Le Bouddhisme, la seule véritable science

par le Vénérable Ajahn Brahmavamso Mahathera

J’étais un scientifique. J’ai étudié la physique théorique à l’université de Cambridge, traînant dans le même bâtiment que celui promis à devenir le célèbre professeur Stephen Hawking. J’eus une désillusion par rapport à une telle science quand, en tant qu’initié, je réalisai à quel point les scientifiques pouvaient être dogmatiques. Un dogme, d’après le dictionnaire, est une arrogante déclaration d’opinion.

Ce fut une description appropriée de la science que je vis dans les laboratoires de Cambridge. La science avait perdu son sens de l’humilité. Des opinions égoïstes prévalaient au détriment de la recherche impartiale de la Vérité. Mon aphorisme favori à cette époque fut: « l’éminence d’un grand homme de science, se mesure par le temps qu’il consacre à faire obstruction au progrès effectué dans son domaine »!

Pour comprendre la véritable science, on peut revenir à un de ses pères fondateurs, le philosophe anglais Francis Bacon (1561 – 1628). Il établit le cadre à partir duquel la science pouvait progresser, nommément « la plus grande force de l’exemple négatif ».

Cela signifiait que, ayant proposé une théorie pour expliquer un phénomène naturel, on devrait ensuite essayer de prouver son contraire! On devrait tester la théorie par des expériences qui la remettent en question. On devrait la mettre à l’essai avec un argument rigoureux.

Quand un défaut apparaît dans la théorie, alors seulement la science peut progresser. Une nouvelle découverte a été faite et elle permet à la théorie d’être ajustée et raffinée. Cette méthodologie fondamentale et originale de la science permit de comprendre qu’il est impossible de prouver quelque chose avec une certitude absolue. On peut seulement prouver son contraire avec une certitude absolue.

Par exemple, comment peut-on prouver la loi fondamentale de la gravité selon laquelle « ce qui monte redescend, éventuellement »? On pourrait projeter en l’air des objets un million de fois et les voir tomber un million de fois. Mais cela ne prouve pas cependant que « ce qui monte descend ».

 

En effet la NASA pourrait alors ‘projeter’ une rocket depuis Saturne dans l’espace pour explorer Mars, et elle ne redescendrait jamais sur la terre à nouveau. Un exemple négatif suffit pour prouver le contraire d’une théorie avec certitude absolue.

Certains scientifiques égarés maintiennent la théorie selon laquelle il n’y a point de renaissance, que ce courant de conscience est incapable de retourner à une existence humaine subséquente. Tout ce dont on a besoin pour prouver le contraire de cette théorie, conformément à la science, c’est de trouver un exemple de renaissance, juste un!

Le professeur Ian Stevenson, comme certains d’entre vous devraient le savoir, a déjà démontré de nombreux exemples de renaissances. On a prouvé le contraire de la théorie selon laquelle il n’y a pas de renaissance. La renaissance est désormais un fait scientifiquement établi!

La science moderne accorde une faible priorité aux efforts pour prouver le contraire de ses théories favorites. Il existe trop d’intérêts à conserver le pouvoir, le prestige et les subventions de recherches. Un engagement courageux à la recherche de la vérité arrache de nombreux scientifiques hors de leur zone de confort.

Les scientifiques ont, pour la plupart d’entre eux, subi un lavage de cerveau au travers de leur éducation et de leurs conférences internes, afin de réduire le monde à une vision très étroite et microscopique. Les pires des scientifiques sont ceux qui se comportent comme des évangélistes excentriques, en proclamant qu’ils possèdent seuls la vérité absolue, et réclament ensuite le droit d’imposer leur vision des choses à tout le monde.

Les gens ordinaires connaissent si peu de choses sur la science qu’ils peuvent difficilement comprendre ne serait-ce que le jargon des scientifiques.

En fait, s’ils lisent dans un journal ou un magazine « un scientifique affirme que », alors ils croient automatiquement que c’est la vérité. Comparez ceci avec notre réaction quand nous lisons dans le même journal « un politicien affirme que? »! Pourquoi est-ce que les scientifiques ont une telle crédibilité qui relève tous les défis?

Peut-être c’est parce que le langage et le rituel de la science ont été soustraits du commun des mortels, que les scientifiques sont devenus de nos jours une prêtrise mystique et révérée.

Habillés de leurs blouses blanches de cérémonie, chantant des charabias incompréhensibles au sujet d’univers parallèles fractionnés, et accomplissant des rituels magiques qui opèrent la transsubstantiation du métal et du plastique en télévisions et ordinateurs, ces alchimistes des temps modernes sont si impressionnants que nous croirons tout ce qu’ils disent. La science élitiste, tel que le pape le fut jadis, est désormais infaillible.

Quelques uns sont plus éclairés. La plupart des choses que j’ai apprises il y a 30 ans se révèle maintenant être faux. Il existe, heureusement, de nombreux scientifiques ayant de l’intégrité et de l’humilité et qui affirment que la science est, au mieux, un travail qui est toujours en progrès.

Ils savent que la science peut seulement suggérer une vérité, mais ne peut jamais revendiquer une vérité. Un bouddhiste m’a dit jadis que, le premier jour d’études dans une école médicale de Sydney, le célèbre Professeur, qui dirigeait l’école médicale, a commencé son allocution de bienvenue en disant: «La moitié de ce que nous allons vous apprendre dans les prochaines années est fausse. Notre problème réside dans le fait que nous ne savons pas de quelle moitié il s’agit! » Tels furent les propos d’un véritable scientifique.

Certains scientifiques évangéliques feraient mieux de réfléchir au sujet du vieux dicton (modifié) « Les scientifiques se précipitent là où les anges craignent de s’aventurer » et cessent de pontifier au sujet de la nature de l’esprit, le bonheur et même le Nirvana. Les neurologues sont particulièrement sujets à de telles névroses (Névrose: une adhésion excessive à des idées irréalistes sur les choses).

Ils affirment que l’esprit, la conscience et la volonté, sont désormais adéquatement expliqués par l’activité siégeant dans le cerveau. Le contraire de cette théorie fut prouvé il y a 20 ans grâce à la découverte du Prof. Lorber au sujet de l’étudiant de l’université de Sheffield qui avait un QI de 126, un diplôme en mathématiques, mais virtuellement pas de cerveau (Science, Vol. 210, 12 Déc 1980)!

Plus récemment, le contraire fut également prouvé par le Prof. Pim Van Lommel, qui démontra l’existence d’activités de la conscience après une mort clinique, quand toutes activités du cerveau ont cessé (Lancet, Vol. 358, 15 Décembre 2001, p 2039).

Bien qu’il y aurait une corrélation entre une activité quantifiable dans une partie du cerveau et une impression mentale, un tel « co-évènement » n’implique pas toujours que l’un est la cause de l’autre. Par exemple, il y a quelques années, une recherche a démontré une corrélation claire entre le fait de fumer des cigarettes et la non-apparition de la maladie d’Alzheimer.

Ce n’était pas en fait fumer des cigarettes qui assurait l’immunité contre la maladie d’Alzheimer, autant que les firmes de tabac l’auraient souhaité, c’était seulement le fait que de nombreux fumeurs ne vivent pas assez longtemps pour attraper la maladied’Alzheimer!

Ainsi une coïncidence de deux phénomènes, même quand elle est répétée, ne signifie pas forcément qu’un phénomène est la cause de l’autre. Affirmer qu’une activité dans le cerveau cause l’apparition de la conscience, ou l’esprit, est tout à fait antiscientifique.

Le bouddhisme est plus scientifique que la science moderne. Comme la science, le bouddhisme est fondé sur des relations de cause à effet vérifiables. Mais contrairement à la science, le bouddhisme défie avec minutie toutes les croyances.

Le fameux Kalama Sutta du Bouddhisme déclare que l’on ne doit pas croire pleinement en  » ce qui est enseigné par tradition, ouï-dire, les écritures, la logique, l’inférence, les apparences, parce que c’est en accord avec l’opinion établie, les compétences apparentes du maître, ou même par la considération que c’est notre maître qui enseigne ».

Combien de scientifiques sont aussi rigoureux de cette manière dans leur façon de penser? Le Bouddhisme défie tout, y compris la logique.

Il est bon de noter que la théorie des Quantum apparut tout à fait illogique, même à de très grands scientifiques tels qu’Einstein, quand elle fut prôner pour la première fois. On attend la preuve de son contraire. La logique n’est aussi fiable qu’aux hypothèses sur lesquelles elle est fondée. Le Bouddhisme n’accorde sa confiance qu’à l’expérience claire et objective.

L’expérience claire apparaît quand nos instruments de mesures, nos sens, sont clairs et paisibles. Dans le Bouddhisme, cela se manifeste lorsque les obstacles de la paresse et de la torpeur et ceux de l’agitation et des remords sont tous vaincus. L’expérience objective est celle qui est libre de toute partialité.

Dans le Bouddhisme, les trois formes de partialités sont le désir, la malveillance et le doute sceptique. Le désir fait que les êtres ne voient que ce qu’ils veulent voir, il manipule la vérité afin qu’elle corresponde à leurs préférences. La malveillance nous rend aveugles à tout ce qui perturbe ou remet en question notre vision des choses et elle déforme la vérité par la négation.

Le doute sceptique refuse obstinément d’accepter ces vérités, comme la renaissance, qui sont pleinement valides mais qui ne relèvent pas de la vision rassurante que nous avons du monde.

En résumé, l’expérience claire et objective apparaît seulement quand les « Cinq Obstacles » définis par le Bouddhisme ont été écartés. Seulement alors l’on peut faire confiance aux données qui sont transmises par nos sens.

En raison du fait que les scientifiques ne sont pas libérés de ces cinq obstacles, leur esprit est rarement clair et objectif. Un fait est communément répandu, par exemple, parmi les scientifiques, d’ignorer toute donnée ennuyeuse, qui ne cadre avec leurs chères théories, ou encore faire tomber cette preuve en désuétude en la classant comme « anomalie ».

Même la plupart des Bouddhistes ne sont pas clairs et objectifs. Quelqu’un doit avoir fait récemment l’expérience des jhana afin d’efficacement écarter ces obstacles (conformément au Nalakapana Sutta , Majjhima No. 68). Alors seules des méditants accomplis peuvent proclamer être de véritables scientifiques, c’est à dire, clairs et objectifs.

La science affirme se baser non seulement sur une observation claire et objective, mais aussi sur la mesure. Mais qu’est-ce que la mesure dans la science? Pour mesurer quelque chose, d’après la pure science de la théorie des quantum, il faut provoquer l’effondrement ??? de l’équation ondulatoire??? de Schrödinger Wave??? par un acte d’observation.

De surcroît, la forme « non-effondrée » de l’équation ondulatoire de Schroedinger, c’est à dire avant qu’une mesure soit faite, est, peut-être, la description scientifique du monde la plus parfaite qui soit.

Cette description est bizarre! La réalité, d’après la science pure, ne consiste pas en une matière bien ordonnée avec des masses précises, des énergies et des positions dans l’espace, qui attendent toutes d’être mesurées. La réalité est la plus vaste des taches de toutes les possibilités, certaines étant plus probables que d’autres.

Même les qualités mesurables de base comme ‘vivante’ ou ‘morte’ ont été démontrées comme invalides par la science parfois. Dans l’expérimentation sur la pensée du « chat de Schrodinger’s », le chat du Prof. Schroedinger fut ingénieusement placé dans une situation où il n’était ni vivant ni mort, où de telles mesures devenaient insignifiantes. La Réalité, d’après la théorie des Quantums, est au-delà de toute mesure. La mesure perturbe la réalité, elle ne la décrit jamais parfaitement.

Ce fut le célèbre « Principe d’Incertitude » de Heisenberg qui démontra l’erreur inévitable entre le monde réel des Quantums et le monde mesuré des pseudo-sciences.

En tous cas, comment qui que ce soit pourrait mesurer le mesureur, l’esprit? Lors d’un séminaire récent sur la science et la religion, auquel j’étais un des conférenciers, une Catholique dans l’audience annonça avec bravoure qu’à chaque fois qu’elle regardait les étoiles au travers d’un télescope, elle se sentait mal à l’aise parce que sa religion était menacée.

Je fis le commentaire suivant à savoir que quand un scientifique regarde avec une autre optique de vision personnelle à travers un télescope, pour observer celle qui regarde (les étoiles), alors il se sent mal à l’aise parce que sa science est menacée par ce que la vision génère (comme pensée)! Donc qu’est-ce que fait la vision, quel est cet esprit qui élude la science moderne?

Une enseignante du primaire une fois demanda à sa classe « Quelle est la plus grande chose dans le monde? » Une petite fille répondit « Mon papa ». Un petit garçon dit « Un éléphant », car il avait récemment été au zoo. Une autre fille suggéra « Une montagne ».

La fille de six ans d’un de ses amis proches répliqua, « Mon oeil est la chose la plus grande au monde »! La classe retint son souffle. Même l’enseignante ne comprit pas sa réponse. Ainsi la petite philosophe expliqua « Bien, mon oeil peut voir son papa, il peut voir un éléphant, et une montagne aussi. Il peut aussi voir tant d’autres choses. Si tout cela peut convenir à mon oeil, mon oeil doit être la chose la plus grande dans le monde. » Brillant!

Cependant, elle n’avait pas entièrement raison. L’esprit peut voir toutes les choses que notre oeil peut voir, et il peut également imaginer tant d’autre choses. Il peut aussi entendre, sentir, goûter et toucher, au même titre que penser. En fait, tout ce qui peut être connu peut être contenu dans l’esprit. Par conséquent, l’esprit doit être la chose la plus grande du monde. L’erreur de la science est évidente à présent. L’esprit ne se situe pas dans le cerveau, ni dans le corps. Le cerveau, le corps et le reste du monde, sont dans l’esprit!

L’esprit est le sixième sens dans le Bouddhisme, c’est ce qui englobe les cinq sens de la vue, l’audition, le sens olfactif et le sens tactile, et qui les transcende avec son domaine propre. Il correspond de façon « lâche » au « sens commun » d’Aristote, qui est distinct des cinq sens.

En fait, la philosophie grecque ancienne, d’où la science puise ses origines, enseigna qu’il y a six sens comme le Bouddhisme. Quelque part, le long du voyage de la pensée européenne à travers l’histoire, ils perdirent leur esprit! Or, comme Aristote lui-même le formulerait, ils abandonnèrent leur « sens commun » en quelques sortes »! Et ainsi nous vîmes l’éclosion de la science. Nous avons eu droit au matérialisme sans coeur. On pourrait dire avec précision que le Bouddhisme est la science qui a gardé son coeur, et qui n’a pas perdu son esprit!

Ainsi le Bouddhisme n’est pas un système de croyance. C’est une science fondée sur l’observation objective, la. méditation, toujours prudente à ne pas « déranger » la réalité en lui imposant des mesures artificielles, et c’est évidemment reproductible??? and it is evidently repeatable.

Les gens ont recréé les conditions expérimentales, connues comme l’établissement des facteurs du Noble Sentier Octuple, depuis vingt-six siècles désormais, pendant bien plus longtemps que la science. Et tous ces célèbres professeurs de méditation, les Arahants masculins et féminins, sont tous arrivés aux mêmes conclusions que le Bouddha.

Ils ont vérifié la loi intemporelle du Dhamma, autrement connu sous le nom de Bouddhisme. Donc le Bouddhisme est la seule véritable science, et je suis heureux de dire que je suis encore un scientifique dans le coeur, seulement un scientifique bien meilleur que je n’aurais jamais pu l’être à Cambridge .