le sol et il deviendrait de plus en plus heureux et joyeux. Continuant son chemin, il verrait des hommes avec des vêtements et des cheveux mouillés, entendrait les sons des oiseaux sauvages, etc., verrait la forêt dense et verdoyante semblable à un filet de joyaux poussant au bord du lac naturel, il verrait l’eau, le lotus, le lis blanc, etc., poussant dans le lac, il verrait l’eau claire et transparente, il serait tout au plus heureux et joyeux, il descendrait dans le lac naturel, se baignerait et boirait avec plaisir et, son sentiment oppressant étant apaisé, il mangerait les fibres et les tiges du lis, se décorerait avec le lotus blanc, porterait sur ses épaules les racines du mandalaka, monterait du lac, mettrait ses vêtements, sècherait les vêtements de bain au soleil, et à l’ombre fraîche où la brise soufflerait toujours si doucement il s’allongerait et dirait: ‘O félicité ! O félicité !’ Ainsi cette illustration devrait être interprétée de la manière suivante: Le temps du bonheur et de la délectation à partir du moment où il entendit parler du lac naturel et de la forêt épaisse jusqu’à ce qu’il voit l’eau est semblable à l’extase sous la forme de bonheur et de délectation à l’idée de l’objet en vue. Le moment quand, après son bain et sa boisson il s’étendit à terre à l’ombre fraîche, disant, `O béatitude ! O béatitude !’, etc., est le sens de l’aise (du bonheur) qui s’est intensifié, établi dans ce mode de délectation du goût de l’objet.

L’extase et le bonheur coexistent dans le premier Jhana, il s’ensuit que l’image du commentaire ne devrait pas être interprétée en impliquant qu’ils s’excluent mutuellement. Son sens consiste à suggérer que l’extase gagne en prééminence avant le bonheur, pour lequel il aide à procurer un fondement causal.

Décrivant l’extase et le bonheur du méditant le Bouddha dit: “Un moine entre et demeure dans le premier Jhana. Il se baigne, se mouille, remplit et  répand dans son corps l’extase et le bonheur nés de l’isolement, de manière à ce qu’il n’existe aucune partie de son corps entier qui ne soit pas imprégné de cette extase et de ce bonheur. Comme un assistant de bain ou son apprenti devrait répandre de la poudre de bain dans une bassine de cuivre, l’aspergera d’eau encore et encore, et la malaxerait de manière à ce que la masse de savon de bain serait remplie, imprégnée, et saturée de d’humidité au dedans et au dehors mais il ne suinterait pas l’humidité yet would not ooze moisture, donc un moine se baigne, se mouille, remplit et imprègne son corps d’extase et de bonheur nés de l’isolement, de manière à ce qu’il n’existe aucune partie de son corps entier qui ne soit pas imprégnée de cette extase et de ce bonheur nés de l’isolement.”

A nouveau, un moine, avec l’apaisement de la pensée et de l’application soutenue, en obtenant la tranquillité intérieure et la focalisation de l’esprit sur un point unique, entre et demeure dans le deuxième Jhana, qui est sans pensée et application soutenue, née de la concentration, rempli de délectation et de joie. Et avec cette délectation et cette joie nées de la concentration il imbibe ainsi son corps de manière à ce qu’aucune partie ne demeure hors d’atteinte.

A nouveau, un moine avec la disparition de la délectation demeure imperturbablement attentif et avec une conscience claire, et il expérimente en lui-même cette joie à propos de laquelle les êtres nobles disent: ‘Heureux est celui qui demeure dans l’équanimité et l’attention, et il entre et demeure dans le troisième Jhana. Et avec cette joie dénuée de délectation il imbibe ainsi son corps de manière à ce qu’aucune partie ne demeure hors d’atteinte.” [Ainsi ai-je entendu: The Long Discourses of the Buddha p.103].

Chaque forme de souffrance apparaît à partir de l’impulsion mentale, la conscience, la sensation, l’avidité, l’attachement, l’adhérence, le redevenir, la naissance, le déclin, la mort et la maladie. Par conséquent, éliminez-les, et vous serez constamment heureux. [Sn. vs. 731-750].

Bouddha dit que de la même manière que dans le grand océan  il n’existe qu’un seul goût, le goût du sel, ainsi dans sa doctrine et sa discipline il n’y a qu’un seul goût, le goût de la liberté (vimuttirasa). Quand quelqu’un goûte à la liberté de toutes les servitudes, il expérimente le bonheur réel appelé le bonheur du calme (upasamasukha).

C’est le bonheur, comme nous l’avons déjà mentionné, qui apporte la paix. Par conséquent le Bouddha a prescrit une voie très pragmatique de culture de l’amour bienveillant qui, à son tour, apporte le bonheur.

Quelqu’un qui pratique l’amour bienveillant devrait souhaiter, “Puissent tous les êtres être heureux et en sécurité! Puissent tous les êtres avoir des esprits heureux! Quels que soient les êtres vivants qui pourraient exister sans exception, faibles ou forts, grands, de tailles moyennes, petits, subtils, ou grossiers, visibles ou invisibles, vivant près ou loin de nous, déjà nés ou destinés à naître—puissent tous les êtres avoir un esprit heureux! Puisse personne décevoir un autre ni mépriser qui que ce soit où que ce soit. Ni dans la colère ni dans l’aversion quelqu’un devrait souhaiter du mal à autrui. Tel une mère qui risquerait sa propre vie afin de protéger son enfant unique, de la même manière envers tous les êtres vivants quelqu’un devrait cultiver une bonté de cœur sans limite. L’on devrait cultiver pour le monde entier un cœur d’amour bienveillant sans limite, au dessus, en dessous et au travers, sans obstruction, sans haine ou inimitié. Qu’il soit debout, marchant, ou s’asseyant, se couchant ou éveillé, il devrait développer cette attention; c’est appelé demeurer divinement ici. Ne pas tomber dans des vues erronées, mais vertueuses et douées de vision, supprimant le désir des plaisirs sensoriels, il ne revient jamais à nouveau dans un ventre maternel.” [Karaniyametta Sutta, SN.]

Celui qui pratique l’amour bienveillant peut bien dormir et se lever avec aisance. Il n’aura pas de cauchemars. Il sera plaisant aux êtres humains, plaisant aux êtres non-humains. Il sera protégé par les anges. Aucun ennemi ne le blessera. Quand il médite, il obtient vite la concentration et si il n’atteint pas l’illumination dans cette vie, il renaîtra dans un royaume supérieur des déités les plus élevées.

Vous devez cultiver l’amour bienveillant en vous-même d’abord avant d’essayer de le partager avec les autres, car seulement quand vous ressentez les bénéfices mentionnés ci-dessus pouvez-vous les partager avec autrui, et il est tout à fait évident que vous ne pouvez partager avec les autres ce que vous n’avez pas déjà à l’intérieur de vous-même. La technique de cultiver l’amour bienveillant consiste en une technique de méditation relaxant. L’amour bienveillant est une émotion universelle dont la racine se trouve dans l’esprit de chacun. Comme c’est enfoui sous des conditionnements variés et malsains, la plupart des personnes ne sont pas conscientes de sa présence dans leurs esprits. De plus, toutes sortes de peurs, d’anxiétés, de tensions, d’inquiétudes, etc. ont tendance à le refouler. Une fois qu’ils sont écartés de l’esprit, l’amour bienveillant commence à opérer librement, se manifestant sous forme de compassion, joie altruiste et équanimité, tous ces sentiments étant sources de bonheur. Une fois que la haine est écartée de l’esprit, l’amour bienveillant se développe librement, non entravée par aucune de ses opposés. C’est celui qui pratique tout le temps l’amour bienveillant qui expérimente le bonheur véritable.

Le Bouddha a dit que de la même manière que dans le grand océan il n’y a qu’un seul goût, le goût du sel, donc dans ses doctrine et discipline il n’y a qu’un seul goût, le goût de la liberté [vimuttirasa]. Quand quelqu’un goûte au goût de la délivrance de toutes servitudes il expérimente le bonheur réel appelé le bonheur du calme [upasamasukha].

Il existe deux formes de bonheur—l’un est expérimental [vedayita)] et l’autre non-expérimental [avedayita]. Le deuxième est considéré comme étant le plus élevé, car il est au-delà du changement, et le précédent dans une catégorie inférieure de bonheur, car il est changeant. Le deuxième est atteint après avoir éradiqué toutes les souillures dans le mental et le premier est atteint sans les avoir détruits. Aussi longtemps que les souillures, incluant les entraves, ne sont pas détruites, quel que soit le bonheur que nous expérimentons, il est sujet au changement.

Le bonheur le plus élevé, bien sûr, c’est Nibbâna [Nibbanam paramam sukham]. Le Vénérable Sariputta, tel que mis par écrit dans le Anguttara Nikaya, dit dans un de ses dialogues: “Ce nibbâna est le bonheur” [sukham idam avuso nibbanam]. Alors, un des moines qui écoutait demanda: “Ami Sariputta, quel est ce bonheur expérimenté quand rien n’est ressenti dans ce [nibbana]?” [kim pan avuso Sariputta sukham, yad natti vedayitam ti? »] Répondant à cette question Sariputta dit: “Cette absence même de sensations c’est le bonheur même.” [etad eva khv avuso sukham, yad ettha natthi vedayitam.]

Le bonheur de Nibbana n’est pas considéré comme étant une sensation [vedana] à expérimenter, car c’est la sensation qui génère le désir. Par exemple, si la sensation  est plaisante, le désir apparaît dans l’esprit aux fins d’obtenir ce qui est ressenti. Tous les bonheurs dérivés de n’importe quelle sensation pourraient se transformer en malheur. Si le bonheur se transforme en malheur, alors ce que nous expérimentons est la souffrance [dukkha]. La vrai bonheur est le bonheur obtenu en éliminant dukkha. La cause de la souffrance devrait être éliminé complètement totalement, pour ne plus jamais revenir, de manière à éliminer la souffrance. Avec l’annihilation totale de la cause de la souffrance, le bonheur permanent est possible.

Le bonheur atteint en éliminant dukkha.