L’incinération de la dépouille du Bouddha et la distribution des reliques

par Bandu de Silva

La représentation anthropomorphique de la scène de la mort du Bouddha, la crémation de la dépouille mortelle et la distribution des reliques sont plutôt rares au Sri Lanka bien que le culte des reliques y ait été populaire. Le culte des reliques a commencé immédiatement après l’introduction du Bouddhisme par l’Arahant Mahinda au 3ème siècle avant JC. Cependant, la tradition se réfère aux reliques de ses cheveux offertes par Bouddha aux deux caravaniers, Tapassu et Bhalluka, et au dieu Saman. Les dagobas construites autour des reliques de cheveux à Tiriyaya et Mahiyangana ont eu une tradition qui s’est perpétuée jusqu’à ce jour. Les bols à aumônes ont eu également une longue histoire mais c’est la relique de la dent qui fut introduite dans l’île et qui fut vénérée en grandes pompes et apparat et qui fut fortement associée avec la royauté. Un certain nombre d’autres reliques corporelles furent également conservées pieusement dans d’autre temples à travers l’île.

Dans les représentations sculpturales de l’île, un fier flambeau a été accordé à l’image du Bouddha avec des images de Bodhisattva faisant partie de la sculpture et datant du 6ème siècle après JC. Ceci contraste avec la situation dans la région de Gandhara où des représentations de la vie du Bouddha sous des formes de sculptures anthropomorphiques furent introduites en premier. Dans l’art Gandhara, il n’existe pas un seul aspect de la vie de Siddhartha Gautama et du Bouddha après qu’il ait atteint la Bouddhéité qui n’a pas été représenté. Tout cela englobe l’histoire de la descente du ciel de Tushita, le rêve de Maya, la Conception, la naissance de Siddhartha, la présentation aux devins, le Miracle à la cérémonie d’ensemencement (Vap Magula), les trois sorties, le mariage, le renoncement (abhinishkramana), l’adieu au compagnon Channa et au cheval Kanthaka, les pénitences, l’offrande du premier repas par Sujatha, la réalisation de la bouddhéité, les premières semaines sous l’arbre de la Bodhi, la mise en branle de la Roue (Dhammacakka Pavattana) la visite des cinq ascètes, le Miracle, et le décès du Bouddha. En outre, des scènes des Jatakas populaires et l’obtention des vivarana (bénédictions) des cinq Bouddhas précédents sont également dépeintes en détails.

Cependant, parmi ces sculptures, les thèmes de la crémation du Bouddha et de la distribution des reliques sont visiblement absents bien que la scène du lit de mort du Bouddha (Mahaparinibbana) soit présente. Cette lacune ne peut être expliquée hormis le fait d’être attribuée au désintérêt vis à vis de ces deux thèmes chez les artistes de Gandhara qui n’ont cependant négligé aucun autre aspect relatif à la vie du Bouddha ou aux versions plus populaires des récits de ses naissances antérieures. La présence de la scène de mort met en exergue la continuité des séquences d’évènements et il ne saurait y avoir de raison d’omettre les deux séquences suivantes. En outre, comme nous le verrons ultérieurement, les deux thèmes sont dépeints parmi les sculptures situées au delà de la région de Gandhara dans la vallée se situant entre les montagnes Tienshan et le bassin de Tarim dans les grottes de l’oasis de Kuche. L’hypothèse selon laquelle certaines de ces sculptures aient été détruites ou défigurées dans cette région lors de nombreuses invasions successives par des armées qui

s’introduisirent dans les plaines fertiles de l’Indus, ne saurait être écartée.

Cette tradition de représentation sculpturale de la dernière vie du Bouddha et de ses vies précédentes se perpétua sur plusieurs autres sites en dehors d’Inde. Le plus remarquable d’entre eux est les sculptures de Borobodur. Même à Borobodur, les scènes du lit de mort du Bouddha, la crémation de sa dépouille et la distribution des reliques ne sont pas représentées. Ceci n’intéressa peut-être pas l’artiste qui se focalisa sur les Paramitas.
Les sculptures Sri Lankaises et la tradition murale

L’autre région où nous trouvons la représentation sculpturale de la vie de Bouddha et de ses naissances antérieures, c’est la vieille route de la soie dans la région de l’Asie centrale. Là-bas un mélange de sculptures et de peintures murales est utilisé à ces fins. Avant que nous discutions de ces sculptures et peintures, tournons nos regards vers le Sri Lanka. Pourquoi est-ce qu’au Sri Lanka la tradition sculpturale ne couvrit-elle pas les thèmes de la vie du Bouddha et de ses naissances antérieures? Ceci peut-il être expliqué en raison de l’absence de matériaux appropriés tels les rochers que l’on trouve en abondance dans la région de Gandhara ou les roches volcaniques qui abondent dans la vallée de Borobudur? Ceci est une hypothèse intéressante que nous pouvons exploiter. Ceci s’applique à tous les thèmes de la vie du Bouddha ou de ses naissances antérieures qui sont absents dans la sculpture Sri Lankaise.

Ces thèmes sont, cependant, copieusement présents dans la tradition de peinture murale de l’île. Bien que la plupart des peintures des premiers temps aient disparu, les peintures des temples plus tardifs de Dambulla, de l’époque Kandyenne, e.g., de Hindagala, de Degaldoruwa, mais aussi de la période post-Kandyenne comme à Totagamuwa par exemple et celles d’autres temples situés le long de la ceinture côtière et de l’arrière pays, incorporent ces scènes de la vie du Bouddha et de ses vies antérieures (Jatakas). Une fois de plus, le lit de mort et les séquences subséquentes en sont absentes.

Sculptures et peintures murales de Kuche

Bindu Urugodwate, qui est un des anciens de l’université de Pékin, a fait un exposé illustré présenté à la Royal Asiatic Society du Sri Lanka le 29 Février 2007, où est présenté un récit intéressant au sujet des grottes de Kizil dans le comté Beicheng de la Chine actuelle et l’ancienne ville de Kuche (Kucha) dans le Xingiang (région autonome des Ouïghours). Dans les textes chinois, cette ville à laquelle il avait été fait référence en tant que royaume de Quisi était un important lieu d’échanges commerciaux sur la partie sud de l’ancienne route de la soie. Les grottes, au nombre de 236, qui s’étendaient dans les directions de l’Est et de l’Ouest de la rivière de Muzahti datent du 4ème au 9ème siècle de l’ère chrétienne. Plus de 10,000 mètres carrés de peintures et une série de sculptures se trouvent dans les grottes décrites comme (a) grottes aux piliers centraux et (b) grottes en forme de squares. Environ 150 grottes qui furent utilisées comme logis pour le clergé bouddhique, n’ont pas ces caractéristiques.
Les grottes de Kuche constituent seulement un des nombreux centres bouddhiques qui étaient éparpillés le long de l’ancienne route de la soie. Elles se situent dans une oasis sur la route du sud. La scène de mort du Bouddha (Mahaparinibbana) est le thème le plus populaire dans les grottes de Kazil. Le deuxième motif le plus populaire est la scène de crémation de la dépouille mortelle du Bouddha. Un troisième motif est la division des reliques. Comme observé précédemment, ces trois thèmes sont très rares parmi les représentations bouddhiques en sculptures ou en peintures dans d’autres parties du monde bouddhique. La scène du Mahaparinibbana y apparaît mais en tant que partie d’une séquence dépeignant la vie du Bouddha et non en tant que thème singulier comme à Kuche.

Pourquoi est-ce qu’il est accordé la plus grande importance à ces trois scènes dans les peintures de Kuche? Les savants et spécialistes mettent en lumière le fait que l’importance attachée à ces trois thèmes est liée au fait qu’ils mettent l’accent sur la nature humaine du Bouddha plutôt que sa représentation en tant que personne éternelle telle que nous la trouvons dans le concept Mahâyâna. Ils résolvent par la raison cette question en affirmant que le seul texte qui fournit des informations sur la disparition, la crémation et la division des reliques est le Mahaparinibbana sutta qui fait partie du canon Pali. Il n’est pas fait référence à ces trois évènements dans les textes mahayanistes tels que leLalita Vistara, la Buddhacarita de Asvaghosa et d’autres. Les chercheurs disent que l’absence d’accent mis sur les scénarios post-mortem peut être attribuée au fait que les Mahayanistes considèrent le Bouddha comme une personne éternelle. Ils concluent que la vallée de Kuche avait été un centre Théravada important. Ceci est aussi étayé par les preuves indépendantes apportées par Huen Tsang, le voyageur chinois du 7ème siècle qui rapporta qu’il y avait environ cent monastères (Sanghrama) dans ce pays, avec cinq mille disciples ou plus; et que ces monastères sont rattachés au petit véhicule de l’école Sthaviravadi dont la doctrine et les règles de discipline (Vinaya) furent comme celles de l’Inde.

La question suivante est pourquoi est-ce que dans les pays Theravada les trois dernières scènes relatant la vie du Bouddha, la scène de crémation et la division des reliques en particulier, ne sont-elles pas dépeintes dans les sculptures et les peintures. Bien sûr, un accent est mis sur le culte des reliques qui s’accorde avec la croyance que Bouddha était une personne humaine.