Pourquoi je suis bouddhiste

Pourquoi je suis bouddhiste

 Par Anthony Billings  Almeda – Californie 

 

J’aimerais expliquer la raison pour laquelle durant les quinze années passées, je me suis penché sur le Bouddhisme, et je continue de l’étudier et de le pratiquer. Je suis américain, et j’ai vécu dans une famille chrétienne catholique. Mais au cours de mes études au lycée, je me suis détaché du Christianisme et de toutes les religions occidentales. Quelques années plus tard, à la faculté, j’ai eu la chance de prendre contact avec le Bouddhisme ainsi que d’autres religions philosophiques d’Asie comme l’Hindouisme, le Taoïsme et la pensée du philosophe indo-britannique Krishnamurti.

Bien que j’apprécie toutes ces écoles de mystique orientale, je trouve que le Bouddhisme est la plus claire, supérieure et plus profonde aussi bien en théorie qu’en pratique pour une transformation spirituelle. Dans le Bouddhisme, je pratique le zen et la tradition theravada avec des maîtres américains, japonais, thaïs, birmans et vietnamiens. En dépit des quelques différences entre les deux écoles, elle demeure basée sur les enseignements du Bouddha au VIe siècle av. J.-C.

Le point de vue bouddhique me procure une alternative à toutes les religions théocentriques (centrées sur Dieu) du fait qu’il rejoint les découvertes de la science moderne, et présente une logique et introspection dans sa doctrine fondée sur l’expérience et la sagesse. J’ai dû rejeter les religions théocentriques car elles s’appuient sur la foi aveugle, les superstitions, l’anthropomorphisme, le rituel, les mythes et des attitudes rigides, dogmatiques et intolérantes à l’égard des idées et des autres.

Le problème principal qui me sépare des religions théocentriques comme la religion Chrétienne, c’est la croyance en un Dieu personnel. Les gens sérieux se tournent vers la religion parce qu’ils sollicitent un fondement de la moralité, la métaphysique et la psychologie ; c’est-à-dire ils veulent explorer le sens de la vie, la meilleure conduite, le bonheur et les questions au sujet du monde matériel et de l’univers où nous vivons. Mais que font pour nous les religions théocentriques ? Elles nous offrent un caractère qui est très semblable à un être humain. Dans la Bible, le livre de la littérature hébraïque centré sur Dieu, celui-ci se met en colère, est vengeur, jaloux et tout à fait mesquin sur bien des plans. Il veut que nous l’honorions et obéissions tel un roi qui en a besoin. On y lit qu’il a créé l’univers en six jours, et les êtres humains, qui ont commis le péché dans le paradis de l’Eden ; en conséquence de quoi il envoyait son fils pour nous sauver. Si l’on prend cette littérature comme un mythe, elle est en un certain sens amusante. Mais les partisans de la Bible la prennent à la lettre. Si l’on y croit on ne pourrait admettre aucune des découvertes de la science moderne, ni les évolutions biologiques de Darwin, ni non plus les théories de l’évolution et le point de vue de la physique moderne. La Bible se présente avec l’idée simpliste d’un Dieu créateur qui a, en un clin d’œil, inventé l’univers et l’homme, et que les trois royaumes : Dieu, l’homme et l’univers sont séparés les uns des autres. Mais, si quelque chose est infini, pourrait-il y avoir une chose ou non incluse ? Y aurait-il des âmes indistinctes qui vont vers Dieu ? Il me paraît que la science moderne considère l’univers comme un processus infini de changements, et que Dieu n’est que ce processus lui-même. Il y a donc Unité, et qu’il n’y a rien au-delà de l’infini. L’Homme, Dieu et l’Univers sont tous inclus dans cette Harmonie.

Les bouddhistes ainsi que d’autres mystiques ont appris cela depuis des millénaires. J’y reviendrai quand je traiterai du Bouddhisme et de la physique moderne. Non seulement le Dieu anthropomorphique n’est pas concevable, mais il y a du danger à l’estimer comme vérité. L’homme a créé Dieu à son image, c’est pourquoi il le considère comme son père. Dieu est donc une gigantesque projection d’un père. Il impose le salut sur nous comme il impose le bon comportement sur ses enfants. Les gens qui croient que le salut leur est imposé par Dieu, croient qu’ils doivent imposer le salut sur les autres. Quand, selon le point de vue chrétien, Dieu a envoyé son fils pour notre salut, les chrétiens éprouvent la nécessité d’envoyer leurs soldats et prêtres à travers le monde pour sauver autrui. L’on doit considérer l’histoire et constater combien d’êtres humains ont été assassinés ou opprimés au nom de Dieu. Quand on croit que Dieu est une personne, il peut, ainsi conçu, élire un peuple, soutenir ses favoris dans la guerre sainte, corrompre les papes infaillibles et garantir les mouvements totalitaires du fondamentalisme religieux. Les mouvements actuels intégristes constituent les plus récentes étapes de l’Inquisition qui a persécuté, torturé ou tué des milliers de personnes à cause d’idées émises telle que la Terre tourne autour du soleil. Il est scandaleux que de tels crimes contre l’humanité aient été commis au nom de Jésus, car dans des parties de l’Évangile la parole de Jésus est celle d’un illuminé. C’est pourquoi l’on dit que «  le dernier chrétien est mort sur la croix ».

. L’idée selon laquelle cet univers et surtout ce qu’il contient n’est qu’un hasard, est aussi inconcevable que la fantaisie du Dieu anthropomorphique. Nous avons besoin d’une religion philosophique qui sonde les profondeurs des mystères de l’univers, et qui s’accorde avec les analyses de la science. Nous avons besoin d’une religion qui s’appuie sur les événements observables comme la science et qui peut, à l’instar de toutes les théories scientifiques, avoir la capacité d’expliquer la nature, l’univers et l’esprit. Nous avons besoin d’une religion qui nous aidera à approfondir notre propre discernement de sorte que nous puissions progresser psychologiquement et spirituellement. En tant qu’occidentaux, nous avons eu connaissance  de la psychologie appliquée, la psychanalyse et la modification du comportement. Mais ces méthodes étaient basées sur des théories matérialistes et ne cherchaient à changer l’homme que dans le sens de la normalité statistique, ce qui était pour la société jugé normal.

La psychologie en en ces temps-là ne pénétrait pas la métaphysique ou la spiritualité. Mais, heureusement, à la fin des années 60 et dès 1970, la philosophie orientale a eu un accès rapide auprès de nous. L’on commençait à considérer le Taoïsme et ses méthodes de Taïchi et d’acupuncture,  l’Hindouisme et le Yoga, le Zen et la méditation Vipassana ainsi que d’autres pratiques bouddhiques. Il était temps aussi d’étudier les penseurs modernes comme Krishnanurti et Alan Watts. Il y a certes des bases communes à toutes ces pensées, mais je trouve le Bouddhisme plus savant, profond et pratique. Je vais par conséquent, développer quelques idées bouddhiques afin de démontrer la valeur exceptionnelle du Bouddhisme. Je vais résumer le fondement de tout l’enseignement du Bouddha, le sermon concernant les Quatre Nobles Vérités et la Voie Octuple. Le Bouddha commence par les aspects pratiques et psychologiques de la vie humaine, et finit sur le plan métaphysique et spirituel. Comme un bon scientifique, il formule le problème, réunit des données à travers des observations et des expériences, puis formule des hypothèses et les teste. Ce faisant, il a découvert une voie  qui procure la connaissance de notre Essence supérieure qui est de la même Essence que tout ce qu’il y a dans l’univers.

La première Noble Vérité commence par le problème de la souffrance et de la peine dans la vie. Il est question de maladie, déclin, vieillesse, mort, séparation de ce que l’on aime, d’événements horribles tels que les guerres et le constant processus de vouloir concrétiser ses désirs. Il est vrai que nous passons parfois des moments joyeux, mais ces moments sont transitoires et constamment menacés par l’infortune. Et tellement frustrants que lorsque l’on obtient ce que l’on veut, nous sollicitons autre chose. Le désir est comme la démangeaison qui ne cesse jamais : le Bouddha voit que les êtres humains sollicitent ce qu’ils ne possèdent pas et souffrent en conséquence. Ni une somme d’argent, ni une volonté, ni des prières, ni des moyens quelconques ne sont à même de stopper la souffrance fondamentale de l’existence.

La deuxième Noble Vérité stipule que la cause première de la souffrance ne réside pas en ce que les choses se trouvent dans un état malheureux, mais que nous ne comprenons pas profondément que tous les phénomènes sont constamment changeants. Nous essayons de résister aux puissants flux de vie en nous attachant fortement aux idées, aux choses, à notre propre corps, au statut, au pouvoir, ou à l’échappée et à la fantaisie comme le concept de Dieu. Nous nous accrochons aussi à l’idée que nous possédons un soi et une âme éternels ce qui nous rend égocentriques. Toute idée d’ego ( le sens de « moi » ) est un attachement fanatique à rien d’autre qu’un soi imaginé, voire une illusion. Le Bouddha enseigne que nous ne sommes qu’un composé d’éléments psycho-physiques : matière, sensation, perception, états mentaux et conscience. Nulle part dans cette combinaison d’énergie, il est question d’un soi ou âme individuelle. Le soi est une autre façon d’essayer de placer le monde qui change constamment, dans un état fixe. Toute cette résistance et tout cet attachement à soi-même et à d’autres choses est désir impérieux, et donc cause de souffrance.

La troisième Noble Vérité consiste en la possibilité de mettre terme à ce cercle vicieux de désir impérieux et de frustration en réduisant ce désir. L’extinction du désir n’est pas mort ou inconscience, mais illumination ou nirvana. Le désir nous laisse ignorant, et l’ignorance nous empêche d’être vigilants et de nous éveiller. Mais le Bouddha nous a frayé le chemin de l’Eveil; c’est pourquoi il a reçu ce nom qui signifie l’Eveillé. Quand on comprend la nature du désir et que l’on commence à le faire cesser, une nouvelle vie est engagée.

Le nirvana (étym. : «  extinction ») marque la fin totale de la souffrance, de l’illusion, et est décrit par le Bouddha comme suit : « En vérité, il y a le non-né, non-issu, non-crée, non-formé. S’il n’y avait pas ce non-né, non-issu, non-crée, la sortie du monde de la naissance, de la cause à effets, de la forme, ne serait point possible. » Notre ignorance nous maintient dans les ténèbres par rapport à la véritable Réalité et par rapport à notre essence Réalité et par rapport à notre Essence « non-née, non-créée » qui est infinie. Le Bouddha et les premiers bouddhistes n’ont pas essayé de décrire l’illumination car elle n’est pas concevable par l’esprit humain. Par la suite, les bouddhistes dont ceux de l’école zen, ont élaboré cette définition, ainsi que nous le verrons plus loin. Dès le départ, le Bouddhisme met l’accent sur la nécessité du discernement profond et l’action dans ce sens, ce qui mène à la quatrième Noble Vérité qui est le Noble Chemin Octuple. Voilà ce qui incombe à l’homme pour réaliser l’Eveil.

Le noble Chemin Octuple est résumé comme suit : (1) la compréhension correcte qui consiste en ce que l’on voit les choses telles qu’elles sont, et non telles que nous désirons qu’elles soient ; (2) les pensées correctes qui consistent en les pensées par lesquelles nous développons la compassion et l’harmonie ainsi que le pacifisme; (3) la parole correcte qui est sans calomnie ni mensonge ; (4) l’action correcte qui évite meurtre et agression ; (5) le gagne-pain correct qui consiste à ne pas travailler dans ce qui est nocif : armes et intoxicants ; (6) l’effort correct, qui exige le maintien d’une énergie mentale ; (7) l’attention correcte, qui signifie la vigilance extrême pour toute activité ; (8) la méditation correcte, enfin, qui consiste en des pratiques profondes qui mènent à la vision que nous sommes éclairés et aussi des Bouddhas.

Comme nous le voyons, le Bouddhisme est basé sur l’expérience personnelle, le rationalisme, la pratique, la moralité et l’introspection. Il n’est pas besoin d’implorer les dieux ou les prêtres, ni d’adhésion aveugle à des dogmes futiles, rituels, livres sacrés ou mythes. Certes, les histoires de magie abondent dans le Bouddhisme populaire, mais elles ne sont pas essentielles pour la pratique. L’idée de croire est aussi étrangère au Bouddhisme. À titre d’exemple, le Bouddhisme enseigne que les cinq groupes de composants d’un individu se combinent en fonction des lois du Karma comme la génétique. Puisque tout est énergie et que l’énergie ne peut être détruite mais transformée, l’on conçoit que la vie karmique, la disposition particulière de : matière, sentiments, perception, états mentaux et conscience persistent après la mort.

Ce processus est convenable scientifiquement parlant : comme les psychologues et les généticiens tentent d’expliquer le comportement, les conduites, les traits de caractère, la variété organique, la mémoire, en expliquant les gènes, les neurones et les parties du cerveau. La majorité des savants de la science ne s’aventure pas dans le domaine de la spiritualité, bien que la physique moderne semble s’en approcher. Ceci dit, je peux m’engager dans le Bouddhisme bien que je ne  puisse pas démontrer la loi du karma ; personne ne m’enverra un inquisiteur. Le véritable esprit du Bouddhisme a été révélé par la recommandation du Bouddha de ne rien accepter, mais de découvrir par soi-même, et de considérer ces enseignements comme un navire, nécessaire à la traversée d’un fleuve, que l’on abandonne une fois cette traversée accomplie.

Un grand maître de zen chinois au nom de Rinzai a bien expliqué cela en ces termes : « Si vous rencontrez sur votre chemin le Bouddha, tuez le…, vous disciples de la vérité, efforcez-vous de vous libérer de tout objet… Je vous dis : pas de Bouddha, pas d’enseignement, pas de disciples. Que cherchez-vous sans cesse dans la maison de votre voisin ? » Ce qui compte c’est de pratiquer, et de développer l’esprit notamment par la méditation. Les questions de la vie avant la naissance et la mort ne peuvent être vérifiées que par un esprit illuminé.

Durant les 1 000 ans qui ont suivi la mort du Bouddha, des idées originelles du Bouddhisme ont été développées au plus haut degré et ont annoncé la physique quantique moderne. Je cite un verset connu sous le nom de « Sutra du Cœur » qui dit : « La forme (matérielle) est le vide ; le vide est la forme ; la forme ne diffère pas du vide ; le vide ne diffère pas de la forme. De même les sentiments, la perception, les états mentaux et la conscience. »

Là, nous voyons l’analyse originelle de l’organisme psychosomatique, mais l’idée apparaît ultérieurement. La physique quantique nous apprend que la matière n’est rien qu’une forme d’énergie. Les particules subatomiques consistent simplement en des concentrations d’un champ d’énergie qui, constamment, apparaissent et disparaissent, perdant leur identité en se fondant dans le champ infini.

Le « vide » est un terme employé par les bouddhistes pour décrire la source de la vie, et c’est ce que le Bouddha appelle « le non-né », le sans-origine, le non-formé. » Il fait apparaître une variété infinie de formes dans l’univers, qu’il soutient puis réabsorbe. Toute chose : nos corps, esprit, conscience et nature, naissent puis disparaissent ; toute chose est vibration venant de la source. Nous sommes une manifestation temporaire du Vide, ou en termes plus traditionnels, nous sommes la manifestation du Principe Absolu.

Notre véritable nature est celle du Principe, mais nous nous identifions à l’apparence, la manifestation. Nous souffrons donc du fait que nous nous attachons aux phénomènes qui sont impermanents. C’est sur cela que les bouddhistes méditent : nous tentons de détruire l’ignorance qui nous fait penser que nous sommes séparés, substantiels, autonomes et vivants dans un monde d’entités concrètes et statiques. En effet, le « Sutra du Cœur » nous rappelle qu’il nous incombe de réaliser que le monde des sens et de notre esprit n’est qu’une bulle dans l’océan : la Réalité ou l’Essence ou le Principe Absolu de la bulle c’est l’océan.

Le Bouddhisme va de pair avec les découvertes les plus récentes dans les domaines de la psychologie, de la  biologie et de la physique. Il est à la fois pratiqué au plus profond niveau, et m’aide à me comprendre moi-même et à comprendre le monde autour de moi, ainsi qu’à  avancer spirituellement. Je ne connais ni philosophie, ni religion aussi pragmatique en même temps que savante. Voilà pourquoi je suis bouddhiste.

 

 

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