Pratiquer la tranquillité d’esprit

Pratiquer la tranquillité d’esprit pour faire disparaître la violence et la colère.

Texte initial de Maître Tam Duc

Par Dr. Dinh Hy

 

 

La Pensée et la Violence, qu’elles soient physique, verbale ou mentale, sont intimement liées.

La question qui se pose dès lors pour chaque homme est de savoir comment peut-on extraire les racines mêmes de la violence afin de nous en libérer.

Si, en revanche, nous n’affichons jamais la volonté sincère de sortir de l’emprise de la violence, alors nos vies continueront à être immanquablement contaminées et rongées par la violence.

Cependant, dans la mesure où vous pensez qu’il peut exister un mode de vie sans violence, alors les hommes pourront réellement  communiquer les uns avec les autres.

Tout l’enjeu est de savoir si l’on peut mettre fin, en soi-même, à toute forme de violence tout en continuant à vivre dans un monde agité et rempli de haine et de colère.

Cette perspective d’un mode de vie dépourvu de toute violence est possible ; et je peux toujours manifester en moi cette volonté de m’ouvrir à la bonté réelle à un vrai sentiment de paix acquis par une pratique intérieure, une démarche personnelle.

Car, il est à remarquer que la violence draine avec elle tout un mode de vie, de pensée, tout un comportement typique qui réduit la vie de l’homme à celle d’un animal où outre la violence toute une quantité d’émotions négatives nous accompagnent au fil des jours et nous submergent: haine, jalousie, angoisse et peur.

Alors, face à cela, je déclare avec un fort engagement : « Je fais le vœu qu’aucun élément de haine, de jalousie, d’angoisse et de peur ne vienne sans relâche m’envahir l’esprit, ni ne vienne m’imposer comme unique fausse porte de sortie à tous mes problèmes, le feu de la  violence à allumer en moi.

Autrement dit, je veux vivre en paix. Je veux vivre sur cette merveilleuse planète qu’est la Terre, si belle, si riche et en même temps c’est en harmonie, en paix que je veux vivre avec moi-même et avec le monde.

 

Grâce d’une part au 1er sermon de Bouddha (exposé des 4 Nobles Vérités sur le constat réel et l’origine de la souffrance, la possibilité de parvenir à l’extinction totale la souffrance et la Vérité du chemin octuple, qui conduit à l’extinction de la souffrance) nous pouvons appliquer le même procédé et processus démonstratif au sujet de la violence. Puis, d’autre part le Bouddha nous a également légué grâce à sa pratique, au fruit de son expérience directe, l’art de pratiquer la méditation et à cette fin il n’a jamais cessé d’exhorter les hommes à faire appel au sens de l’observation, au sens critique et à expérimenter directement par eux-mêmes.

 

Ainsi, avec la méditation bouddhique, nous pouvons également observer la cause, la naissance de toute forme de violence, pourquoi et comment s’installe la colère dans notre esprit, sur notre visage et à travers le moindre de nos actes.

Le problème est si complexe, parce que d’une part, pendant trop longtemps, l’homme a été violent et qu’il est tellement plus facile et incitatif d’être soumis, séduit par l’emprise des émotions négatives que par les émotions de bonté, de sagesse, et que d’autre part, il s’ensuit que le fait de commettre des actes négatifs en série est tellement plus facile que le fait de se soustraire, prendre du recul et de cesser de réagir et de mettre son ego et « tout noble et légitime mécontentement »de côté.

De plus, ne reproduisez pas d’attitude infantile, ne vous laissez pas gagner, conditionner par un sentiment d’exaspération facile : « Si les hommes ne souhaitent pas devenir meilleurs, pour un monde plein d’amour et de compassion, alors tout effort personnel est donc vain, inutile. Je n’y peux rien. »

Dites-vous plutôt : « En ce qui me concerne, peu importe le comportement des autres, j’envisage la possibilité d’œuvrer et de voir se construire un monde meilleur. En tant que bouddhiste, je ressens très profondément la nécessité de mettre fin à la colère qui est la source de toute forme de violence et je veillerai à y mettre fin en moi-même. Je m’y engage. »

 

Il est bon de lister et de pister les causes et les situations qui nous font plonger dans le tourbillon-tornade, l’enfer de la violence. La violence « petite » ou extrême ne consiste pas uniquement à nous entre-tuer. Nous sommes violents dans nos seules altercations, nous le sommes lorsque que tout un climat de crainte ayant pris appui en nous, nous incite à obéir.

De plus, bien des hommes déclarent que : trop souvent, c’est  notre esprit, notre corps qui offrent « le bon terreau », « le gîte et le couvert » à la violence. L’auberge de la violence c’est nous. La bête tapie dans l’ombre toujours prête à surgir, c’est nous qui l’avons accueillie, c’est nous qui l’avons fait venir par nos comportements de paresse, d’endormissement.

 

La violence existe aussi dans des domaines plus subtils, notre devoir est donc de la démasquer. Lorsque l’on se réclame d’une religion, que se l’on dit pratiquant- musulman, bouddhiste, chrétiens ou que tout simplement l’on se déclare européen, asiatique, ces « affirmations » portent déjà le germe de la violence, car c’est établir des distinctions avec autrui et dès lors nous nous coupons non seulement des autres, mais nous nous coupons également de… nous-mêmes. Tristesse et chagrin pourraient très facilement s’en suivre puis, pourraient alimenter le feu dévastateur de la colère, et la violence devient ravie car elle aime se trouver une légitimité (« Je souffre, voyez tout ce mal dont je suis-entouré et qui m’a fait devenir ce que je suis, le mal m’a tué et ce n’est pas vrai que c’est moi qui me suis tué par aveuglement, par identification. »)

Se séparer ainsi par des propos et affirmations violentes revient à se couper, se blesser saigner soi-même du reste de l’humanité et cette séparation due à sa croyance à sa nationalité à ses traditions va engendrer là aussi immanquablement de la violence.

Lorsque l’on parle de la colère qui est une forme de violence, il conviendrait d’en examiner simplement et directement le montage, les mécanismes et laissons de côté tout parti pris, toute justification au déploiement de la violence, ou de la force de frappe. Par cette méthode « voir la réalité telle que » sans formuler ou ajouter de commentaire de toute sorte, le sentiment, l’activation de la colère va décroître d’emblée, de façon très nette d’une manière naturelle, et sans avoir à produire d’autre et quelconque effort particulier.

 

 

 

Méditation Bouddhique

Nous pouvons admettre en effet, que seul un esprit tranquille possède en lui  la clarté, la qualité de clairvoyance.

L’unique sens de la méditation conduite par les bouddhistes est de pouvoir faire émerger les qualités de paix profonde, les qualités naturelles de l’esprit non obscurci par tant d’années de comportement inapproprié.

Dès lors, il sera aisé de faire apparaître un état d’esprit non lié, non gouverné par les pensées, un esprit non enchevêtré par les raisonnements, la pensée. Cette qualité qui s’apparente à l’équanimité, le fait de posséder une vue sage et juste, le fait d’acquérir un esprit discipliné sans voir sa nature brimée, est une qualité qui peut également être obtenue par la récitation de prières ou l’invocation du nom de Bouddha ou de Bodhisattvas. Il est reconnu que la prière qui ouvre l’esprit et le cœur à l’amour, à la dimension de l’esprit, à ce qu’il y a de plus profond  est également un moyen thérapeutique, où le but est de guérir l’esprit, lui donner cette nourriture appropriée. Ainsi l’esprit comme un enfant en pleur, va par cette méthode gagner en stabilité et pourra à terme se libérer de tout nœud psychologique qu’il avait lui-même créé, par ignorance et par manque de pratique de la vue juste de la vision pénétrante (vipassana), cette observation « neutre » au plus intime qu’il est possible de réaliser, en ayant au préalable, stabilisé l’esprit.

 

Néanmoins, il est nécessaire de préparer l’esprit, de lui offrir une méthode de concentration, d’observation directe de la réalité, ainsi toute formation d’anxiété, de peur, sera tuée dans l’œuf. Sinon comment obtenir un esprit réellement au repos ?

Par ailleurs, outre la pratique individuelle de la méditation, le lien pédagogique et amical avec le Maître joue un rôle important. Cette communication exprimée par les gestes et les mots exige de la part des disciples pratiquants d’être attentifs ainsi que d’être critique, de s’interroger et de bien réfléchir ; ceci afin de  « coller », de suivre le plus fidèlement possible et au plus juste l’enseignement du Maître. Il est donc incontestable, que pour parvenir à ce point de rencontre Maître-disciples, chacun a à se situer au même niveau.

 

Grâce aux découvertes réalisées par  la science, nous savons que la santé du mental, que la santé du cerveau est directement reliée à celle de notre état général.

Aussi il est facile de démontrer qu’une pratique quotidienne de la méditation

profonde conduit aussi à l’entraînement de notre esprit.

Depuis l’enfance, les cellules actives de notre cerveau concourent à l’accomplissement de notre sécurité psychologique et psychique. En effet, la plasticité du cerveau est à bien des égards remarquable et nous interdit tout défaitisme, quand les conditions sont réunies le cerveau dispose et active ou réveille des cellules discrètes ou existantes aux fonctions réparatrices ! Pour conclure cet article, l’on pourrait dire que l’esprit vivant est un esprit silencieux qui n’a pas de centre et, par conséquent, ni espace, ni temps.

 

Car telle est la nature de l’esprit qui est sans limite, et qui donc, peut faire disparaître la colère et la violence.

 

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