Le Bouddha et le culte

Le Bouddha et le culte.

 

On me demande souvent : est-ce que les bouddhistes prient ? que font ils quand ils se rendent au temple ? quelle est l’attitude bouddhiste par rapport à la prière ?

 

Essayons de répondre à ces questions.

 

Le mot « prière » recouvre des significations très diverses. Dans les religions théistes, qui se centrent sur un Dieu unique, tout puissant, omniscient, créateur de l’univers et père de tous les êtres, la prière est essentiellement une supplique, adressée à ce Dieu, pour lui demander quelque chose, un conseil, une faveur, la santé, le bonheur, une guérison, la prospérité, la satisfaction de besoins matériels…… La prière, dans ce contexte, invoque également le pardon de Dieu, pour des pêchés qui ont été commis.

 

Les bouddhistes ne croyant pas en un tel Dieu, on peut donc affirmer d’emblée que la prière d’un bouddhiste est d’une toute autre nature.

En revanche, les bouddhistes sont intimement convaincus de l’exactitude de la doctrine du karma, qui explique que tout ce qui nous advient — en bien ou en mal — est le fruit de nos actions, que chaque individu produit par ses actes, ses paroles, ses pensées, prépare son propre bonheur ou son propre malheur, à court, moyen ou long terme. Cette loi est impersonnelle, et n’est donc pas régie par un agent qui la contrôlerait et l’administrerait. Impersonnelle, elle ne peut donc accorder sa miséricorde ou le pardon des pêchés. Le mal ne peut être l’objet d’une rédemption, et seule la pratique du bien peut permettre d’en résorber les effets.

Le « pêché » dans le sens bouddhiste, n’est pas la transgression de lois arbitrairement dictées par un Dieu tout puissant pour être suivies par les êtres humains. C’est l’accomplissement d’actions physiques, verbales et mentales mauvaises, susceptibles de souiller la personne et de faire obstacle à son développement.

Il n’y a donc pas, dans le Bouddhisme, de prière dans le sens communément utilisé. Les êtres sont responsables d’eux-mêmes, pour le bien et pour le mal, pour le bonheur comme pour le malheur. Ce monde est un monde où seul l’homme forge sa propre destinée, se construit lui-même, indépendamment de tout agent externe.

 

Que font les bouddhistes lorsqu’ils visitent un temple ?

 

Bien des choses !  Et la meilleure solution pour le comprendre est de suivre un fidèle bouddhiste dans sa visite.

Il n’y a pas de jour imposé pour se rendre au temple. Toutefois, les jours de poya —correspondant à la pleine lune et à la nouvelle lune— sont considérés comme particulièrement favorables. Les temples sont alors très visités et il est toujours bon de retrouver d’autres membres de la communauté et de pratiquer ensemble. L’homme est un être social. Les fidèles sont revêtus de blanc, couleur de la pureté, de la simplicité et de l’humilité. Ils apportent des fleurs —plus elles sont parfumées, plus leur couleur est vive, plus elles conviennent à la mission qui leur est assignée — des huiles, de l’encens, voire de la poudre de santal et du camphre. A leur arrivée au temple, les fidèles se lavent pieds et mains, car la pureté du corps comme du mental est toujours souhaitable.

Les offrandes peuvent être déposées dans divers sanctuaires situés dans l’enceinte du temple.

 

Vihara et Pilimage

 

Le sanctuaire principal est le vihara, terme qui désigne, à l’origine, la résidence d’un Bouddha. Par la suite, le terme fut utilisée, et l’est toujours aujourd’hui, pour désigner la résidence des moines. Le Maha Vihara d’Anuradhapura, ancienne capitale historique du Sri Lanka, en est un exemple, c’est un monastère. Toutefois, le mot singhalais utilisé aujourd’hui pour le lieu où vivent les moines est pansala, terme qui désignait à l’origine la hutte d’un ascète ou la cellule d’un ermite.

Le mot ancien pour ce que l’on appelle aujourd’hui un vihara était pilimage, « maison à images » mais il est aujourd’hui rarement utilisé.

Il convient ici d’apporter une importante précision : pour un bouddhiste, l’image en elle-même n’est pas un objet de culte. Elle n’est pour lui qu’un symbole, une représentation qui l’aide à se remémorer le Bouddha. Peu importe, au fond, dans le culte, qu’il y ait une image ou non. Mais l’image ou le symbole qui la remplace est utile pour focaliser la pensée. En rendant un culte à une image, le fidèle bouddhiste n’est donc pas un idolâtre qui vénérerait un morceau de bois, de pierre ou de métal et l’accusation d’idolâtrie parfois proférée à l’encontre du Bouddhisme est fondée sur l’ignorance ou, dans le pire des cas, sur la propagation délibérée d’idées fausses. L’image est un simple support qui aide le fidèle à la concentration.

 

Mais revenons sur l’usage du mot vihara pour l’édifice abritant les représentations du Bouddha. Le terme, nous l’avons déjà vu, désigne un lieu de résidence. Le vihara est donc, aux yeux d’un bouddhiste, le lieu où demeure le Bouddha, non pas seulement dans le passé mais également dans le présent. Le culte que voue le fidèle au Bouddha ne s’adresse pas, en effet, à un être définitivement disparu, mais à quelqu’un qui est toujours, d’une certaine manière, bien présent parmi nous. Il est évident que les bouddhistes dans leur ensemble ne croient pas que le Bouddha, mort voici plus de 2500 ans en un lieu historique bien identifié, Kusinara, soit toujours en vie aujourd’hui dans un lieu précis. Mais en rendant hommage au Bienheureux, le fidèle bouddhiste aime se remémorer la présence vivante de son Maître, ce qui renforce l’efficacité de son acte de vénération. Le Bouddha est physiquement mort, mais son influence, par le biais de son enseignement et par la mémoire de sa rayonnante personnalité, reste vivace.

C’est la raison pour laquelle il n’y a pas lieu de s’étonner de voir déposer dans les temples bouddhistes des offrandes de nourriture et de boisson. Ces offrandes sont purement symboliques et personne de croit que le Bouddha consomme réellement ces offrandes. C’esrt une manière, pout les dévots, d’exprimer d’une manière idéaliste, leur vision du Bouddha en tant qu’influence vivante dans leur vie.

Les offrandes sont un acte d’hommage, de gratitude et d’adoration et n’ont aucune valeur intrinsèque. Elles sont du même ordre que la guirlande de fleur ou le bouquet offert à la personne à qui l’on souhaite témoigner affection et/ou respect.

 

L’offrande de fleurs et de parfums est suivie par la récitation de stances qui rappellent au dévot les qualités sublimes du Bouddha.

 

Le Bouddha est le Bienheureux par excellence, l’Être parfait qui a mis fin à toutes souffrances. Il est digne d’hommage, il a réalisé la sagesse suprême et l’Eveil complet, il a proclamé la voie de la connaissance et de la conduite justes, a trouvé le Bonheur et la Paix. Il vu le monde pour ce qu’il est. Il est un guide sans égal, il est l’ami de celui qui recherche sa protection, le précepteur des dieux et des hommes.

Rappelons ici que les stances récitées ne comportent nulle requête pour obtenir ses faveurs, nulle sollicitation pour obtenir sa protection. Ce sont des énumérations des qualités d’un grand homme qui, pour le bouddhiste, est l’être le plus exceptionnel ayant jamais existé.

 

 

La Voie du Bouddha

 

Dans d’autres stances, le fidèle déclare qu’il accepte le Bouddha comme son maître et guide aussi longtemps que durera sa vie et qu’il est convaincu que le bonheur viendra à lui.

C’est une affirmation de sa confiance entière en le Bouddha et son enseignement, de l’acceptation du mode de vie que le Bienheureux a enseigné.

Plus significatif encore, les paroles par lesquelles le dévot fait part de sa résolution à gagner lui-même la paix du Nibbana que le Bouddha a réalisé pour lui-même par la pratique de la vertu et l’acquisition de la sagesse, par ses propres efforts. Le fidèle se remémore ainsi les innombrables existences antérieures au travers desquelles le futur Bouddha —le Bodhisattva, aspirant à l’Eveil parfait—a cultivé ces qualités de mental et de cœur qui conduisent les êtres à la réalisation suprême. Pendant cette longue formation, rien n’était trop difficile, aucun sacrifice n’était trop grand pour le Bodhisattva. Au cours de bon nombre de ses renaissances, il sacrifia sa vie pour autrui, pour des principes qui lui tenaient à cœur.

 

La voie du Bouddha, telle que le fidèle la contemple ainsi, est celle proposée à tous ceux qui acceptent le Bouddha comme maître et comme guide. Tout homme peut devenir un Bouddha s’il a la résolution nécessaire et s’il souhaite s’engager sur le sentier de la bodhéité.

Le Bouddha n’a pas accompli une tache que nul autre ne pourrait accomplir.

Le chemin qu’il a proclamé est le dhamma, et par les stances qu’il récite, le fidèle se remémore les caractères principaux et les qualités de cet enseignement. Il n’y a dans le dhamma, ni mystère caché ni ésotérisme, le dhamma est ouvert, comme la paume de la main. Son efficacité est prouvée. Le dhamma est éternel et intemporel. Sa véracité peut être prouvée en tout lieu et en tout temps. Il ne se fonde pas sur une foi impose, mais sur une conviction. Ni vague ni imprécis, l’enseignement est très clair dans le but proposé : l’élimination du malheur et la réalisation du bonheur et de la paix. La vérité et le bonheur ne peuvent être obtenus que par un effort individuel soutenu et ne peut nous venir d’autrui.

 

Le fidèle est également conscient que, pour le soutenir dans son propre effort, il y eut et il y a toujours, des hommes et des femmes engagés sur la voie du dhamma, la voie de la droiture et qui sont des exemples de vie juste et droite, au comportement irréprochable digne d’admiration. Ces êtres nobles constituent le Sangha, la communauté des êtres dévoués qui purifient le monde par leur bonté et la sainteté de leur vie, s’écartant du mal, pratiquant le bien, diffusant dans l’univers des pensées d’amitié, de bonne volonté et de paix.

Le dévôt pratique la qualité fondamentale de dana, en faisant des dons à ces être dignes et pieux. Il pratique également bhavana — la culture mentale—  en faisant s’épanouir dans son esprit des pensées d’une grande élévation.

 

Par International Buddhist Center Le Bourget

 

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