La méditation Vipassanâ dans l’Abhidhamma

La méditation VIPASSANÂ dans L’ABHIDHAMMA

QUI EST BOUDDHA ?

Par le Vén. Balangoda Ananda Maittriya Maha Nayaka Thera

Lorsque nous parlons du Bouddhisme, tout d’abord nous devons parler du fondateur du Bouddhisme : Bouddha. Qu’ est Bouddha ? Et qui était Bouddha ? Il n’était pas un dieu ni une incarnation d’un dieu. Il pas prophétisé au nom d’un dieu et n’a pas été inspiré par quelque dieu que ce soit. Il est né en temps qu’être humain de parents humains. Il a été élevé en tant que garçon qu’il était, a vécu dans un palais, a été marié pendant un certain temps. De toute manière, il était un être humain. Il n’était ni surhumain ni surnaturel. Mais il a observé la souffrance du monde et voulu trouver le moyen de sortir de cette souffrance.

Ce travail de recherche du remède pour supprimer la souffrance ne pouvait pas être accompli au cours d’une vie domestique ordinaire. Au temps de Bouddha, les gens qui étaient las de cette vie de foyer l’abandonnaient un jour pour mener une vie d’ascète. Donc, ce prince a abandonné tous les plaisirs de ce monde et est devenu un ascète. Il est allé de maître en maître pour recevoir des instructions afin de trouver des moyens de se libérer de cette souffrance. Il a suivi leurs enseignements et pratiqué leurs instructions mais n’a pas été satisfait de cela. En effet, après de nombreuses expériences, il a trouvé par lui-même le chemin, a suivi celui-ci et atteint l’éveil qui permet de se libérer de la souffrance. Il a vu comment cette souffrance se produit. Il a vu et trouvé par l’expérience la façon de se libérer de cette souffrance.

Il a découvert le chemin qui mène à la libération de toutes les souffrances. C’est à partir du moment où il a atteint l’éveil complet, la réalisation complète qu’on le connut sous le nom de Bouddha. Bouddha signifie la personne qui a réalisé la vérité (en partant de la souffrance). Après avoir atteint l’éveil, il a voyagé à travers l’Inde pour enseigner la voie découverte. Il a transmis au monde sa propre expérience qu’on appelle le Bouddhisme.

Quant à son enseignement, l’on doit considérer ce qu’il a de particulier. En voici un exemple qui l’illustre : un jour qu’il visitait un certain village, les habitants des alentours vinrent le voir et lui dirent : «Seigneur, de temps en temps, différents maîtres viennent dans notre village et nous donnent divers enseignements. Un jour l’un d’eux nous enseigne quelque chose; le lendemain un autre nous enseigne une autre chose, totalement différente voire même contraire. Ces différents maîtres viennent jour après jour dans notre village, nous enseignent des choses diverses qui sèment en nous doute et confusion. Nous ne pouvons avec tout cela séparer le vrai du faux. Nous sommes ainsi perplexes et nous vous demandons de nous guider vers le droit chemin et de nous écarter du pervers. » Bouddha répondit : «Il est tout naturel que vous ayez des doutes puisque vous avez entendu des enseignements contradictoires ; de telles situations provoquent certes la confusion. Cependant, je vous dit ceci :

–« Ne croyez pas quelque chose parce qu’elle vous a été simplement transmise par une tradition. Ne croyez pas quelque chose simplement parce que vous pouvez la trouver dans des écritures. »
Quelques fois, dans des livres il peut y avoir des choses correctes ou fausses, comment le savoir ? Ne croyez pas aveuglément ce qu’un maître spirituel, votre guru, vous enseigne, parce que lui aussi peut faire des erreurs de temps en temps. Ne croyez pas non plus en ce que vous entendez ici ou là par la rumeur. Et, même ce que j’enseigne, ne le croyez pas. Quoique vous entendiez, testez-le, essayez de l’expérimenter. Lorsque vous le testez, que vous l’expérimentez et que vous vous apercevez que cela est bénéfique, alors vous comprenez que cela est bon pour vous. » Ceci est la manière d’enseigner du Bouddha.

Au cours d’une autre occasion, le Seigneur Bouddha a donné à ses moines et à ses disciples, les conseils suivants : « Agissez comme les joailliers qui examinent de l’or en le martelant, en le coupant, en le vérifiant de différentes façons ; si cet or est vrai ou faux en le chauffant ? Exactement de la même manière, ne croyez pas, n’acceptez pas mon enseignement simplement parce que vous avez du respect et de l’amour envers moi. Ce n’est pas une raison suffisante pour croire en mon enseignement. Il faut que vous le mettiez en pratique et que vous le testiez. Si vous avez le sentiment qu’il est pratique, si vous sentez que cela apporte bonheur et santé dans votre cœur et dans votre esprit, alors vous pourrez à ce moment même l’accepter et le suivre. Et en pratiquant peu à peu vous comprendrez si c’est vraiment bénéfique ou non. Si cela ne vous attire pas, laissez tomber, il n’y a pas d’objection. »

Toutefois, Bouddha ne voulait convertir personne, ne faisait qu’exposer ses expériences, ainsi quiconque voulait suivre son enseignement le faisait librement. De même, il ne cherchait pas à être vénéré par quiconque. Cependant, les gens qui le suivaient l’aimaient et lui manifestaient beaucoup de respect. Ils le vénéraient, c’est cela qu’on appelle le « culte bouddhique ». Mais il ne s’agit pas en fait d’un culte. Nous, en tant que bouddhistes, nous ne faisons que rendre hommage au grand maître « Bouddha ». Autrement dit, nous lui exprimons notre gratitude bien qu’il ne nous le demande pas. Selon lui toute personne est susceptible d’être vénérée. Il disait au gens : « Vous pouvez pratiquer les vertus ; vous pouvez vous construire une vie moralement correcte ; vous pouvez vous édifier de bonnes mœurs ; vous pouvez essayer de purifier votre esprit, votre corps de toutes les passions et de tous les obscurcissements des tentations… Mais, indépendamment essayez de vous examiner vous-même, la nature de votre vie, et d’utiliser votre propre capacité de raisonnement. En faisant cette recherche, développez votre pouvoir de raisonnement, et chercher à comprendre ce que vous êtes réellement. Si vous le faites très soigneusement, au bout d’un certain temps, vous allez réaliser ce que vous êtes vraiment. Tant que vous ne réalisez pas ce que vous êtes vraiment, cette ignorance en ce qui concerne votre propre nature causera beaucoup de troubles dans votre cœur. Et la chose la plus proche à chaque être humain c’est notre vie, notre vie individuelle en tant qu’être humain. De même, la chose la plus importante, c’est ce que nous devons comprendre, ce que c’est réellement notre vie individuelle, notre propre vie.

LA MÉDITATION VIPASSANÂ DANS L’ABHIDHAMMA

Vénérable Balangoda Anandamaitreya Maha Nayaka Thero

A l’instar de tous les grands maîtres, le seigneur Bouddha enseigna de deux manières différentes: l’une conventionnelle et l’autre scientifique.

Pour illustrer cela, donnons l’exemple suivant : un professeur de sciences, enseignant à des élèves d’un niveau élémentaire, parle du lever et du coucher du soleil. A des élèves d’un niveau supérieur, il peut expliquer comment il n’y a pas en réalité ni « lever » ni « coucher » du soleil, mais que c’est le globe terrestre qui tourne autour de lui-même, qui manifeste ce que l’on appelle ainsi. Voilà pourquoi donc deux manières d’enseigner s’avèrent nécessaires.

A des gens simples, Bouddha enseigna de manière simplifiée, mais à d’autres d’un niveau de pensée plus élevé, il donna un enseignement plus ésotérique nommé la méditation vipassanâ.

Considérons une table en bois : ce bois est-il une table en soi ? Ce bois avec les autres éléments qui lui sont joints sont-ils véritablement la table ? Autrement dit, séparés, peut-on les appeler « table » ? Non, car ces mêmes éléments peuvent être joints d’une autre façon pour donner une autre forme : celle d’une caisse ou d’une chaise. Ces noms donc : table, caisse, chaise…ne révèlent que d’une forme quelconque façonnée. Ceci dit, quand ces éléments sont joints dans une forme de table nous pouvons parler de « table » . Un menuisier conçoit une forme précise, celle d’une table par exemple. Il la dessine sur papier, puis fait la « table » suivant le dessin, le plan. En fait, la table est un concept et non une substance ; elle est une apparition, création d’imagination. Ainsi, toutes les choses de ce monde portent des noms différents, mais ceux-ci ne sont que les noms de formes dépourvues de substance, crées par un quelconque assemblage d’éléments matériels. En effet, leur « vérité » est conventionnelle.

Revenons à l’exemple du bois : celui-ci peut être coupé en morceaux ; chacun de ces derniers peut être broyé et rendu en tout petits morceaux ; ceux-ci peuvent être rendus en atomes… En réalité comme tout autre élément, le bois n’est qu’un agrégat d’éléments atomiques. Voilà l’enseignement de l’Abhidhamma. La vérité absolue est immuable, mais la vérité conventionnelle change suivant la forme qu’elle revêt. C’est une nature soumise au changement. Le monde matériel tout entier n’est qu’une masse d’agrégats d’atomes ; mais les formes diverses qui en sont façonnées reçoivent de multiples noms.

Cette définition de l’existence matérielle est une vérité absolue. Bouddha expliqua comment selon le kamma, l’homme prend et reprend naissance. Toutefois, les nominations : homme, chat, chien… relèvent d’une vérité conventionnelle. A titre d’exemple, considérons l’homme, d’après l’Abhidhamma. Disons tout d’abord que Bouddha nous avertit de ne pas admettre une donnée quelconque parce qu’elle est simplement énoncée par un maître, ou figurant dans un écrit, sans en avoir personnellement expérimenté l’authenticité. Seule l’expérience permet de percevoir la réalité. Par l’expérience, et non par ouï-dire, je sais que je possède un corps; vous aussi. Quant à la différence entre un corps vivant et un corps mort, disons : le corps vivant est pourvu des facultés olfactive, gustative, tactile, visuelle et auditive ; il agit par le biais du mental. Le corps mort en est dépourvu.

Bouddha explique la nature du corps, et celle du mental. Nous voyons que notre corps est enveloppé d’une peau ; à l’intérieur, se trouvent chair, veines, artères, sang, os, etc., éléments tous matériels, ainsi que nous le savons bien. Après la mort, ces éléments se transforment en poussières. Nous savons tous que le corps est en réalité composé d’une masse d’éléments divers. A vrai dire, le corps est un agrégat d’éléments atomiques. Chacun de nous était un enfant ; autrement dit, le corps de chacun de nous était petit. Ce corps grandit petit à petit ; sa croissance, vous ne pouvez la constater que par l’expérience. Vous ne l’avez pas « vue » en train de se produire. Il est évident que tous les éléments apparaissent puis s’évanouissent. Ils sont d’ailleurs, inévitablement sujets au changement ; rien n’échappe au changement, ni n’est permanent. Des éléments atomiques se joignent pour former un corps ; celui-ci change suivant le kamma : un corps humain, un corps de chien, de chat… Bouddha dit que tout atome est divisible. Si l’on divise un atome, ce que l’on trouve est vibration, vague, énergie, courant, etc.. Le tout est changement et impermanent. Cela est appelé « rûpa » dans l’Abhidhamma. Chaque « rûpa » (forme) est sujette au changement. Supposons qu’une forme est perçue par notre organe de la vue, la sensation de la vue (appelée « conscience de l’œil » dans l’Abhidhamma), prendra place. Si la forme était imperceptible par l’œil, ou si celui-ci était aveugle, la « conscience de l’œil » ne pourrait avoir lieu. Supposons qu’un son touche l’organe auditif, la sensation auditive se produit, (cela l’Abhidhamma le nomme la « conscience de l’oreille » . Si un objet ayant une odeur a contact avec la faculté olfactive, la sensation d’odorat a lieu ; (cela l’Abhidhamma le nomme la « conscience de l’odorat » ou « du nez »). Si quelque chose ayant un goût, a contact avec l’organe gustatif, la sensation du goût a lieu ; (cela est appelé « la conscience de la langue » ou « du goût », dans l’Abhidhamma). Si une matière dense touche le corps, la sensation tactile se produit ; (cela l’Abhidhamma le nomme la « conscience du toucher »). Si vous réfléchissez à une expérience passée…, vous avez la « conscience du mental » qui se met en action… A chaque instant, nous remarquons que différents types de conscience surgissent.

Par moments, nous avons des sensations de bonheur, mélancoliques ou neutres. Voilà des symptômes de la conscience. Dans toutes ces différentes consciences, il y a des états ; il y a connaissance ou souvenir de choses et d’états mentaux multiples. Il y a tellement d’états qui nous submergent : peur, angoisse, plaisir, amour, compassion, jalousie…Si nous examinons scrupuleusement le mental, nous trouvons que nous sommes sujets à différentes attitudes mentales qui apparaissent et disparaissent. Nous pouvons voire en outre que le mental ou l’esprit n’est pas une chose en soi, mais un flux ou courant d’états de conscience différents. Dans ce flux mental, il y a des états qui surgissent et d’autres qui s’effacent ; mais ils sont tous sujets au changement. Ce que nous appelons esprit ou mental est un courant d’états mentaux subissant l’altération. Ce courant mental, lorsqu’il quitte le corps, passe dans un autre corps qu’il reçoit… ; ce processus se prolonge des millions d’années durant. Chaque pensée composant ce flux mental est munie d’une force vive qui pousse à vouloir vivre et à s’attacher à l’existence. Ainsi, la vie flotte dans ce monde. L’Abhidhamma explique ces vérités. Bouddha dit que ce que l’on appelle « homme » est composé de deux courants, l’un matériel et l’autre immatériel (nâma-rûpa-santati) ou (nâma-rûpa-parampara). Nâma signifie états mentaux; rûpa désigne les états matériels. Bouddha a précisé que l’homme est un agrégat des trois cas suivants : anicca (impermanence), dukkha (souffrance), anatta (sans substance). C’est le côté opposé de cette nature triple qui porte une réalité. Quand on accède à celle-ci, on atteint la parfaite sérénité, voire l’état qui n’est pas sujet au changement ; c’est Nibbâna, le but de notre vie. Tant que nous ne savons pas ce que nous sommes, il y a persistance de l’attachement et entrave à l’état d’immuabilité. L’attachement aux choses est appelé « avidya » (ignorance). Il ne suffit pas de savoir cette vérité pour prétendre avoir éliminé son ignorance, car il ne s’agit jusque-là que d’une connaissance acquise sans être expérimentée. Par votre expérience, vous devez voir grâce à l’œil de l’esprit ce que vous êtes. Voilà une connaissance qui n’est pas empruntée. Car, avec l’œil de l’esprit, vous expérimentez personnellement les choses. C’est par la pratique de la méditation Vipassanâ que l’on peut accéder à ce niveau. C’est cela le but de la méditation Vipassanâ, elle est faîte pour cela.

Supposons que vous vous tenez face à un écran, en train de regarder un film de cinéma. La réflexion du film tombe sur l’écran ; vous voyez des images : un homme courant ; l’image de cet homme qui court. Evidemment, il ne s’agit pas là d’un véritable homme, mais d’une série d’images de celui-ci qui apparaissent successivement. Vous n’êtes pas capable de repérer les images distinctement à cause de la rapidité de leurs apparitions et disparitions. Ainsi est le flux de pensées ; en une seconde, il se peut qu’une centaine apparaissent et disparaissent. Nous ne pouvons pas discriminer toutes les pensées apparaissant et disparaissant. Car c’est avec une extrême vitesse que la pensée ainsi que l’état de conscience surgissent et s’évanouissent. Quant aux éléments matériels, c’est le même cas parce que nous ne pouvons pas discriminer les états, les délimiter, nous croyons qu’il s’agit d’une image en soi, plénière et substantielle. Ainsi, quand nous voyons l’homme du cinéma suscité, nous dirons : voici un homme, en attribuant à tort une substantialité à l’image en question. Si nous examinons scrupuleusement les phénomènes, nous constatons qu’en fonction d’un autre objet, un autre type de pensées se produit. Si nous pratiquons la méditation Vipassanâ, notre esprit devient très sensible. Plus nous la pratiquons, plus notre pouvoir de perception s’accroît et plus nous serons en mesure de capter et discriminer les différents états mentaux en nous.

Je vous ai expliqué très brièvement la nature du mental et celle du corps. Je reviens au mental et en particulier, à ce que l’on appelle états mentaux. Ceux-ci on peut les discerner en les classant en quatre niveaux. Le premier est celui des pensées qui surgissent lorsqu’on voit, qu’on touche, qu’on entend et lorsqu’on se souvient de quelque chose… ; c’est le niveau le plus bas. Dans la vie ordinaire, ces états apparaissent et disparaissent à tout moment. Nous considérons ces pensées comme étant liées au plan des sens. Habitués à réfléchir profondément, certains trouvent que de l’attachement à quelque chose découle un certain plaisir. A partir de là, on se sent heureux. Lorsque l’on écoute un beau chant, on s’y attache; en désirant écouter, on s’attache au plaisir qui s’ensuit ; ce plaisir à son tour, accroît l’attachement. Ainsi en est-on des pensées plaisantes. Lorsque l’on goûte un met savoureux, on en éprouve un plaisir entraînant un attachement. C’est de ce même plan, d’ailleurs, que relève la colère. De même, à ce niveau, il y a un déferlement de diverses sortes de pensées. Ce niveau est appelé le niveau sensuel. Certaines personnes l’ont discerné en tentant d’analyser le plaisir qu’il procure.

Autrement dit, quand un homme voit une belle femme, ou une femme un bel homme, une attraction et un attachement se produisent et ils prennent plaisir à être ensemble. Qu’est-ce cela ? Le corps, beau ou non, est enveloppé d’une peau. C’est la forme ainsi que la couleur de la peau qui crée l’attachement. Ce sont cette couleur et cette forme (ou traits) que l’on appelle choses belles. Car si la peau est dégagée du corps, la personne attachée à celui-ci le restera-t-elle ? Elle n’aura même plus envie de le toucher, la chair et le sang étant repoussants. Ce squelette est couvert de chair et de sang…, et ces derniers sont couverts de la peau. Celle-ci en fait provoque l’attachement ; c’est un agrégat d’impuretés. Comment peut-on aimer cela, si ce n’est sous l’effet de l’illusion qui nous dissimule la réalité ? Ce sont les traits extérieurs ou la forme qui illusionnent : cela est un rêve ! Quiconque est véritablement voyant et capable d’analyser, constate que tous les plaisirs sensoriels sont illusion ; ce fait le rend las, il aspire à une joie plus réelle. En effet, il renonce aux plaisirs des sens et s’adonne à la méditation afin de s’en libérer. Il se livre à la pratique d’une concentration susceptible de le conduire à la transcendance de ces plaisirs et l’établir dans ce qui est sublime telle que la compassion de Bouddha par exemple.

Il existe quarante méthodes pour la pratique de cette méditation. L’un consiste à fixer le mental et les yeux sur un point précis, une tasse d’eau par exemple. On ferme les yeux, puis on en fait une représentation dans le mental. Lorsque l’on ferme les yeux, il faut essayer de se souvenir de la forme de la tasse. Au départ, bien sûr, on ne parvient pas à l’accomplir. C’est pourquoi il convient de regarder longuement la tasse avant d’en faire l’image dans le mental. Après avoir fermé les yeux, il faut essayer de se souvenir de la forme. Dans les premières tentatives, cela paraît impossible. Il faut persister à regarder l’objet, puis fermer les yeux ; ne pas forcer le regard ; regarder simplement, fermer les yeux puis s’en souvenir. Après une pratique assidue, on parvient à s’en souvenir sans difficulté et de plus en plus nettement. On n’aura plus besoin de la tasse et on l’écarte. Ensuite, il faut essayer de voir mentalement la tasse en fixant le mental dessus. Ainsi peut-on développer la faculté de se concentrer avec de moins en moins de risque de distraction.

Lorsqu’on pratique la méditation, il se peut que le mental erre ici et là. Il faut être très vigilant de le ramener à son point de concentration. Ainsi peut-on devenir capable de se concentrer de mieux en mieux. Si l’on pratique assidûment cette technique pendant quelques mois, plus rien ne pourra troubler le mental lors de la méditation. La concupiscence, l’avidité et la colère n’auront plus accès au méditant; celui-ci sera libéré et son mental deviendra en mesure de se fixer sans problème, sur un point précis. Après un mois de pratique continue ou plus, ces choses deviendront de plus en plus étrangères au mental : plus de colère, de concupiscence, de jalousie…

Dans sa limpidité, son mental fait voir au méditant une lumière. Celle-ci n’est que le reflet de la pureté du mental ; elle apparaît à des moments intermittents. Lorsqu’elle est perçue, il convient d’y fixer le mental ; ainsi, elle apparaît de plus en plus luisante. A ce niveau se développe le pouvoir créatif de l’esprit. Mentalement, on doit voire s’élargir la lumière sans cesse. Et, par conséquent on devient capable de l’envoyer dans l’espace vers le monde entier. Lorsque le mental se concentre sur cette lumière infinie, on acquiert la possibilité de rendre puissante la concentration, outre la sérénité et la joie véritables. En effet, on se sent être dans une sphère supérieure.

Arrivé à ce niveau élevé de concentration, le mental ne sera plus souillé par les émotions et la sensualité. Cela est le second niveau de l’esprit. Ceux qui atteignent ce niveau se posent des questions sur leur corps, et se disent que celui-ci est source de tracas pour être maintenu. Ils décident de finir avec tous les problèmes crées par ce corps matériel, et cherchent à vivre uniquement sur un plan mental, décidant de se libérer au niveau mental par le biais de leur technique de méditation. Cela est un haut développement du mental.

Lorsque l’on accède à cet état, on devient très éloigné des affaires de ce monde. Ce niveau s’appelle « arûpa ». Mais cela n’est pas la fin, car après un certain temps, quand le flux de la concentration sera épuisé, on retombe dans cette nature humaine. En d’autres termes, après la mort, on prend naissance dans une sphère mentale où l’on vivrait des millions d’années dans cet état. Mais un jour, on sera obligé de retomber ici-bas, de renaître comme un être ordinaire et ce, longtemps durant… Ainsi reste-t-on à l’intérieur de ce monde, dans le flot des souffrances. Dans le monde de l’esprit ou du mental, il y a trois niveaux : la sensualité (Kâmavacara), la forme raffinée (Rûpavacara), l’esprit immatériel (Arûpavacara). Mais dans tous ces niveaux résident l’ignorance et l’agitation, car ce n’est pas encore le plan immuable (Atta). En effet, ceux qui atteignent le degré le plus élevé de ces niveaux, sont toujours obligés de retourner en arrière pour renaître ici-bas. Voilà ce que l’on appelle « Samsâra » ou « roue » (de la vie).

Toutefois, ceux qui accèdent à cet état, recherchent un moyen de gagner la félicité éternelle. Ils s’adonnent à la pratique de la méditation Vipassanâ. Ceux qui la pratiquent, en outre analysent leur corps ainsi que leur mental, comme nous l’avons dit.

En poursuivant la pratique de la méditation Vipassanâ, on perçoit la nature réelle de l’esprit et du corps. Quand on sera capable de voir sans cesse la nature impermanente du corps et de l’esprit (ou du mental), on deviendra lassé, éprouvera la nécessité de mettre terme à ce phénomène. Peu à peu, l’attachement à l’existence se réduit. Car l’œil du mental est en développement. De même, plus on peut voir les choses en leur propre perspective, moins on s’y attache, se libérant des désirs du corps et du mental. Au terme de sa pratique de la méditation Vipassanâ, son œil intérieur s’ouvre un certain moment. Par conséquent, on s’aperçoit que la nature du monde est agitation, impermanence et non-substance. Par la suite, l’image de Nibbâna apparaîtra à l’esprit ; on expérimentera pour la première fois la félicité. Cette étape préliminaire de l’expérience s’appelle « Sotapatti » (entrée dans le courant).

Quiconque expérimente cette félicité devient attiré par Nibbâna. S’il poursuit sa pratique, son attachement se réduit graduellement, jusqu’à ce qu’il parvienne à voir Nibbâna. Ainsi donc le désir du monde devient si amenuisé au point que le sujet ne prend naissance ici-bas, qu’une dernière fois peut-être. Cet état s’appelle « Sakadagami » . Il convient tout de même d’être sûr d’avoir été purifié de tout attachement au monde.

Le sujet continue son examen par une pratique assidue de la méditation Vipassanâ. A la fin, il sera apte à déraciner de lui tout attachement, pour enfin se libérer totalement. Lorsqu’il sera affermi dans ce troisième niveau, il réalise Nibbâna ; il est appelé « Anagami » (celui qui ne retourne pas). Il ne retournera plus dans ce monde, ayant atteint une sphère infiniment supérieure qu’il ne tiendra jamais à abandonner. Il constate la faiblesse de son esprit, et éprouve la nécessité de continuer sa pratique de la méditation Vipassanâ. Il découvre la véritable nature du monde, et celle de son propre état intérieur. Il ne subit plus aucun attachement au monde, car la parfaite sagesse est éveillée en lui. Dans Nibbâna, il est illuminé, resplendissant comme un soleil. C’est cela le but de notre vie, et c’est la perfection. Celui qui atteint ce stade est nommé « Arhat », c’est à dire parfaitement saint.

Voilà la libération de la vie, de la renaissance, de la mort et de tous les troubles qui les accompagnent. Voilà pourquoi on doit pratiquer la méditation Vipassanâ.

NAMO TASSA BHAGAVATO ARAHATO SAMMA SAMBUDDHASSA

Conférence du Vénérable

ANANDA MAITRIYA Maha Nayaka Thera

26/12/1982

Mes chers frères et sœurs,

Aujourd’hui je vais vous parler de choses très simples mais très utiles. Un jour, une certaine personne est venue voir le Bouddha pour lui poser la question suivante :

« Qu’est-ce qui fait qu’une personne suive le Bouddha ? » et « Quelles sont les qualités d’une personne qui suit le Bouddha ? »

Le Bouddha répondit : «Si quelqu’un prend refuge dans le Bouddha, le Dhamma et le Sangha, il suit le Bouddha. »

La deuxième question était : « Quels sont les devoirs d’une personne qui suit le Bouddha ? »

Le Bouddha répondit : «Celui qui suit le Bouddha doit observer les cinq préceptes. » (Cette réponse se réfère aux laïcs.)

Voici l’explication : Comment prend on refuge et comment accepte-t-on le Bouddha comme notre bienfaiteur ? Comment peut-on prendre refuge en lui si on ne l’a jamais vu ni rencontré ?

D’après les écritures, le Bouddha avait des qualités infiniment étendues. Il était d’une compassion et d’une sagesse infinie et il avait une pureté de cœur infinie. Ainsi, nous ne pouvons pas comprendre toutes ses qualités, car nous sommes des êtres humains au potentiel limité. Mais nous pouvons contempler une des vertus du Bouddha.

Prenons le cas de la compassion : le Bouddha est toute compassion ; il en était imbibé et elle rayonnait de façon égale sur tous les êtres vivants. C’est cette compassion infinie que nous devons contempler. Supposons que l’on voie quelqu’un souffrir d’une maladie grave et qu’il soit mourant. De voir cette personne dans cet état, vous ressentez immédiatement de la pitié ou de la compassion. Vous comprenez alors la qualité de la compassion et vous pouvez aussi en générer lorsque vous voyez quelqu’un souffrir. Vous pouvez contempler la nature de la compassion. Maintenant imaginez qu’elle s’étend et se répand sur tous les êtres de manière égale. Pouvez-vous imaginer cela ?

Puisque vous pouvez ressentir de la compassion lorsque vous voyez quelqu’un de malade ou de malheureux, vous étendez cette compassion à tous les êtres ; à ce moment-là vous réalisez la compassion illimitée. Maintenant vous arrivez à comprendre la nature de la compassion infinie ; vous pouvez l’imaginer et bien que vous ne puissiez pas encore la générer parfaitement dans votre cœur, vous pouvez comprendre sa nature. C’est elle qui est la nature du Bouddha.

Nous devons contempler cette compassion infinie, cette nature de Bouddha. Nous devons en faire notre but, de façon à ce que nous puissions y prendre refuge. En y prenant refuge nous devons nous approcher de plus en plus de cet état de compassion infinie. Et bien que nous ayons souvent de la compassion en notre cœur, elle est limitée, car quelque fois nous la ressentons lorsque nous voyons quelqu’un souffrir et d’autre fois nous ne la ressentons pas du tout. C’est à cela que nous reconnaissons que notre compassion, notre amour, notre tendresse sont limités. Nous devons développer la compassion, la bienveillance, l’amour tendresse infinis jusqu’à ce que nous atteignions la compassion illimitée. Et lorsque nous ressentons que nous l’avons développée, nous ressemblons à la nature du Bouddha. Nous devons développer cette compassion et pour cela il faut penser, parler et agir avec compassion tous les jours, de façon à pouvoir réaliser cette nature qui est en nous.

Il faut faire très attention à ne pas se mettre en colère, à ne pas être jaloux et à ne pas avoir d’actes égoïstes. Lorsque nous appliquons cette méthode et que nous développons ces bonnes qualités, nous en rassemblons dans notre cœur et petit à petit nous devenons identiques avec une de ces vertus. Finalement, un jour, dans cette vie ou une vie ultérieure, lorsque nous aurons atteint l’état de compassion infinie, toutes les vertus seront générées en nous. Quand nous aurons réalisé cet état, nous serons devenus infinis et nous aurons atteint la nature du Bouddha.

Donc, en ayant pour objectif la réalisation de cette nature, nous devons nous entraîner petit à petit jusqu’à ce que nous la réalisions. C’est cette pratique qui s’appelle «prendre refuge dans le Bouddha ».

On arrive maintenant au point suivant, c’est-à-dire le refuge dans le Dhamma.

Que signifie le mot Dhamma ? En fait, le Bouddha est la personnification du Dhamma. Toutes les nobles vertus comme la compassion sont en fait le corps du Bouddha et celui-ci s’appelle Dhamma kâya. Dhamma kâya est le Bouddha. Il y a un verbe en Pâli qui dit que le corps du Bouddha est identique au Dhamma. En nous développant chaque jour, petit à petit nous atteindrons ce corps de Dhamma. On parle du Dhamma par convention mais en réalité ce terme est identique avec la nature du Bouddha.

Nous abordons maintenant le point suivant : prendre refuge dans le Sangha.

Ici le mot Sangha se réfère aux disciples du Bouddha : Sariputta, Moggallana, Kassapa, Anuruddha et tous les autres. Ces Arhats sont d’une pureté absolue et ils possèdent toutes les vertus parfaites. Ils possèdent donc également ce corps de Dhamma. Prendre refuge dans le Sangha signifie de prendre le chemin grâce auquel on développera soi-même ces vertus.

En fait, lorsqu’on dit : «je prends refuge dans le Bouddha, le Dhamma ou le Sangha », on dit la même chose de trois manières différentes. En fait cela signifie que nous nous rapprochons de la réalisation de cette nature de Bouddha par nos actions, nos paroles et nos pensées un instant après l’autre.

Maintenant je pense que le sens du refuge dans le Bouddha, le Dhamma et le Sangha est clair.

Quels sont donc les devoirs de ceux qui suivent le Bouddha ?

La réponse à cette question est :

S’abstenir de tuer,

de voler,

d’avoir une mauvaise conduite en ce qui concerne les désirs sensuels,

s’abstenir de mauvaises paroles ou de mensonges,

s’abstenir de prendre de la drogue ou de boire de l’alcool.

Au sujet du premier point : un Bouddhiste devrait s’abstenir de faire du mal, de nuire consciemment aux êtres. Pourquoi faut-il s’abstenir de tuer et de nuire aux d’autres ? Le Bouddha en a donné une bonne explication à une certaine occasion lorsqu’il visitait un village. Les villageois s’étaient rassemblés autour de lui et lui posaient des questions :

« Seigneur Bouddha, nous sommes des fermiers et nous avons des familles ; étant fermiers, nous devons planter et semer. Nous avons notre travail à faire et également nos enfants, nos parents et notre famille à charge. Il nous faut être bienveillant envers nos amis et lorsque de pauvres gens viennent vers nous en nous demandant de l’aide, nous devons être capables de les soutenir. Il y a tellement de responsabilités et tellement de choses à faire que nous n’avons pas le temps de nous consacrer à des pratiques spirituelles. Nous n’espérons pas pouvoir atteindre l’état d’Arhat dans cette vie et nous ne pensons pas pouvoir pratiquer la concentration à un haut niveau, car nous avons tellement d’autres choses à faire. Vénérable Maître, ce que nous attendons de vous, ce sont des instructions différentes. Nous voudrions vivre une vie paisible et heureuse ici et renaître heureux après notre mort. C’est tout ce que nous demandons. Alors, s’il vous plaît, donnez-nous les instructions qui nous permettront de vivre une vie paisible et heureuse ici et de renaître dans un lieu heureux après notre mort. »

Le Bouddha donne des enseignements en fonction de la capacité et de l’état d’esprit de ceux qui l’écoutent. Car de la même façon qu’un médecin ne peut pas donner les mêmes traitements à tous les patients mais qu’il doit les varier en fonction de la maladie, le Bouddha enseigne suivant le degré de compréhension des gens.

Il y avait des gens qui avaient de grandes capacités et qui étaient dotées d’un esprit philosophique, pouvant très bien comprendre les enseignements supérieurs. A eux le Bouddha a enseigné des méthodes permettant d’atteindre l’état d’Arhat en une seule vie. Il y avait des gens qui ne pouvaient atteindre que les absorptions leur permettant de renaître en un lieu qui correspond à leur degré de Jhâna. A ceux-là, le Bouddha donnait un certain exercice de concentration. Puis il y en avait d’autres qui n’avaient pas de capacités pour se développer en une seule vie et qui n’étaient capables de suivre que quelques préceptes afin de renaître dans un lieu agréable.

Le Bouddha a vu le monde comme un ensemble de gens de caractère et de capacités différentes. Si on donne une image, on ne peut donner les instructions qu’on donnerait à des enfants d’une crèche ou d’un jardin d’enfant à des gens intelligents et à l’inverse, on ne peut donner des instructions destinées à des gens à intelligents à des enfants de maternelle. Le Bouddha donnait des instructions différentes en fonction des différents états que chacun avait la capacité de développer. Il voyait que ces villageois n’avaient pas la capacité d’atteindre l’état d’Arhat en une seule vie et donna alors des instructions qui permettent de passer une vie heureuse et honnête afin de pouvoir renaître dans un lieu agréable après la mort.

Il leur dit : « Vous voulez savoir comment vivre heureux et renaître dans un lieu agréable après votre mort ? Si c’est ce que vous voulez, je vais vous l’enseigner. Puis-je vous poser une question ? Supposez que quelqu’un venait et qu’il soit sur le point de vous frapper ou de vous tuer, aimeriez-vous cela ? »

Ils répondirent : « Oh ! Non, Vénérable. Nous n’aimerions pas cela du tout.»

« Pourquoi ? » demanda le Bouddha

« Parce que nous ne supportons pas la souffrance, nous en avons peur. Nous voudrions vivre aussi longtemps que possible et nous ne désirons pas être tués par qui que ce soit. Nous sommes attachés à notre vie et donc nous n’aimerions pas cela. »

Le Bouddha répondit : « Pas seulement vous mais toutes autres personnes ressentent la même chose. Les autres non plus, n’aiment pas être tués ou battus, ils craignent aussi l’angoisse et d’autres problèmes, ils ont peur de la mort, ils sont tous comme vous. C’est facile à comprendre : vous n’aimez pas qu’on vous tue ou qu’on vous fasse du mal et il en est ainsi pour tous les autres. Vous comprenez bien que de la même façon que vous êtes attachés à votre vie, tous les autres y sont également attachés. Vous n’aimez pas être tué ni blessé et les autres n’aiment pas cela non plus.

Puis il leur demanda : «Trouvez-vous cela correct de faire à d’autres ce que vous n’aimez pas que l’on vous fasse ? »

Ils répondirent : « Non, Seigneur, ce n’est pas juste. »

« Alors comprenez, réfléchissez et prenez la ferme décision de ne pas tuer ni de faire du mal à qui que ce soit. »

(C’est le premier précepte : s’abstenir de tuer, de faire de mal à qui que ce soit. Ceci est le premier devoir.)

Puis le Bouddha demanda : « Supposez que quelqu’un vienne et vole vos biens. Aimeriez-vous cela ? Est-ce que vous aimeriez souffrir de ce vol, de cette perte ? »

« Oh non, Seigneur, nous n’aimerions pas cela. »

« Les autres non plus n’ont aucune envie de perdre quelque chose. Vous voulez conserver les propriétés qui vous appartiennent et il en est de même pour les autres. Si vous n’aimez pas être dépossédé de vos biens, trouvez-vous correct d’en déposséder les autres ? »

Ils répondirent : « Non, Seigneur, ce n’est pas correct. »

«Comprenez ce fait : vous n’aimez pas faire à autrui ce que vous n’aimeriez pas que l’on vous fasse. En ce qui concerne l’adultère aussi, vous devriez suivre la même loi. »

Pour ce qui est des mensonges, le Bouddha leur demanda : « Supposez que quelqu’un vienne, qu’il vous trompe en vous racontant des mensonges. Aimeriez-vous qu’on vous fasse prendre ces histoires pour la vérité ? »

« Non, nous n’aimons pas qu’on nous raconte des mensonges et nous n’aimons pas être trompés par les autres »

« Tous les autres, tous les individus ressentent de cette même façon. Personne n’aime être trompé. Par conséquent, ne dites pas de mensonges, ne trompez pas car vous n’aimeriez pas qu’on vous le fasse. »

Puis le Bouddha passa au point suivant : l’amitié à l’intérieur de notre famille et parmi nos amis.

« Supposez qu’une personne commence à médire derrière votre dos en essayant de vous séparer de votre famille. Aimeriez-vous cela ? »

Ils répondirent : « Non, nous n’aimerions pas du tout cela. Nous voulons conserver notre amitié et de bonnes relations avec notre famille et nos amis. »

Le Bouddha répondit : «Non seulement vous mais tous les autres n’aiment pas être séparés de ceux qui leurs sont chers. En conséquence, ne faites pas à d’autres ce que vous n’aimeriez pas que l’on vous fasse. Essayez donc de vous abstenir de dire des paroles qui peuvent séparer ou couper une relation amicale. »

Le Bouddha demanda : « Imaginez que quelqu’un s’adresse à vous en vous injuriant, en vous disant des mots grossiers. Est-ce que vous aimeriez cela ? Est-ce que vous aimez qu’on vous brutalise de cette manière ? »

« Non, Seigneur. »

« Pas seulement vous mais tous les autres non plus n’aiment pas qu’on s’adresse à eux de façon cruelle, avec des mots grossiers ou des injures. Comprenez cette vérité : si vous ne voulez pas qu’on s’adresse à vous de cette manière vous ne devez pas le faire envers les autres. En comprenant cette vérité, abstenez-vous de vous adresser aux autres en employant des paroles dures. »

Puis le Bouddha parla du point suivant : les bavardages.

« Notre temps est très précieux et la durée d’une vie est très courte. Nous n’arrivons même pas à dépasser les 120 ans ; au contraire, chaque jour, à chaque instant nous rapprochons de la mort et notre vie est raccourcie. En fait, notre temps est plus précieux que de l’or. Ainsi, quand nous utilisons notre temps, nous devons en faire bon emploi. Lorsque nous prononçons le son d’un seul mot nous utilisons quelques particules de notre corps ; si nous prenons ce temps et cette énergie précieuse pour proférer des paroles oiseuses et inutiles, nous nous faisons tort à nous-mêmes. Ainsi, si nous devons utiliser la parole, si nous devons parler, utilisons des paroles utiles pour nous-mêmes et pour les autres qui nous serviront à progresser dans cette vie ou dans les vies futures. » Ici le Bouddha conseille de ne pas passer le temps en bavardage oisif.

Puis il parla du point suivant : «Supposez que quelqu’un convoite vos biens. Aimeriez-vous cela ? »

« Non, Seigneur, si nous ressentons qu’une personne a ce genre de désirs, nous nous sentons mal ou blessés. »

« Mais tous les autres sont comme vous, sur ce plan-ci aussi. Alors prenez soin de ne pas convoiter les biens des autres. »

Le point suivant est : la mauvaise volonté ou la mauvaise intention.

« Supposez que quelqu’un soit jaloux de vous ou mal intentionné à votre égard. Est-ce que vous vous sentiriez heureux ? »

« Non, Seigneur. »

« Sur ce plan-ci aussi, tous les autres sont comme vous. Alors, essayez d’être bienveillant envers les autres, de ne pas avoir mauvaises pensées à l’égard des autres quand vous êtes en colère et de supporter tous les problèmes. Pour cela, vous devez développer l’amour bienveillant. Quand vous voulez le pratiquer en tant que laïcs, il y a tellement de passion à ce moment-là, que vous n’y arrivez peut-être pas. Quelque fois vous arriverez très bien à le pratiquer pour votre famille, vos amis ou vos enfants. Mais soudain vous vous souvenez de quelqu’un qui vous a fait du mal. Si vous essayez de pratiquer l’amour bienveillant à ce moment-là, vous ne pouvez pas surmonter votre rancune. Mais il faut arriver à aller au-delà, il faut que vous arriviez à étendre cet amour bienveillant envers cette personne. Comment peut-on y arriver quand il s’agit d’un ennemi ?

Supposez qu’un jour quelqu’un vous ait battu de ses mains. Maintenant vous le rencontrez à nouveau et vous vous demandez qui est le coupable ? Il vous a battu avec sa main – allez-vous punir sa main ? Etes-vous en colère avec sa main ? Ou êtes-vous en colère avec son corps ? Il s’agit d’identifier votre véritable ennemi. Si la pensée ne lui était pas venue de vous battre, son corps n’aurait pas réagi comme cela. Pour faire quelque chose il faut d’abord y penser et c’est sa pensée qui a fait que son corps et surtout sa main vous ont battus.

Le corps est comme une voiture et l’esprit est comme le conducteur. Si la voiture écrase quelqu’un punissez-vous la voiture ou le conducteur ? C’est son esprit, sa pensée qui vous a battu, cette cruauté est l’évidence de son esprit. Il avait cet esprit cruel et erroné, il a utilisé sa main et s’il n’avait pas pensé de cette manière, sa main ne serait pas élevée contre vous. En fait, sa main et son corps sont innocents. Il ne faut pas punir le corps, mais celui qui utilise ce corps et cette main.

C’est son esprit qui avait fait cette chose, mais celui-ci n’est pas en colère tout le temps. Quelque fois il est plein de bonté et des vertus s’y manifestent. La bonté se manifeste dans votre esprit de la même manière que dans son esprit à lui. Comment peut-on alors considérer que c’est vraiment son esprit qui a commis cet acte? Il y avait seulement un moment où la colère s’est élevée en lui et que le corps a réagi de cette manière en vous faisant mal. Mais en fait, ce corps et cet esprit sont devenus fous sous l’influence de la colère. Car d’autres fois son esprit n’était pas si hostile envers vous. La colère est la même, qu’elle se manifeste dans son esprit, dans le vôtre ou dans celui de n’importe qui d’autre. Ce n’est pas son esprit qui doit être puni mais la colère qui l’a envahi.

Mais comment punir la colère ? Il faut tuer la colère qui est l’ennemi. Comment pouvez-vous éliminer la colère de votre cœur ou de son esprit ? Supposez que vous alliez vous venger. Sa colère va devenir de plus en plus forte vis-à-vis de vous et au lieu d’être éliminée, elle va croître. Comment alors la déraciner de son cœur ? Eh bien même s’il vous a battu, quand vous le rencontrez, vous devez être bienveillant à son égard, plein de bonté. Essayez cela une fois, deux fois, plusieurs fois même si sa colère continue à se manifester et à la fin, elle finira par s’estomper si vous continuez patiemment à lui montrer de la compassion et de la bienveillance. Et donc maintenant vous êtes vengé de cet ennemi qu’est la colère dans son cœur. Le Bouddha a répondu à ce dilemme par ces vers :

« La colère ne peut pas être arrêtée par la colère ;

seule la bienveillance en viendra à bout.

Ceci est une vérité éternelle. »

Il faut comprendre cette tendance, comprendre la faiblesse de notre esprit et comprendre, que aussi dans celui de tout le monde et pas seulement le nôtre ces faiblesses se manifesteront tant que nous n’aurons pas atteint l’état d’Arhat et que c’est à cause de cela les gens perpétuent des crimes. Nous aussi nous en commettons à cause de cette faiblesse. Il faut comprendre que c’est le penchant naturel des gens de ce monde.

Si quelqu’un dit que la colère se manifeste dans son cœur, à ce moment-là son corps et son esprit sont tous les deux souillés. Il s’est fait un obstacle, un empêchement à son développement et en fait, il a nui à son progrès mental ou spirituel. En fait nous devrions avoir pitié d’une telle personne parce que ses colères l’ont d’abord souillé lui-même. Il est tombé dans une mauvaise voie et le destin de celui qui suit la mauvaise voie est la souffrance.

Au lieu de se mettre en colère vis-à-vis d’une telle personne, on doit, au contraire, en avoir pitié. Pourquoi devriez-vous vous souiller en vous mettant en colère contre cette personne qui se souille elle-même et gâche ses qualités en se mettant en colère ? Pourquoi devriez-vous attraper la même maladie qu’une personne malade? Cette colère est une folie et si une personne devient folle et commet des actes fous, vous ne devez pas, vous aussi le devenir et vous comporter comme elle. Il faut donc être attentif avant de faire quoi que ce soit. Il faut réfléchir et ne pas prendre exemple sur des gens cruels, mais plutôt sur quelqu’un comme le Bouddha. Il faut se dire : « Il avait de la compassion, même vis-à-vis de ses ennemis et je vais suivre cette voie jusqu’à ce que j’atteigne la nature de Bouddha. En tant que ses disciples, nous ne me mettrons pas en colère, même si les gens nous tuent ; nous ne devons pas polluer ou souiller notre esprit même si nous sommes dans une situation extrême. Nous devons le garder plein de compassion et de pureté. Même si nous sommes d’une nature héroïque, nous devons supporter avec patience tous ces problèmes, toutes ces souffrances en cultivant la bienveillance. Protégez votre esprit de toutes mauvaises intentions et de toutes colères de cette manière.

Voici les conseils que le Bouddha a donnés à ces villageois :

« S’abstenir de tuer, de voler et de commettre tout acte ou pensée mauvais. Si vous suiviez ces instructions, vous pourrez avoir une vie heureuse et paisible et renaître dans un lieu heureux après la mort. » Observer les cinq préceptes est le devoir de tout Bouddhiste.

En résumé je vous dirais que vous devez faire des actes qui soient bons, dire des paroles justes et avoir des pensées bienveillantes ; vous devez vous abstenir autant que vous le pouvez de mauvaises pensées et de mauvais actes ou paroles. Ceci est le sentier qu’un véritable disciple du Bouddha doit suivre et qui lui permettra de trouver la paix et le bonheur dans cette vie même et de renaître dans un monde heureux. Grâce à ces instructions du Bouddha, nous comprenons ce doit être la pratique d’un Bouddhiste.

A la suite de la première question, la personne citée plus haut en posa une deuxième au Bouddha : « Quelle est la juste façon de gagner sa vie lorsqu’on suit le Bouddha ? »

« D’abord c’est un devoir pour un homme de gagner sa vie. Il doit avoir des biens et les obtenir de manière correcte. Il y a tellement de façons erronées de gagner sa vie. Il y a des personnes qui font du mauvais commerce, comme par exemple du commerce d’esclaves. Le Bouddha a dit que ses disciples devaient absolument s’abstenir de ce genre d’affaires. De même ils devraient s’abstenir d’élever des animaux pour les vendre ou de gagner leur vie en vendant des drogues qui intoxiquent les animaux et les gens.

Il y a des gens tout à fait malhonnêtes qui arrivent à gagner de l’argent de la façon suivante : supposez que vous avez un serviteur à la maison qui travaille cinq heures par jour pendant les jours de la semaine. A la fin du mois, il touche une certaine somme. Supposez qu’au lieu de travailler les cinq heures prévues, il ne travaille que deux ou trois heures par jour et que le reste du temps, il parle ou passe son temps à faire autre chose pour finalement toucher son salaire de cinq heures. Cela est malhonnête. Il y a tellement de mauvaises façons de gagner sa vie en tuant des animaux ou en trompant les gens. Cela est vraiment malhonnête.

Le Bouddha nous conseille de pratiquer au moins l’amour bienveillant si nous ne sommes pas capables de pratiquer la méditation. A son époque, les laïcs qui le suivaient, observaient les cinq préceptes tous les jours. Selon le calendrier indien, il y a quatre jours fériés Bouddhiques : la pleine lune, la nouvelle lune, le septième jour qui suit la pleine lune et le septième jour qui suit la nouvelle lune. Pendant ces quatre jours les laïcs qui suivaient le Bouddha observaient les huit préceptes. Les huit préceptes se composent des cinq préceptes et de trois préceptes supplémentaires. En temps ordinaires ils ne suivaient que les cinq préceptes, mais durant ces quatre fériés ils observaient les huit préceptes. En observant les cinq préceptes tous les jours, ils devenaient des gens droits. Ils observaient les huit préceptes une fois par semaine et se rapprochaient de plus en plus du chemin suivi par les disciples les plus proches du Bouddha.

Pour suivre les huit préceptes ils doivent s’abstenir de tuer, de voler, d’avoir des activités sexuelles, de prononcer de mauvaises paroles, de prendre des drogues ou des boissons intoxicantes, de manger aux heures non convenables (après-midi), d’assister à des danses, des chants et des spectacles mondains, s’abstenir de l’usage de parfums, d’onguents et de tout ce qui orne et embellit le corps et enfin d’utiliser des sièges hauts et confortables. Ces jours-là ils doivent s’abstenir des mauvaises paroles ou de boire de l’alcool. Ils ne doivent pas consommer trop de nourriture, c’est à dire qu’après le repas de midi, ils ne mangeront plus rien. Ils essayent de vivre une vie d’une façon aussi simple que possible. Durant ces jours fériés, ils évitent de porter des parures ou des bijoux et ils portent des vêtements dépouillés. Ils s’abstiennent de chanter, de danser et de rechercher toutes sortes de plaisirs. Voilà ce que sont les huit préceptes qu’observaient les disciples laïques du Bouddha.

Celui-ci leur avait dit : « Si vous observez ces huit préceptes, vous vous rapprochez de plus en plus de la vie d’un moine, mais il faut absolument pratiquer sans relâche l’amour bienveillant et le faire rayonner dans tout l’univers. » Alors ces laïcs, passaient les jours fériés en pratiquaient les huit préceptes du matin jusqu’au soir et surtout ils généraient l’amour bienveillant vis-à-vis de tous les êtres.

Admettons que quelqu’un pratique ces huit préceptes aujourd’hui. Le lendemain matin il va se réveiller et continuer avec les cinq préceptes habituels, mais la pratique qu’il a faite aujourd’hui, va influencer les jours qui vont suivre. Les jours suivants il va garder les cinq  préceptes et le septième jour les huit préceptes comme auparavant. Mais la deuxième semaine, il améliorera l’observance de ces huit préceptes, parce qu’il a déjà vécu une journée sainte, loin des plaisirs sensuels et que celle-ci va influencer la deuxième.

De cette manière, il va s’améliorer progressivement de semaine en semaine et progresser spirituellement. Si un homme ou une femme suit cette vie religieuse pendant deux ou trois ans, que va-t-il se passer ? Eh bien, il sera capable de vivre une vie sainte comme un moine. Il aura une vie très simple, mais des pensées très nobles ; il sera quelqu’un de bienveillant, une personne au noble cœur et sera un exemple pour tous les autres. Ceci est la voie suivie par les disciples du Bouddha, qui ont pris refuge en lui ainsi que dans le Dhamma et le Sangha et qui suivent les préceptes pleinement et correctement.

Je vous ai donc parlé des choses très simples qui concernent la vie à mener si on suit la voie Bouddhiste. Je crois que vous avez déjà suivi cette voie et que vous êtes devenus des Bouddhistes. Vous vous efforcez de votre mieux et je crois que dans cette vie, si vous continuez comme cela, vous allez devenir des personnes nobles spirituellement. Chaque jour, dans votre pratique, vous pouvez développer cette méditation d’amour bienveillant. Le Bouddha a dit que si en plus d’observer les cinq et les huit préceptes, l’on est capable de pratiquer l’amour bienveillant on en dérive vraiment beaucoup de bénéfices.

Celui qui le pratique a un sommeil profond, ne fait pas de cauchemars et tout le monde se sent attiré par lui ; il attirera même les êtres spirituels et les démons ; au moment de la mort il sera calme, paisible et partira tranquillement pour renaître dans un lieu heureux. Donc la vie d’un non-monastique peut être heureuse et paisible et produire des renaissances heureuses pour conduire progressivement au Nirvana.

Même des laïcs qui sont capables d’observer les préceptes et de faire un peu de méditation arriveront à se développer spirituellement, s’ils peuvent en plus pratiquer l’amour bienveillant.

Aujourd’hui je vous ai parlé de laïcs qui vivent dans le monde et j’espère que les concepts que je vous ai donnés pourront vous être utiles. En les mettant en pratique vous aurez une vie heureuse imbibée de la gloire des Trois Joyaux.

Pour conclure cette soirée, je voudrais vous remercier de m’avoir écouté.

 

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