Moralité, Concentration, Sagesse

Bhante  Gunaratana Maha Thera

Question: Le Bouddhisme enseigne que trois choses: sila, samādhi et pañña—ou moralité, concentration et sagesse—sont fondamentales pour une pratique de la méditation couronnée de succès. Et nous devons avoir un bon sila ou moralité en tant que premier pas vers une pratique réussie de la méditation. Pourriez-vous développer s’il vous plaît?

Bhante G: En utilisant le mot moralité pour sila je voudrais aussi suggérer les mots “discipline” ou “retenue,” peut-être pour remplacer le mot “moralité,” qui a une connotation philosophique. Et, oui, il est correct de dire que pratiquer sila—agissant avec discipline et retenue dans la vie quotidienne—constitue un fondement essentiel pour une bonne pratique de la méditation.

Dépendant d’à quel point nous sommes disciplinés, notre pratique est couronnée de succès. Quand nous n’avons pas suffisamment de discipline, notre pratique sera difficile. L’attention sera donc difficile à développer ou à maintenir. Nous devons avoir une bonne discipline afin d’être attentifs. La plupart du temps, nous ne nous souvenons pas d’avoir été attentif—nous ne sommes pas attentif à l’attention! C’est encore plus ardu quand nos esprits sont distraits ou dérangés par des actions malsaines que nous avons pu entreprendre ou dans lesquelles nous avons été impliqués.

Le mot Pāli sila rappelle le mot anglais “sealant” (mastic) en Anglais. Quand vous voulez colmater un trou, vous utilisez du mastic et vous le scellez. Vous jetez les bases d’une maison et couvrez toutes les fissures de manière à ce que l’eau ne puisse s’infiltrer, qu’aucun insecte ne puisse entrer, et les fondations ne s’effondreront point. Il en résulte que les fondations de votre maison demeurent fermes et suffisamment robustes afin que l’on puisse construire quelque chose dessus. Sila est comme cela quand elle débouche sur la méditation. C’est la fondation. Par la retenue, au travers d’actions saines et de décisions prises dans nos vies quotidiennes, nous jetons ces bases.

Si nous ne jetons pas de bonnes bases pour la méditation, nous pouvons directement en voir les résultats dans notre pratique. Vous pourriez méditer régulièrement, vous asseyant une demi heure ou une heure. Tout d’un coup un jour, vous ne pouvez même pas vous asseoir en méditation 10 minutes. Votre esprit est agité, vous êtes constamment distrait, simplement vous ne pouvez focaliser votre attention. Quelque chose que vous avez fait dans votre vie—être très en colère contre quelqu’un, la mauvaise conduite sexuelle, des comportements addictifs de toutes sortes ou encore d’autres actions malsaines au niveau du corps, de la parole ou de l’esprit—a imprégné en profondeur vous esprit subconscient. Cela revient sans cesse, vous vous sentez rempli de remords, coupable, agité, plein d’inquiétude. Vous ne pouvez simplement pas vous asseoir en méditation!

D’un autre point de vue, il est irréaliste d’espérer des personnes qu’elles deviennent des parangons de vertu avant même qu’elles commencent à méditer. Si nous attendons de devenir des saints, si nous mettons de côté la méditation jusqu’à ce que notre sila soit parfait, alors nous ne méditerons jamais! Quelle que soit notre situation morale, nous devons commencer. Nous prenons l’engagement de couper les racines des comportements malsains et de cultiver des habitudes saines dans nos vies. Cela aide de s’engager et d’y revenir, de temps en temps à nouveau: “OK, à partir de maintenant je vais entreprendre cette pratique de méditation et je vais essayer de ne pas déroger à mes principes.” Si vous le faîtes, alors tirez une leçon des conséquences. Sentez la lourdeur dans votre esprit et dans votre vie. Notre but est de rendre l’esprit léger, de rendre notre vie légère. Après tout, nous essayons d’atteindre l’illumination, n’est-ce pas?

Sila, quoique, ne devrait pas être confondu avec un ensemble de commandements. C’est quelque chose que vous entreprenez par vous-même, de votre propre chef. Si vous ne faites pas l’effort, si vous vous engagez sur la voie de quelque comportement malsain, vous en récoltez les conséquences et cela affecte votre pratique méditative. Si vous faites l’effort, vous en verrez aussi les conséquences positives—sa cause et son effet même. Nous pratiquons sila pour notre propre confiance et afin de vaincre nos faiblesses. Donc, sila est une manière de se comporter, que nous choisissons nous-même. Nous l’entreprenons par nous-mêmes aux fins d’obtenir un esprit calme, aux fins de progresser dans notre pratique. Un bon sila renforce notre courage et nos capacités. Cela soutient notre pratique de la méditation et nous procure une force psychologique. C’est ce fondement qui est absolument nécessaire pour obtenir la concentration.

Par la retenue, par le biais d’actions saines et décisions prises dans nos vies quotidiennes, nous jetons cette base.