Les qualités suprêmes du Tathagata

N°14

Les qualités suprêmes du Thatagata  (extrait et traduit du Livre La beauté du Lotus blanc)

 

Le grand maître spirituel, le Tathagata (Araham Samma Sambudho) a conseillé à ses disciples d’évoquer les qualités spirituelles suprêmes du Tathagata dans le but de développer la confiance en leur maître. Tathagata veut dire : « Celui qui a réalisé la vérité. » C’est un nom alternatif du Bouddha.

Clarifiant le mot « Tathagata », le Bouddha explique : « Ô moines, le monde de la souffrance est totalement compris et la libération du monde de la souffrance est à portée de main. L’apparition du monde de la souffrance est comprise, et l’apparition du nom de la souffrance est abandonnée. La cessation du monde de la souffrance est comprise, et la voie (qui y mène) est empruntée jusqu’à son terme. Celui qui a réalisé cela est appelé Tathagata. Ô moines, dans la totalité du monde, le monde des Devas et des humains, le Tathagata est le conquérant, non- conquis, qui voit tout, omniscient. Voilà pourquoi il se nomme le Tathagata.

Les qualités spirituelles suprêmes ou vertus du Tathagata se divisent en neuf catégories : Araham—Samma sambuddho—Vijjacarana Sampanno—Sugato—Lokavidu—Anuttaro Purisadamma Sarathi—Sattha Devamanussanam—Buddho—Bhagava

Ceux qui se proclament bouddhistes doivent être vigilants sur cette revendication. En tant que bouddhistes, ils choisissent le Bouddha comme leur maître spirituel et espèrent de lui bénédiction, bien-être et bonheur. Les adeptes de toutes les autres religions, ceux qui lèvent leur foi dans un pouvoir divin tout-puissant, ou dans un message d’un Dieu omnipotent, croient qu’en faisant cela, non seulement ils recevront la bénédiction et la protection de ce pouvoir divin, mais aussi obtiendront succès et prospérité selon la volonté divine. Dans l’enseignement de Bouddha, le concept de « pouvoir divin tout-puissant qui contrôle la destinée » est rejeté. À la place, le Bouddha enseigne la doctrine de la genèse conditionnée c’est-à-dire l’apparition des phénomènes en lien avec des causes, ou : la théorie de cause à effet.

Le concept de création a vu le jour comme résultat de l’ignorance au sujet de l’apparition du monde et des êtres. Selon la doctrine bouddhique, la genèse ne peut être perçue par des arguments ou par l’établissement de concepts philosophiques qui relèvent du monde.

Le monde des phénomènes a lieu en un temps illimité. S’il y a eu création, celle-ci aurait eu lieu à un certain moment. Et, le pouvoir divin qui aurait créé le monde et les êtres matériels, devrait être existant avant le monde des phénomènes. Donc, le créateur devrait exister en dehors des sphères du « monde  et du temps ». Cependant, pour connaître quelque chose d’extérieur au royaume « du monde et du temps », l’on doit posséder une connaissance supramondaine que l’on ne peut réaliser que par un développement intensif du mental.

Les causes premières du mal à savoir : la cupidité, la haine et l’illusion, polluent le mental par ce qu’elles génèrent: malice, colère, jalousie, ladrerie ou avarice, hypocrisie, obstination, tromperie, arrogance, vanité et étourderie. Avec un mental souillé et pollué, il est impossible de pénétrer dans le monde pour réaliser ce qui est au-delà du monde. Bien qu’il l’ait tenté muni de dix types de pouvoir spirituel du mental hautement développés, le Tathagata a déclaré qu’il n’était pas créateur tout-puissant, bien connaisseur de tout ou omniscient, et rejetait le concept prévalant de Dieu omniprésent.

Les 10 pouvoirs spirituels du Bouddha

Le Bouddha a énoncé au vénérable Sariputta les 10 pouvoirs spirituels qui l’ont rendu apte à se considérer comme Tathagata. Cette proclamation est exposée dans le Mahasinda Sutta (discours du rugissement du lion) comme suit :

 

  • Là, le Tathagata comprend tel qu’il est, ce qui est possible, et tel qui est ce qui est impossible. Et ce qu’est le pouvoir que possède un Tathagata, grâce auquel il revendique le statut de berger-guide, rugit tel un lion dans l’assemblée et fait tourner la Roue du Dhamma.
  • En outre, le Tathagata comprend à leur juste titre les résultats des actions accomplies passées, futures et présentes avec les possibilités et les causes. Cela aussi est le pouvoir du Tathagata en fonction duquel il revendique le statut de berger-guide, rugit tel un lion dans les assemblées, et fait tourner la Roue du Dhamma.
  • Le Tathagata comprend à leur juste titre les voies qui mènent à toutes les destinations. Voilà un autre pouvoir du Tathagata …qui fait tourner la Roue du Dhamma.
  • Le Tathagata comprend à son juste titre le monde avec ses nombreux et différents éléments. Cela aussi est un pouvoir du Tathagata …qui fait tourner la Roue du Dhamma.
  • Le Tathagata comprend à juste titre la raison pour laquelle les êtres ont différentes tendances. Cela aussi est un pouvoir du Tathagata …qui fait tourner la Roue du Dhamma.
  • Le Tathagata comprend à juste titre la disposition des facultés des autres êtres et personnes. Cela aussi est un pouvoir du Tathagata …qui fait tourner la Roue du Dhamma.
  • Le Tathagata comprend à juste titre la souillure, le nettoiement et l’accession au niveau des jhanas, libérations, les concentrations et les réalisations. Cela aussi est un pouvoir du Tathagata …qui fait tourner la Roue du Dhamma.
  • Le Tathagata se rappelle ses nombreuses vies antérieures, à savoir une naissance, deux naissances, trois naissances, quatre naissances, cinq naissances, dix naissances, vingt naissances, trente naissances, 40 naissances, 50 naissances, 100 naissances, 1000 naissances, 100 000 naissances, de nombreux éons de la contraction-du-monde, de nombreux éons de l’expansion-du-monde, de nombreux éons de-la-contraction et l’expansion-du-monde. « Là je portais une identité qui me liait à tel clan, j’avais telle apparence, ainsi était ma nourriture, ainsi mon expérience du plaisir et de la douleur, et le terme de ma vie ; et ma mort. J’ai réapparu quelque part ; là aussi, j’ai reçu tel nom et appartenance à tel clan, là telle était mon apparence, ainsi était ma nourriture, mon expérience du plaisir et de la douleur, le terme de ma vie et ma mort. J’ai réapparu ici. Et, avec leurs aspects et particularités, j’ai la mémoire de mes nombreuses vies. Cela aussi est le pouvoir du Tathagata… qui fait tourner la Roue du Dhamma.
  • Avec le divin qui est purifié et qui surpasse l’homme, le Tathagata voit les choses mourir et réapparaître inférieur et supérieur, beau et laid, fortuné et infortuné. Il comprend le devenir des êtres selon leurs actions, de la sorte : «Ces êtres riches qui s’étaient mal comportés sur les plans : du corps, de la parole et de l’esprit, offensant les nobles ; de vue erronée, d’actions perverses, à la dissolution du corps, après la mort ils réapparaissent dans un état de dépravation, dans une mauvaise destination, en perdition, et même en enfer. Mais ces autres êtres riches qui s’étaient bien comportés sur les plans : du corps, de la parole et de l’esprit, non offensant les nobles ; de vue correcte, d’actions également correctes, à la dissolution du corps après la mort, ils réapparaissent dans de bonnes conditions et même dans un monde paradisiaque. En effet, avec l’œil divin qui est purifié et qui surpasse l’homme, ils voient les êtres mourir et réapparaître, inférieurs et supérieurs, beaux et laids, fortunés et infortunés, et il comprend le devenir des êtres suivant leurs actions. Cela aussi est le pouvoir du Tathagata… qui fait tourner la Roue du Dhamma.
  • En la réalisant par lui-même avec une connaissance directe, le Tathagata entre et réside dans la délivrance de l’esprit et dans celle par la sagesse non corrompue par la destruction que causent les corruptions. Cela aussi est le pouvoir du Tathagata… qui fait tourner la Roue du Dhamma.

 

Le Bouddha a atteint l’ultime pureté de l’esprit. Il a éradiqué les racines du mal sans laisser une trace de ses tendances, et acquis la connaissance omnisciente et insurpassable qui lui a permis d’affirmer sans détour le processus naturel de l’apparition liée à une condition, voire la création du monde et des entités matérielles.

Un esprit pollué et obscurci par les tendances malsaines est inapte à acquérir quelques pouvoirs spirituels. C’est une vérité évidente que, d’entre tous les maîtres spirituels du monde, seul le maître Samma Sambuddha a proclamé être parvenu à extirper les racines du mal de l’esprit sans laisser de résidus. Mettre un terme définitif aux causes de la racine à savoir : la concupiscence, la haine et l’illusion s’appelle « Nibbana » (en sanskrit nirvana) dans le bouddhisme.

Bhagava-qui chasse tout mal

Le Bouddha qui élimine tout mal, a enseigné à ses disciples la manière de le faire. C’est pourquoi il a reçu le qualificatif de Bhagava. Le terme de Bhagava n’est pas simplement une épithète parentale ou personnelle, mais il représente la qualité spirituelle suprême du Bouddha insurpassable. Il dérive de trois syllabes : bha+ga+va. La première désigne le devenir ou l’existence, la deuxième : traverser, et la troisième : laisser. À traduire : celui qui a rejeté les causes du devenir, à savoir: la concupiscence, la haine et l’ignorance, c’est-à-dire : celui qui a dissipé «  le mal ».

Fort des dix pouvoirs du Tahtagata, le Bouddha a acquis la qualité spirituelle particulière suprême d’un Bhagava. Il est devenu le seul être dans le monde doté des neuf qualités spirituelles suprêmes :Araham, Samma Sambuddho, Vijjacarana Sampanno, Sugato, Lokavidu, Anuttaro Purisadhamma Sarathi, Satta Deva Manussanam, Buddho, Bhagava. Et du fait de ces qualités spirituelles insurpassables, le Bouddha pouvait pénétrer non seulement dans le monde avec toutes les déités et les hommes de celui-ci, mais aussi dans les mondes au-delà de l’espace et du temps car la Genèse qui dépend de conditions n’est pas entravée par de tels phénomènes.

Dans le Rohitassa Sutta, le Bouddha a mis l’accent sur le concept suivant : «  A une certaine occasion, le Bienheureux résidait près de Savatthi dans le bosquet de Jeta au parc d’Anatapindika. À la fin de la nuit, il s’est adressé aux moines en ces termes : Ô moines, cette nuit Rohitassa des dévas, vers la fin de la nuit est venu me visiter ; son éclat a illuminé tout le bosquet de Jeta d’une splendeur sans égale ; il m’a rendu hommage, puis s’est mis à côté, puis m’a adressé ces paroles :

« Seigneur, nous est-il possible si nous connaissions, voyions, atteignions la fin du monde où il n’y aura plus de naissance, vieillesse et mort, ni non plus de chute (à partir d’une existence) ou élévation (vers une autre) ? »

…J’ai dit ceci à Rohitassa des dévas : « Votre Révérence, là où il n’y a plus de naissance, vieillesse et mort, ni chute ni élévation à partir d’une existence vers une autre, je déclare que la fin du monde, ce n’est pas par un départ qu’on peut la connaître, la voir ou l’atteindre. »

« C’est vraiment merveilleux, Seigneur, cette parole est bien pertinente, Vénérable : Là où il n’y aura plus de naissance, vieillesse et mort… et que la fin du monde ce n’est pas par un départ qu’on peut la connaître, la voir ou l’atteindre. » Auparavant, Seigneur, j’étais un ermite du nom de Rohitassa, fils de Bhoja ; l’un de mes pouvoirs mystiques me permettait de voler dans le ciel. Ma rapidité était semblable, Seigneur, par exemple, à un puissant archer, habile dans le tir à l’arc, expérimenté et qui pouvait avec une flèche fine tirer à travers l’ombrage d’un palmier. Telle était ma vitesse. Mon pas enjambait la distance entre l’océan de l’Est et celui de l’Ouest. Muni, Seigneur, de tels pouvoirs, je désirais ceci : atteindre la fin du monde par un départ. Mais, Seigneur, sans parler du (temps passé à) me nourrir, voir, manger, sentir et accomplir mes besoins ; sans parler de la lutte contre le sommeil et la fatigue, bien que chaque vie en moi compte cent ans, bien que j’ai voyagé cent ans, je n’ai pas atteint la fin du monde, mais j’ai décédé avant. C’est merveilleux en fait, Seigneur, prodigieux ; que c’était pertinent ce qu’a dit le Bienheureux : « Votre Révérence, là où il n’y a plus naissance, vieillesse et mort, plus de chute (d’une existence vers l’autre) je déclare que la fin du monde ce n’est pas par le départ qu’on peut la connaître, la voir ou l’atteindre. » « Mais, votre Révérence, je ne déclare pas qu’il y a cessation du mal sans atteindre la fin du monde. Non, Votre Révérence, à partir de ce corps de la taille d’une brasse avec ses perceptions et pensées, je proclame l’existence du monde, ainsi que l’origine du monde et la fin du monde.

 

Ce n’est pas par un départ que l’on atteint la fin du monde.

Il n’y a pas de fin à la souffrance de l’homme

à moins qu’il n’atteigne la fin du monde.

Que l’homme devienne connaisseur du monde, sage

ou qu’il tente d’atteindre la fin du monde.

Qu’il mène la vie divine.

C’est en devenant calme que l’on connaît la fin du monde

et sans espérer accéder un monde quelconque.

 

 

La connaissance du Tathagata de ce monde matériel et du monde qui le suit, est contenue dans les neuf qualités suprêmes du Bouddha. Quand on se rappelle ces qualités avec leurs caractéristiques propres, on acquiert confiance dans le Bouddha, et on est poussé à suivre ses pas avec un esprit concentré qui mène à la réalisation du monde transitoire et à l’affranchissement loin du monde par l’éradication de la racine qui cause le mal.

Quand nous traitons des qualités spirituelles ou vertus du Bouddha, nous serons informés que le Tathagata est Bhagava «  qui dissipe le mal ». En procédant à chacune de ces qualités spirituelles, nous répétons

Itipi so Bhagava, Arahan :

C’est pour cette raison-là, celui qui dissipe le mal est Arhat

Itipi so Bhagava Samma Sambuddho :

c’est pour cette raison-là, celui qui dissipe le mal est Samma Sambuddha…

 

 

 

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