La méditation

La méditation

Vénérable Parawahera CHANDARATANA

Nous, les êtres humains, nous avons tous un esprit. L’esprit est la chose la plus puissante dans l’homme. Extrêmement complexe et subtil, même la science moderne a été incapable d’en saisir la véritable nature. Le saviez-vous ? Cependant Bouddha parvenait à comprendre la véritable nature de l’esprit en développant son propre esprit.

Le développement du mental conduit à la concentration. Ainsi développé, le mental pourra être aisément orienté vers la connaissance transcendante. Mais un tel état ne saurait être facilement atteint.

D’ordinaire l’esprit ne se repose pas sur un seul objet. Il s’égare ; lorsqu’on essaie de le contrôler, il frétille comme un poisson hors de l’eau. Le contrôle de l’esprit nécessite donc un grand effort. Et l’unique manière de contrôler l’esprit (d’y parvenir), c’est la méditation. Cette possibilité est innée à l’homme. Le mot homme, que signifie-t-il au juste ? Selon un verset Pali (manussa ussanta manussa) ce mot signifie celui qui possède un mental doué de hautes capacités.

L’esprit peut être développé. En le développant il confère à l’homme la concentration.

Selon l’enseignement de Bouddha, l’esprit est difficile à maîtriser et instable. Il court où il veut, il est bon de le dominer. L’esprit dompté assure le bonheur. Errant au loin, solitaire, sans corps et caché très profondément, tel est l’esprit. Ceux qui parviennent à le soumettre se libèrent des entraves de Mara, c’est à dire le domaine de la passion.

Bouddha a conseillé le monde avec le triple enseignement de sa doctrine :

Cessez de commettre le mal, d’agir mal ;

Apprenez à faire le bien ;

Purifiez votre esprit (citta).
Le plus important de tous est le dernier.

Bouddha a comparé l’esprit à un buffle sauvage attaché. L’esprit est semblable à cela. Il court perpétuellement après divers objets et s’y agrippe. Quelquefois notre esprit est très éloigné de l’action que nous sommes en train d’effectuer ; il erre ailleurs et il nous est très difficile de le maintenir fixé sur un objet précis.

La méditation aide à maintenir notre esprit sur un objet précis. Après un effort systématique, toute sorte de méditation peut développer notre pouvoir de concentration. En outre nous atteindrons éventuellement un état transcendant.

Celui qui pratique la méditation dans la vie courante obtiendra un immense confort mental.

Nous qui vivons dans une société complexe et commerciale et avons à chaque instant à affronter une diversité de problèmes, nous savons que beaucoup de gens passent la plupart de leur temps dans une gêne mentale de nature variée ; certains d’entre eux essaient normalement de trouver une solution en s’adonnant à la boisson ou à autre chose.

Mais au lieu d’obtenir une consolation mentale, ils sont progressivement conduits à mal se comporter et enfin à se ruiner. Celui qui pratique la méditation ne connaîtra jamais semblable infortune. A la fin il parviendra à obtenir un confort mental complet.

D’autres bénéfices peuvent s’acquérir à travers la méditation. Le saviez-vous ? Le Bouddhisme est entièrement réaliste, adoptant toujours un point de vue réaliste de la vie et du monde. Il regarde tout de manière objective. Il n’y a ni pessimisme ni optimisme en lui. Il vous révèle de manière précise et objective ce que vous êtes et ce qu’est le monde autour de vous.

Il vous indique avec exactitude le chemin vers la paix, la liberté, la tranquillité et le bonheur.

Celui qui voudrait regarder la réalité de la vie et du monde devrait prendre entièrement connaissance du monde et de l’être humain.

Selon le Bouddhisme la réalité du monde possède trois caractères :

Le caractère éphémère/ impermanence ;

L’insatisfaction / souffrance ;

L’absence d’âme.
Lorsque nous pensons de nous-même, ces choses tout à fait normales peuvent être perçues.

Tous les êtres du monde s’acheminent de la naissance à la mort, tel le soleil qui poursuit sans arrêt son mouvement, du lever au coucher. Personne en ce monde ne saurait être immortel. La vie est aussi impermanente et transitoire qu’une goutte de rosée au bout d’un brin d’herbe à l’aube. La vie s’achève avec la mort à n’importe quelle étape de la vie : l’enfance, l’adolescence, la vieillesse, les maladies et la décomposition sont l’héritage de chaque être, qu’il soit humain, animal ou divin. Telle est la nature du monde.

Tout ce qui existe, devra un jour cesser d’exister. Ce caractère transitoire est commun à tout objet animé ou inanimé du monde.

Non seulement les êtres humains mais aussi les arbres, les montagnes, les rivières, les océans, le soleil, la lune, les machines et les équipements de toutes sortes sont sujets à titres égaux à la transformation et à la décomposition.

Nous, les êtres humains, ainsi que tous les autres êtres de la nature, sommes confrontés à une triple crainte : la vieillesse, la maladie et la mort. Personne ne peut les éviter. Chacun doit les affronter de la même manière indépendamment de sa race ou de sa religion, de son degré d’instruction ou de toute autre discrimination.

Afin de comprendre cette réalité du monde et des êtres, il est indispensable que vous ayez de ceux-ci une connaissance entière.

La méditation est la voie qui mène à la connaissance. Elle vous aidera à vous concentrer. Un esprit concentré vous conduira à penser, quel que soit l’objet de vos réflexions, de façon rationnelle et indépendante.

LES ÉTAPES DU VIDE

Vénérable Parawahera CHANDARATANA

Le vide et l’existence sont inhérents l’un à l’autre, point de barrière qui les sépare. Cependant, les pratiquants ont du mal à concevoir la réalité du vide, et que celui-ci soit la base même de leur être. Dans la méditation, notre démarche est toute autre : nous exprimons la réalité du vide en vidant graduellement nos états mentaux.

Si vous appliquez la méditation, je vous suggère de vous débarrasser de toutes vos pensées habituelles, occupations quotidiennes et de tout ce qui a attrait à votre vie. Voilà le premier niveau du vide. Suite à cela, vient un niveau plus profond de celui-ci.

Pour mieux comprendre, je vous raconte l’histoire de ceux qui se sont réunis une fois pour une méditation que j’allais diriger. Au début, je leur ai signalé que notre environnement était très bruyant pour la pratique : s’y mêlaient bruits de cars, voitures, radios, enfants… et je leur ai demandé si ces bruits-là les gênaient. La majorité a dit : « non ». Cependant, une méditante m’a fait savoir une fois que c’était les instructions que je prononçais lors de la séance qui la gênaient, plutôt que les bruits de la rue. Mes paroles, disait-elle, l’empêchaient de méditer correctement, du fait qu’elle ne pouvait s’empêcher d’y penser. Si je lui suggère de relaxer, elle ne cesse de répéter en pensée : « se relaxer »… Si je lui dis de se relâcher comme un cadavre, elle pense : « je suis morte, je suis morte… » Elle m’a dit : « je peux me vider des pensées de toutes choses, sauf des paroles que vous prononcez au moment de la méditation ». Je lui ai conseillé avec instance d’apprendre à se débarrasser de ces pensées-là comme de toutes les autres. Un autre méditant, dès qu’il se mettait en posture appropriée, commençait à être sans cesse harcelé par l’idée de méditer convenablement, ce qui l’en empêchait…

En effet, le deuxième niveau du « vide » consiste à vider les pensées même relatives à la méditation et au vide, dès que l’on commence à méditer. Autrement dit, il est impératif d’oublier la « méthode » ou la technique de la méditation. Si à titre d’exemple, vous portez des lunettes et que vous êtes harcelé par l’idée que vous les portez, au lieu de voir à travers elles sans y penser, cela vous tracasserait. Un autre exemple : un athlète, quand il joue à une véritable compétition, il ne doit pas se limiter aux méthodes et aux techniques, mais il convient plutôt de les oublier. Donc, afin de progresser en méditation, il ne faut pas maintenir en sa pensée l’idée de « techniques » ou de « méthodes » – il faut tout simplement méditer…

Je sais que c’est le problème de tous les débutants. Il ne s’agit pas de méditer en excluant les techniques, mais de les utiliser sans y penser. L’étape supérieure consiste à l’oubli de soi-même.

Le Bourget,

Vésak, année bouddhique 2536.

 

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